La culture, monopole d’État

Posté le mai 22, 2005, 12:00
5 mins

François Pinault est un des entrepreneurs français qui gagnent beaucoup d’argent. C’est un très grand entrepreneur qui sait sentir ce que ses clients vont désirer et ses entreprises sont implantées, quand il le faut, dans des pays où l’État ne prend pas tout.
François Pinault s’est offert une exceptionnelle  collection d’art moderne. Il désire en faire profiter les Français. Il veut créer la fondation Pinault, un centre d’art contemporain français.
Les usines Renault ayant fermé leurs portes en 1992, 70 hectares sont libérés à Boulogne Billancourt. Pendant trois ans, Louis Schweitzer, PDG de Renault, Michel Rocard alors à Matignon et le maire de Boulogne-Billancourt  font chacun de leur côté des études.
En 1995, Jean-Pierre Fourcade devient maire de Boulogne et prend seul en main la destinée de ces 70 hectares. Il crée une société d’aménagement local allant des communes concernées à la région. Une équipe d’urbanistes fait une série d’études. Le plan d’occupation des sols est voté.
Le 4 septembre 2000, François Pinault  propose d’acheter la pointe de l’île Seguin pour y implanter sa fondation culturelle, avec l’accord de Louis Schweitzer. Pinault confie à une équipe de très haut niveau l’élaboration du projet et, le 25 octobre 2001, François Pinault retient le merveilleux projet de l’architecte japonais Tadeo Ando.
Il faudra attendre deux longues années de négociations pour que le permis de construire  puisse enfin être déposé en novembre 2003. L’administration culturelle française ne voit pas d’un bon œil une fondation privée se lancer dans la construction d’un musée aussi important que le centre Pompidou. François Pinault commence à s’énerver. Il a déjà engagé 20 millions d’euros.
En plus, pour se conformer à la loi, le conseil municipal de Boulogne vote le 8 avril 2004 le Plan Local d’Urbanisme (le PLU). Une forte opposition se fait jour au cours des débats, ce qui n’accélère pas le traitement du dossier . Il faut attendre septembre 2004 pour que le permis de construire soit enfin délivré. Les travaux peuvent commencer.
Une promesse de vente est alors signée entre Schweitzer et Pinault.  Mais pour démarrer un investissement aussi important, Pinault a besoin d’une certitude: le PLU ne doit pas pouvoir être contesté juridiquement, ce qui stopperait automatiquement les travaux des constructions entreprises par la commune sur l’île Seguin…
Or, le 24 décembre 2004, deux associations locales, bientôt suivies par une troisième, déposent un recours devant le tribunal administratif  de Versailles. Elles contestent le PLU. Cette contestation plonge dans l’incertitude toute l’urbanisation de l’île Seguin .
Pinault, excédé par quatre années de luttes contre les administrations culturelles et politiques françaises, se retrouve devant une incertitude majeure sur l’environnement futur de sa fondation privée. Il rompt le 28 février 2005 le contrat d’achat du terrain, en utilisant la  clause de réserve. La pose de la première pierre n’aura pas lieu le 21 mars 2005, comme prévu.
Les trois associations retirent  leur recours devant le tribunal administratif, mais il est trop tard. Trop, c’est trop! Le projet de l’île Seguin, « enlisé dans les incertitudes, les longueurs et les pesanteurs » est abandonné à regret.
Le 28 avril  2005, l’entrepreneur  bien français François Pinault annonce qu’il installera dans le Palazzo Grassi vénitien sa fondation d’art moderne. Finie une merveilleuse fondation culturelle française privée. La fondation ne sera plus française; elle sera européenne, avec son centre à Venise. Un très grand principe est sauvé : la culture restera en France le monopole de l’État.
La France a tout fait pour qu’un entrepreneur français abandonne son projet d’implantation en France d’un centre culturel privé de niveau international. Elle a chassé ailleurs les investissements – 150 millions d’euros. Elle a chassé ailleurs tous les visiteurs, tous les artistes. La France crée un vide culturel dans lequel évolueront, pour notre bonheur, les intermittents du spectacle.

4 réponses à l'article : La culture, monopole d’État

  1. sas

    24/05/2005

    décidement ce site fonctionne une fois sur deux,je suis d accord avec jc lahitte (comme d’hab) et je précise, Pinault fout le camp à venise , car la partie immobilière de son projet de messena mon cul…n’a pas été validé ou subventionné comme prévu.c’est cela l’affaire de l’ile seguin, car il faut savoir que c’est comme cela le capitalisme à la française comme pour bernard tapis sas

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  2. sas

    23/05/2005

    A jc lahitte,comme d’hab tu as raison , j’avais déjà lu un article la dessus…mais pour ta gouverne, entre les délits d’initiés et les fonds publiques(c’est le modèle de réussite à la françaiase:(bernard tapis)….si Pinault fout le camp avec ces 2 tableaux à la con…ce n’est pas pour l’empêchement culturel avancé…c’est que les 3/4 du projet de l’Ile SEGUIN portait sur un complexe immobilier monumental…donc soit il n’a pas eu les autorisations administrative idoines pour spéculer…soit il n’a pas eu les financements privés ou publiques escomptés… C EST SIMPLE même la gôche idéologique peut comprendre que la libre entreprise de ce modèle est une merde imbouffable… un ex chef d’entreprise…amateur éclairé du modèle capitalistisque à la française…réservé aux initiés. sas

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  3. Jean-Claude LAHITTE

    22/05/2005

    Si Bernard TREMEAU me paraît avoir parfaitement bien retracé les péripéties du feuilleton de la « Fondation Pineau » et les méfaits de la Bureaucratie à la française,sachons simplement que nos gouvernants de gauche comme de droite, les UMP, PS, UDF et VERTS qui nous gouvernent, n’en tirerons aucune leçon de et ne changeront rien à leur façon de faire. Pas plus qu’il ne faudra compter sur eux pour supprimer les subventions à un Art qui n’a rien d’une véritable création. Et encore moins pour mettre fin au scandale des intermittents qui devraient savoir galérer (c’est le métier qui veut cela !) en faisant des petits métiers jusqu’à ce que leurs talents (s’ils en ont !) soient reconnus. Ce que font les artistes des autres pays occidentaux. Et pas seulement aux USA… Mais je voudrais revenir sur le cas de François PINAULT. Les con…tribuables que nous sommes pourraient lui demander « QUI T’A FAIT MILLIARDAIRE ? ». Car sa fortune a démarré avec l’argent (notre argent) que le Gouvernement lui avait donné largement pour maintenir en France une « filière bois ». Une filière qu’il s’est empressé de refiler à la première occasion aux Canadiens en faisant une énorme plus-value qui a été à l’origine – son immense savoir-faire aidant, j’en conviens le premier – de sa fortune. C’est pourquoi, si ce milliardaire n’a que mépris pour l’Administration française, il aurait pu penser, avant de prendre sa décision, aux Français dans le bas de laine desquels a été puisé l’argent qui lui a permis de se lancer. Ceci étant, si j’en crois Wolinski (sur RTL), les oeuvres que François PINAULT voulait nous faire admirer à l’Ile Seguin ne sont pas dignes de ce nom. Mais n’est-ce le cas, hélas ! de celles de pas mal d’expositions financées avec l’argent des ((de plus en plus) con…tribuables ! Alors, pour une fois que de l’argent privé … Cordialement à toutes et à tous, Jean-Claude LAHITTE

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  4. Stéphane

    22/05/2005

    L’exception culturelle française, n’est pas la culture (il n’y a qu’à voir l’insupportable prétention des arts du spectacles subventionnés ou les salles vides projettant des films français eux aussi subventionnés, pour s’en convaincre) mais ses fonctionnaires que le monde nous envie…

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