Inflation et chômage progressent ensemble

Posté le juin 03, 2008, 12:00
7 mins

Plusieurs publications viennent de tomber sur l’inflation dans les différents pays unis par leur monnaie commune : l’euro. Ces informations indiquent (et confirment) que, dans les pays où l’inflation est la plus forte (Espagne, France ou Italie), le chômage est le plus élevé.
Notre Banque Centrale Européenne (la BCE) dirigée par Jean-Claude Trichet fait parfaitement son métier. Quand l’inflation menace de dépasser 2 %, elle rend le crédit plus coûteux. Les Européens achètent moins de maisons ou de voitures à crédit, les entreprises européennes investissent moins. L’activité économique s’en trouve réduite d’autant, et l’inflation de l’euro est restée inférieure à 2 % de 1999 à 2007. Bravo Jean-Claude Trichet !

Mais, depuis juillet 2007, à la suite de la crise immobilière américaine, la BCE a mis à titre provisoire des dizaines de milliards à la disposition des banques européennes, pour éviter qu’elles ne déposent leur bilan. Ces liquidités ont immédiatement augmenté la masse monétaire en Europe. La demande y est devenue plus forte que l’offre.

L’inflation moyenne de l’euro est montée à 3,2 %. Quand on compare cette toute petite inflation de 3,2 % par an, aux 12 % de la monnaie chinoise, aux 20 % des monnaies de nombreux pays du monde, aux 40 % de l’Afrique du sud et de la Birmanie ou au 200 000 % du Zimbabwe, on a un certain sentiment de fierté : la monnaie européenne est bien gérée.

Depuis des mois, de nombreux responsables économiques ou politiques (et non des moindres) ont accusé la BCE, avec sa politique de « l’euro fort », d’être responsable du chômage en Europe. Or, contrairement à ces idées qui ne prennent pas en charge toutes les données du problème, l’activité en Europe a bien résisté à la crise des subprimes. Parce que la BCE s’est opposée à l’inflation qui réduit de plusieurs façons notre pouvoir d’achat. On ne parle pratiquement plus de contraindre la BCE à baisser ses taux.

Mais, si la BCE est capable de contrôler l’inflation de l’euro, elle est absolument incapable de s’opposer à des comportements inflationnistes propres à chaque pays de la zone euro. Si, par exemple, tous les salaires ou toutes les retraites augmentent brutalement en France, sans augmentation équivalente de la productivité, les coûts de fabrication augmentent, tandis que la demande y devient supérieure à l’offre. Deux mécaniques inflationnistes sont ainsi mises en place.

Ce comportement inflationniste est propre à chaque pays d’Europe. Il est fort en Espagne, en Italie ou en France. Il est bien plus faible en Allemagne qui n’a pas encore totalement oublié les terribles méfaits de l’hyperinflation qu’elle a subie en 1922.

Du fait de ces comportements inflationnistes, la BCE est obligée de mettre moins de crédit à la disposition des Européens. Leur pouvoir d’achat augmente donc moins rapidement et le chômage apparaît. Et, depuis 1999, les variations du chômage suivent dans tous les pays européens des courbes parallèles, puisqu’elles sont induites par l’action de leur banque centrale commune. Et c’est dans les pays où le comportement inflationniste est le plus fort, que la courbe du chômage est la plus élevée.
Si, par contre, un pays réduit de façon importante sa politique inflationniste (Irlande en 1985 ou Allemagne en 2002), la courbe du chômage s’installe automatiquement à un niveau inférieur.

Telle est la réalité monétaire actuelle. Avant l’euro, une parité fixe unissait mark et franc. Une dévaluation permettait tous les trois ans aux Français et aux Allemands de retrouver une parité « normale » entre leurs deux monnaies. Depuis l’euro, c’est impossible, une monnaie commune ayant remplacé la parité fixe. Or, l’euro va bientôt avoir dix ans. Au moins trois dévaluations auraient dû être réalisées car, pendant ces dix ans, la France a augmenté ses politiques inflationnistes, alors que l’Allemagne les réduisait.

Activité économique et capitaux quittent la France, tandis que la balance commerciale française plonge. Nous galopons les yeux fermés et les oreilles bouchées vers une crise monétaire type mexicaine en 1994, asiatique en 1997, brésilienne en 1999, ou argentine en 2001…

Partager cet article sur Facebook

Recommander cet article sur les sites de syndication d’information :

Une réponse à l'article : Inflation et chômage progressent ensemble

  1. jacques

    04/06/2008

    Journal Le Monde d’aujourd’hui
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/06/04/dans-les-bus-c-est-le-tarif-coup-de-poing_1053577_3224.html#ens_id=1053668

    Le titre de l’article est descriptif à souhait: "Dans les bus c’est le tarif coup de poing"

    Bien entendu dans un pays où le mot "responsabilité" a très mauvaise presse, voici comment les sociétés transports réagissent:

    "Comme les autres conducteurs, il a bénéficié d’une formation professionnelle de deux journées pour savoir comment réclamer les tickets. "On nous a appris à parler aux clients, à sourire, à formuler les phrases", ironise-t-il. Un voeu pieux dans le climat parfois tendu des cités

    La société relativise l’importance des incidents et insiste plutôt sur les opérations de communication lancées pour inciter les passagers à valider leurs titres de transport."

    Une opération de "communication" comme mesure rectificatrie. Du vrai Sarkozysme!

    Le plus tragique et c’est la raison de son commenaitre pour un article sur le pouvoir d’achat, c’est le salaire du conducteur: "Ahmed Hedjane, 32 ans, 1 500 euros par mois "avec les heures supplémentaires""

    1500 euros par mois c’est 18,000 euros par ans… soit $27,800 en dollars canadien!. Ouf!

    Par comparaison, un conducteur d’autobus au Québec fais…  entre $35,000 et $60,000 par année! dans une province où le prix de l’immobilier est une fraction de celui de la France, où le système de santé est comme en France totalement gratuit, et dans une ville où de manière générale le coût de la vie est considérablement inférieur à celui à Paris.

    Donc, au lieu de lire les 4vérités et de se lamenter avec raison de la lacheté de vos politiciens, les Français peuvent simplement prendre l’avion et venir au Québec.

    Et oui, les candidats pour chauffeurs d’autobus sont les bienvenus. Voici même les détails pour la société des transports de Montréal…

    http://www.stm.info/en-bref/e-recrutement/immigration.htm

    Bienvenue à Ahmed!

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)