La dette, la fiscalité ou l’immigration… vues par Marx

Posté le septembre 17, 2010, 12:00
8 mins

L’histoire au sens scientifique a été un peu dure avec Marx. Il me semble que comme Balzac, Zola ou Tocqueville, l’auteur du Capital mérite une relecture qui expliquerait bien des « nouveautés » du temps présent, déjà si présentes aux siècles écoulés. C’est ainsi que l’endettement fantastique des nations, les politiques d’immigration ou l’exubérance irrationnelle des marchés, comme disait ce bon Alan Greenspan, sont complètement connues et analysées par le grand économiste, historien et aussi journaliste.

Concernant l’endettement, qui menace actuellement de ruiner l’Europe ou l’Amérique, Marx écrit ceci (le Capital, Huitième section, chapitre 31) :

« Le système du Crédit public, c’est-à-dire de dette publique, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Il n’ y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. »

On comprend dès lors pourquoi nos gouvernements occidentaux se précipitent pour nous rendre dépendants des marchés." D’autant que cette politique crée une nouvelle race de profiteurs. Marx ajoute :

« La dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne … Bolingbroke décrit l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers. »

Cette obsession maniaque de l’endettement encourage la mondialisation et l’interdépendance des nations : « Avec les dettes publiques naquit un système de crédit international »… avec à chaque fois un pays capitaliste qui prête à une future puissance : Marx évoque Venise, la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis… auxquels on pourrait ajouter depuis le Japon d’après 1945 et la Chine de l’après-maoïsme.

« Et elle encourage aussi la surcharge d’impôts, causée par l’accumulation des dettes contractées par les gouvernements… » On a vu que la hausse des impôts dans le Sarkostan décidée à la fin de l’été avait pour but de rassurer les marchés, et que les impôts n’ont baissé ni sous Reagan, Blair ou Thatcher, bien au contraire, et ce même si leur application est différente (les canons plutôt que le beurre social pour les néocons).

Marx rappelle le rôle pédagogique d’une forte fiscalité, appliquée avec toujours plus de fermeté dans nos démocraties : « La fiscalité moderne renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n’est pas un incident, mais le principe… de Witt a exalté l’impôt comme le plus propre à rendre le salarié soumis, frugal, industrieux… et exténué ». Je précise que de Witt en question est le fameux stathouder du grand siècle hollandais. On voit que le politiquement correct qui tend depuis vingt ans à limiter toutes nos libertés ou tous nos vices a de belles origines. Le système est de plus en plus inflexible, si la flexibilité est devenue la norme du salarié.

Fabriquer des surnuméraires

Un dernier point. Concernant l’immigration et la mondialisation des hommes et non plus seulement des marchandises, Marx remarque (Septième section, chapitre 25) :

« A mesure qu’il développe les pouvoirs productifs du travail et fait donc tirer plus de produits de moins de travail, le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant,un Yankee par trois Chinois. Voilà autant de méthodes pour diminuer la demande de travail et en rendre l’offre surabondante, en un mot, pour fabriquer des surnuméraires… »

Vers la même époque, Marx dénonçait l’immigration d’ouvriers… belges en direction de l’Angleterre pour tenter de maintenir à flot une grève locale pour la journée de 9 heures. Aujourd’hui, 150 ans plus tard, on y revient, à la journée de neuf heures, et l’on va arriver à la retraite à 70 ans en attendant mieux. Et si l’on sait que les enfants ne travaillent plus, on sait que les « investisseurs » chinois à leur tour tentent de trouver moins cher que leurs propres ouvriers, au Sri Lanka, en Afrique ou ailleurs.

J’ai voulu citer Marx, d’une manière documentaire et non politique pour cette raison : à partir du moment où l’on feint de découvrir ou de dénoncer un problème qui est là depuis toujours, c’est qu’on ne veut pas le traiter. Rien de nouveau sous le sommeil. C’est ainsi que ceux qui dénoncent l’endettement, les excès des marchés, ou l’immigration sans remonter à leur source se moquent du monde. Je reprendrai Marx dans un prochain écrit pour une autre raison : la baisse de notre niveau de vie depuis quarante ou cinquante ans.

2 réponses à l'article : La dette, la fiscalité ou l’immigration… vues par Marx

  1. UN chouka

    18/09/2010

    Faire le monde a l’image de celui qui édicte ses lois et théorèmes ou se débrouiller avec ce qui existe au présent ?

    Une valeur rèstera quelque chose d’utile ,de convoité,il me semble ?

    Je suis peut etre bien le créateur de ma réalité en fin de compte ?

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  2. SANVITO

    17/09/2010

    C’est très bien tout ça, mais que veut l’Homme au juste ? Publier ses articles sur le WEB via les progrès technologiques issus de l’émulation Capitaliste ou préserver l’obscutanrisme dans le meilleur des Mondes où la loi de la nature tranche entre cruauté et angélisme ?

     

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