La mort du capitalisme. Quel capitalisme ?

La mort du capitalisme. Quel capitalisme ?

Depuis plusieurs mois, la « classe parlante » française a repris une vieille antienne, que l’on croyait oubliée, sur la mort prochaine du capitalisme. Mais, personne ne prend la peine de préciser de quoi on parle.

Le premier symptôme de cette mort prochaine du capitalisme, c’est que les déréglementations des vingt dernières années sont présentées par les médias et les politiques comme les principales causes de la crise actuelle. Quelles déréglementations ? Nous n’en saurons rien et nous ne pouvons qu’imaginer. À première vue, il semble que cette absence de précision vise à laisser penser que ces « déréglementations » sont, pêle-mêle, les privatisations, les abaissements de barrières douanières et l’accès plus aisé au crédit et les marchés boursiers « alternatifs » (ceux notamment sur lesquels on n’achète pas des actions, mais des paris sur des scénarios boursiers).

Deuxième symptôme de la fin prochaine du capitalisme : l’autisme des dirigeants, qui ne comprennent pas que s’octroyer des « parachutes dorés » et des stocks options en pleine crise les discrédite profondément. Et, de fait, depuis une semaine ou deux, chaque jour nous apporte son lot de mini-scandales de ce genre.

Enfin, le troisième symptôme tient au fait que les entreprises font désormais appel à l’argent public, mettant à mal les professions de foi libérales de leurs dirigeants.

Le problème, c’est que tous ces symptômes ne sont pas à mettre sur le même plan et n’annoncent pas la fin du capitalisme. Seulement l’impossibilité de poursuivre avec un modèle économique fondé sur l’endettement et le mépris de l’épargne. C’est-à-dire précisément le modèle que, paradoxalement, les « élites » s’acharnent à sauver !

Prenons donc le premier symptôme. Celui-ci, faute d’être exprimé clairement, est le plus vicieux. On entend désormais remettre en cause les privatisations des années 1980 et 1990. Il est certain que certaines d’entre elles ont été menées en dépit du bon sens – essentiellement pour renflouer les caisses déjà vides de l’État. Il reste qu’il vaut bien mieux un Renault privatisé qu’un Renault nationalisé. Par la faute des « plans de relance », nous avons déjà balancé 5 milliards par les fenêtres pour « sauver l’automobile ». Imaginez ce qu’il en aurait été si Renault appartenait à l’État !

S’agissant des barrières douanières, on entend de plus en plus souvent chanter les louanges du protectionnisme. Plus souvent d’ailleurs celles du protectionnisme européen que celles du protectionnisme français, ce qui n’est pas d’une grande logique, puisque la Roumanie, que je sache, a des coûts de production considérablement plus faibles que les nôtres tout en appartenant à l’UE !

Je crois volontiers que bon nombre des accords douaniers des vingt dernières années ont été des marchés de dupes. Certains pays (en particulier, les États-Unis et la Chine) savent très bien contourner ces accords pour favoriser leurs entreprises. Je me souviens avoir lu dans les années 1990 un secrétaire d’État américain au commerce expliquant que, puisque les Américains étaient les meilleurs, si un marché était remporté par une entreprise étrangère, c’est que la concurrence avait été faussée et qu’il fallait remettre en cause le marché…

Bref, je suis très favorable à des négociations nettement plus fermes que celles que l’Europe a menées depuis vingt ans. Mais, sur le fond, qui ne voit aussi qu’une bonne partie de la richesse réellement créée vient de la croissance vertigineuse des débouchés ?

Enfin, il y a les déréglementations proprement dites, et notamment celles qui concernent le crédit. Là, il est clair que nous sommes entrés dans l’ère de la démence : accorder des prêts sans apport personnel, ni garantie est de la folie furieuse. Et c’est la principale raison de la crise. Si c’est cela remettre en cause les déréglementations, nous sommes pour !

Les deuxième et troisième symptômes sont les plus faciles à démonter, mais ces préjugés sont aussi les plus enracinés dans les esprits.
Non, les dirigeants des grandes banques et de la plupart des grands groupes français ne sont pas des « patrons ». Ils ne possèdent, dans l’immense majorité des cas, pas leur société. Ils passent d’une société à l’autre, de la fonction publique à un groupe « privé » (mais dépendant étroitement de l’État), avec une facilité déconcertante. Et ils sont parfaitement irresponsables : ils peuvent couler des fleurons de l’industrie française et obtenir des promotions et des ponts d’or en remerciement.

Là encore, si c’est ce capitalisme de copinage et d’irresponsabilité qui meurt dans la crise actuelle, nous ne le regretterons pas !

Partager cette publication

(12) Commentaires

  • HansImSchnoggeloch Répondre

    Iosa <<Contrairement à ce que vous pensez, le Français sans fric n’a pas le temps de s’interesser aux grosses finances, ce qui lui importe le plus est…… comment  faire manger sa famille avec sa misérable paie, avec un loyer hlm cumulant des charges extraordinaires et des impôts locatifs couvrants 3 ou 4 fois ( si ce n’est pas 5 fois) son salaire mensuel brut et je ne parle pas des charges EDF/GDF et de l’eau à plus de 3 euros le mètre cube.>>

    Il est assez surprenant que vous sortiez le coup des charges sociales trop élevées, vous le socialiste pur jus, qui ne cessez de fustiger le manque de moyens sociaux. Rendez donc une partie des confiscations sociales excessives aux citoyennes et citoyens de ce pays et leur pouvoir d’achat augmentrera en conséquence. Votre logique est comme toujours nulle, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre en même temps.
    Je tiens à vous signaler d’autre part que le prix du m3 d’eau est grevé par plusieurs taxes (en France il ne peut en être autrement…). Pour les charges EDF, voyez donc au recto de la facture comment se sucre le CE  (CGT et tutti quanti) de cette entreprise en s’attribuant la contribution au service publique.
    SVP, changez de disque…
    D’avance merci.

    07/04/2009 à 8 h 32 min
  • IOSA Répondre

    Oui, je sais…..j’ai exagéré sur le montant de la taxe de la grotte ( locatif). Alors je dis équivalent à un salaire de smicard, tandis que dans d’autres lieux bien plus chic, plus vaste…..cette dîme ne fait pas un tiers de roupie, mais bon c’est comme celà depuis la nuit des temps, les pauvres paient pour les plus riches.

    ps: en exemple l’argent pour le secteur banquaire et le fric pour l’automobile….ce dont il en question dans cet article.

    07/04/2009 à 0 h 23 min
  • IOSA Répondre

    [email protected]…..  

    Contrairement à ce que vous pensez, le Français sans fric n’a pas le temps de s’interesser aux grosses finances, ce qui lui importe le plus est…… comment  faire manger sa famille avec sa misérable paie, avec un loyer hlm cumulant des charges extraordinaires et des impôts locatifs couvrants 3 ou 4 fois ( si ce n’est pas 5 fois) son salaire mensuel brut et je ne parle pas des charges EDF/GDF et de l’eau à plus de 3 euros le mètre cube.

    Le Français aisé, ne se pose qu’une seule question…..combien mes actions ( ou mes ouvriers) m’ont rapportées aujourd’hui et s’interesse donc aux finances parce qu’il n’a pas le soucis du sans fric.

    Et comme souvent le salaire va avec l’éducation que l’on a eu…..les gens sans fric se trouvent bien dépourvus lorsque l’on cause de milliards d’euros et ne rêvent que du Loto et des actions en bourses pour ne plus avoir à compter tout les jours.

    Le rêve américain à la française…..

    [email protected]….. excellente déduction, celà ne m’ étonne pas du tout de votre part, mais l’article de P.L à tout de même le mérite de toucher tout le monde et donc de faire fructifier de nombreux posts.

    Tandis que celui-ci ?…….Il se pourrait bien que le "nombre" me donne raison sur la cause prioritaire dont l’effet est ici.

     

    06/04/2009 à 14 h 47 min
  • Ben Répondre

    Lambda, tu as parfaitement décrit la combine de la crise.

    06/04/2009 à 14 h 43 min
  • -YMS- Répondre

    La crise est un mythe, le défi une réalité et le travail une constante. Les Occidentaux de souche croient aux mythe, ils n’aiment plus les défis et collectivement ne foutent rien.

    05/04/2009 à 4 h 37 min
  • Daniel Répondre

    Magny:  "Mais les français ont la colère qui monte , et la colère est mauvaise conseillère puisqu’elle est capable de nous pousser dans les bras de celui qui est à la source de tous nos maux ."

    C’est le principe qu’exploitent globalement les professionnels de la politique qui peuvent aller jusqu’à organiser les crises pour en retirer des pouvoirs supplémentaires.   Pour beaucoup, le mensonge est un sport amusant.   Le but est de gagner, qu’importe les dégats!

    04/04/2009 à 20 h 52 min
  • Daniel Répondre

    "Non, les dirigeants des grandes banques et de la plupart des grands groupes français ne sont pas des « patrons ». Ils ne possèdent, dans l’immense majorité des cas, pas leur société. Ils passent d’une société à l’autre, de la fonction publique à un groupe « privé » (mais dépendant étroitement de l’État), avec une facilité déconcertante. Et ils sont parfaitement irresponsables : ils peuvent couler des fleurons de l’industrie française et obtenir des promotions et des ponts d’or en remerciement."

    Voila qui résume  la mécanique à la base de toute violence: l’irresponsabilité c’est à dire la possibilité de nuire sans avoir à en payer les conséquences. Ce principe s’apprend dés le plus jeune âge à l’école et a largement  essaimé à droite où les "meilleurs" (pourritures)  réussissent à exploiter dans leur intérêt personnel et immédiat les perversions de gauche avec les moyens "libéraux" de droite. Salissant ainsi la gauche et la droite pour autant qu’elles soient encore propres en dehors le leurs utopies.

    Pour ce qui est du nombre de réponses, il est extrêmement facile de les multiplier : juste une phrase provocatrice;  merci à IOSA de s’être dévoué pour ouvrir ainsi le débat …    Cependant , l’absence de commentaires révèlerait plutôt la qualité de l’article!   même selon votre préféré P. Lance, alors hein!.

    04/04/2009 à 20 h 04 min
  • jacques ernewein Répondre

    Bravo pour votre article. Il résume bien le malaise actuel des hommes libres. Nous avons du mal à nous situer et nous exprimer dans un monde qui attend un "guide".

    Je voudrais citer l’exemple d’un établissement financier public français:

    L’efficacité des banques d’Etat ? 4-2009

    Gilles GAETNER, dans son article de l’Express du 2 avril, nous révèle le fonctionnement aberrant d’une banque française publique : la Société de Développement Régional Antilles-Guyane (SODERAG). Après les dernières invectives présidentielles, on devait penser que les banques inciviles étaient uniquement des banques privées ! Ces invectives et cet article montrent bien que l’on doit toujours penser librement et surtout pas suivant une doctrine officielle.

    Cet article met en évidence l’incurie de cette banque et en même temps celle de la justice. On peut donc penser que la Justice ne veut pas contraindre une entreprise d’Etat. Le résultat est malheureusement la ruine de nombreux patrons et donc simultanément la disparition de leurs entreprises avec l’appauvrissement des employés. Ainsi l’Etat peut montrer sa magnanimité en accordant encore des subventions toujours plus importantes aux rebelles ultramarins !

    03/04/2009 à 9 h 23 min
  • Magny Répondre

    Bravo , excellent article , pas un seul mot à changer . Si seulement tous les français pouvaient le lire !

    Mais les français ont la colère qui monte , et la colère est mauvaise conseillère puisqu’elle est capable de nous pousser dans les bras de celui qui est à la source de tous nos maux .

    Si la violence se déchaine j’ai bien peur qu’une fois de plus ce soit les innocents qui trinquent et les incendiaires qui raflent la mise .

    02/04/2009 à 17 h 35 min
  • Lambda Répondre

    Normal, on ne peut pas requérir l’intérêt général à tous les coups…
    Comme je l’ai déjà dit, cette crise est une véritable aubaine pour nombre de minables qui minent cette terre…
    Elle permet à tous les chefs d’états de justifier leurs erreurs ou leurs errances, et cela arrive vraiment à point nommé pour justifier la continuité de leurs gaspillages et de leurs monstruosités… N’oublions pas que les soi-disant plans de relance sont d’abord destinés à renflouer … des copains !
    Cette merveilleuse crise permet aussi à tous les gauchistes – dont le mandat arrivait à expiration compte-tenu des précédents dans divers pays, de redorer leur blason.  Que pourraient encore raconter les besancenot, buffet, et autres camelots obsédés du CAC40, sans LA crise ?…
    En réalité, cette crise montre clairement la faillite de la pression étatique, celle qui veut tout régenter. A vouloir tout réglementer, l’état empêche les choses de se dérouler correctement, normalement, et toute interdiction incite à la recherche de moyens de détournements. A cause des états, il y a eu énormément de systèmes pour contourner la loi et permettre des profits douteux. Ainsi, beaucoup de gens pensent que les réglementations strictes et sévères les protègeront, en réalité, c’est le contraire qui se passe : elles pénalisent ceux qui n’ont pas accès aux "codes", mais ceux qui sont assez bien informés, et puissants peuvent trouver des échappatoires juteuses qui leur permettront de mieux ruiner ceux que se croient protégés… Pas mal l’astuce…
    Et la crise aura au moins une conséquence quasi certaine : le renforcement des lois sur la finance. Le résultat tangible sera la pression fiscale plus grande sur le plus grand nombre et un contrôle total sur leurs maigres revenus, et l’impossibilité totale de se protéger de l’arnaque étatique. Pour les nantis, ils trouveront naturellement bon nombre de portes de sorties, et profiteront donc au mieux des petits besogneux qui ne pourront que continuer à les enrichir…
    Vive la crise !

    02/04/2009 à 13 h 51 min
  • HansImSchnoggeloch Répondre

    Iosa

    Au vu du nombre de réponses par article on peut sans erreur, affirmer que les français ressemblent plus à l’autruche qu’au coq sensé être leur mascotte nationale. Les réponses sur les articles à fort contenu économique sont systématiquement moins nombreuses que celles concernant des sujets plus ésotériques. Serait-ce par manque de culture économique?
    Je ne crois pas que le fait d’être riche ou pauvre joue un rôle dans cette constatation.

    PS: un exemple, pendant que la crise menace la sécurité civile de ce pays, les députés peuvent se payer le luxe de palabrer sur les sanctions à appliquer au piratage sur internet. Il est vrai que discuter sur le sexe des anges a toujours été un sujet favori quand tout le reste devient opaque.

    02/04/2009 à 8 h 08 min
  • IOSA Répondre

    Pas de commentaire pour cet article ? serait ce un bide ?

    En fait, je crois que la majorité des Français s’en fout complètement des problèmes des riches et donc …il y a plus (+) de Français pauvres que de riches, mais celà on le savait déjà !

    Bof !!!!

    02/04/2009 à 0 h 27 min

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Vous venez d'ajouter ce produit au panier: