La prolétarisation des millionnaires (en euros)

Posté le avril 22, 2011, 12:00
9 mins

En octobre dernier, on apprenait la bonne nouvelle grâce à la Tribune de l’économie, qui n’a pourtant rien d’un quotidien du peuple : la France était le pays d’Europe le plus doté en riches, et ce en dépit de son communisme présumé. (*) Elle comptait 2,2 millions de millionnaires, loin devant la Grande-Bretagne, pourtant paradis fiscal du Richistan, et l’Allemagne, unique puissance industrielle du vieux continent. Avec 9 % de la population de riches pour 1 % de la population mondiale, le Sarkostan n’était précédé, et de peu, que par le Japon, deux fois plus peuplé, et par les USA, cinq fois plus peuplés, et dotés eux d’une population de vrais misérables maintenant. Ce n’est sans doute pas par hasard que la ploutocratie française est apparue sur la scène mondiale : convaincus d’être un pays révolutionnaire et communisant par les médias et les politiciens, les Français ont laissé en réalité se constituer une bonne caste de riches. La hausse de l’euro ou de l’immobilier (c’est la même chose) a bon dos. En réalité depuis Jospin-DSK et surtout depuis Raffarin, tous les gouvernements hexagonaux n’ont de cesser de favoriser les plus privilégiés, au nez et à la barbe du fantôme du pauvre Georges Marchais

Je dois cependant souligner une chose : j’ai parmi mes amis un bon nombre de ces 2.2 millions médiatiques qui devraient être convaincus d’être sur le toit du monde ; et donc euphoriques. Mais ils ne le sont pas. Voyons pourquoi.

On peut avoir un appartement de deux millions de francs 1997 qui vaut aujourd’hui deux millions d’euros : mais qu’en fera-t-on si l’on ne peut pas le vendre, ou mieux, toucher net le produit de cette vente ? On peut avoir plusieurs enfants, signe de richesse aux Etats-Unis. Mais un enfant aujourd’hui, dans ce système américanisé, est avant tout une pompe à fric. On a laissé se déliter l’enseignement public pour l’abandonner à un système privatisé, toujours plus coûteux et inefficace (comme presque tous les systèmes privés : il m’a fallu du temps et de l’argent pour le comprendre, mais je l’ai compris) ; on a multiplié les modes pour enfants ou pour ados, qui de rebelles des années 60 sont devenus des apprentis-consommateurs fort ruineux pour les parents. Et aujourd’hui les enfants sont à charge jusqu’à vingt-cinq ou trente ans, parfois plus, surtout dans les familles bourgeoises : et qui les logera dans une piaule de bonne à mille euros ?

Après, la hausse des matières premières et de l’énergie, l’inflation masquée due à l’euro et à la spéculation éhontée et due aux banquiers centraux (qui ont tout fait pour renflouer les banksters en 2008 !), la montée méritée des pays émergents, tout a joué pour une augmentation forcenée des prix et des tarifs des produits pour les riches. C’est ainsi qu’un simple menu chez Ducasse vaut trois fois plus cher qu’il y a dix ans ; ou une montre de luxe ; qu’un aller-retour en Espagne en voiture coûte à peu près mille euros ; qu’une réparation de voiture ou une consultation chez le médecin « libéral » vaut aussi trois fois plus ; etc. Il n’y a que les voyages qui soient moins chers, mais ils sont devenus, à mon sens, un signe de paupérisation (voir les croisières ; j’en reparlerai)

Je connais des riches possesseurs de dizaines de millions, sur la côte d’usure ou ailleurs : mais eux aussi s’interrogent, hésitent, prennent peur, se privent quelque fois. Un milliardaire italien confesse ainsi qu’il ne se considère plus riche, mais, je cite, de la classe moyenne supérieure. Il n’a pas tort : aujourd’hui, pour avoir deux domiciles, des enfants bien traités et une ou deux bonnes voitures (« que je ne peux même plus utiliser », me dit-il), il faut beaucoup, beaucoup d’argent.

La crapulerie médiatique ne cesse d’évoquer l’enrichissement du monde en poussant l’imbécillité jusqu’à mesurer la richesse de la planète (on est plus riche que Pluton ou même que Mercure !). Ce que je constate, moi, c’est une prolétarisation des millionnaires en euros. Il est moins facile qu’avant d’en gagner beaucoup (comme il n’y a pas plus d’industrie, il faut avoir dix appartements à Cannes ou à Paris, et attendre…), mais il est surtout plus facile d’en dépenser. Le personnel de maison est devenu aussi trop cher, et il était pour nos grands-parents dix fois plus facile de se faire servir. La côte d’usure est couverte de ports de plaisance couverts de bateaux fantômes, car trop chers à alimenter ou à sortir. Qui a les moyens de se payer un équipage aujourd’hui ?

Pour vivre un peu mieux, il faut dix fois plus. Le vrai riche aujourd’hui commence à un milliard, comme le disent les Américains, pour qui être millionnaire en dollars n’est qu’un pis-aller. Trop d’impôts tue l’impôt, disait Laffer. Mais trop de riches n’ont-ils pas tué les riches ?

Nicolas Bonnal

(*) Le Monde.fr, société, le 11.10.10.

6 réponses à l'article : La prolétarisation des millionnaires (en euros)

  1. VFISSORE

    17/10/2011

    Le principal signe de richesse aux US n’est plus le nombre d’enfants d’une famille, c’est surtout le nombre de maisons achetées et de voitures possédés. Avoir des enfants aux US est soit un luxe soit une justification pour recevoir les aides sociales. D’ailleurs, le taux de natalité chez les blancs tourne autour de 1.3 et en baisse. Le mariage comporte son importance, en fait un bon moyen de faire la fête avec un maximum de gens, mais il ne se suit plus par des enfants.

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  2. Anonyme

    23/04/2011

    Merci Mancney,

       mon portable est 370 9399, avec indicatif de Palm Beach. je refais fonctionner mon email provisoirement…

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  3. ozone

    23/04/2011

    N’à pas tort le Mouamar

     

    Faut du toupé pour donner des leçons de démocratie aprés "lisbonne"

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  4. Anonyme

    23/04/2011

    Sembour : " Heureusement les chinois (communistes?) investissent massivement aux Bahamas voisines"

    –        Thanks, Sembour, pour ce tour d’Horizon de Palm Beach…  By the way, je connais aussi une Nicole a West Palm Beach.  Quant au Chinois aux qui investissent Bams, ca fait étrangement penser au Jeu de Go…. Interessant.
    Si vous décidez de venir voir la cote Ouest, a deux heures de Palm, le lunch is on me. A mon club (avec plein de petits billionnaires…).

    Happy Easter.

    Best,

    Mancney

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  5. sas

    22/04/2011

    LA VERITE SI JE MENTS SUR LA LYBIE ET POURV PAS DIRE JE NE SAVAIS PAS……..

     

    Libye – Message de Mouammar Kadhafi au monde

    Publié le22 avril 2011 parAllain Jules

    19

    Depuis 40 ans, à moins que ce ne soit plus, je ne me souviens pas, j’ai fait tout mon possible pour donner aux gens des maisons, des hôpitaux, des écoles, et, quand ils avaient faim, je leur ai donné à manger. À Benghazi, j’ai même transformé le désert en terres arables, j’ai tenu tête aux attaques de ce cow-boy, Reagan, quand il a tué ma fille adoptive orpheline. Essayant de me tuer, il a tué à la place cette pauvre enfant innocente. Ensuite, j’ai épaulé mes frères et sœurs d’Afrique avec de l’argent pour l’Union africaine.

    J’ai fait tout mon possible pour aider les gens à comprendre le vrai concept de démocratie, qui consiste en des comités populaires dirigeant leur pays. Mais ce n’était jamais assez, comme me l’ont dit certains. Même ceux qui possédaient une maison de 10 chambres, des costumes et du mobilier neufs, n’étaient jamais été satisfaits. Ils étaient si égoïstes qu’ils en voulaient toujours plus. Ils ont dit aux Zuniens et aux autres visiteurs qu’ils avaient besoin de « liberté » de « démocratie, » et n’ont jamais réalisé qu’il s’agit d’un système de panier de crabes, où le plus gros bouffe les autres. Ils étaient seulement ensorcelés par ces mots, sans réaliser jamais que, en Zunie, il n’y a pas de médicaments gratuits, ni d’hôpitaux gratuits, ni de logement gratuit, ni d’enseignement gratuit, ni non plus de nourriture gratuite, sauf quand les gens sont obligés de mendier ou de faire longtemps la queue pour avoir de la soupe.

    Non, peu importe ce que j’ai réalisé ! Pour certains ce n’était jamais assez. Mais les autres savaient que j’étais le fils de Gamal Abdel Nasser, le seul vrai leader musulman arabe que nous avons eu depuis Salah-al-Din. Nasser était sur ses traces quand il a exigé le canal de Suez pour son peuple, tout comme j’ai réclamé la Libye pour mon peuple. J’ai essayé de l’imiter pour garder mon peuple libre de la domination coloniale, des voleurs qui nous détroussent.

    Maintenant, je suis attaqué par la plus grande force de l’histoire militaire. Obama, mon petit-fils africain, veut me tuer, priver notre pays de liberté, nous priver de la gratuité de nos biens : logements, médecine, éducation, nourriture, et remplacer tout ça par la grivèlerie à la zunienne appelée « capitalisme. » Or, nous tous, dans le tiers monde, savons ce que cela veut dire. Cela signifie que les multinationales dirigeront le pays, dirigeront le monde, et le peuple souffrira. Voilà pourquoi il n’y a pas d’autre solution pour moi, je dois prendre mes dispositions. Et si Allah le veut, je mourrai en suivant Sa Voie, la voie qui a rendu notre pays riche en terres arables, avec de quoi manger et la santé, et nous a même permis d’aider nos frères et sœurs africains et arabes en les faisant travailler ici avec nous, dans le Jamahiriya libyen.

    Je ne désire pas mourir, mais si cela devait advenir, pour sauver cette terre, mon peuple, tous ces milliers de gens qui sont tous mes enfants, alors qu’il en soit ainsi.

    Que ce testament soit ma voix dans le monde. J’ai tenu tête à l’agression des croisés de l’OTAN, résisté à la cruauté, contrecarré la trahison ; je me suis élevé contre l’Occident et ses ambitions colonialistes, et, avec mes frères africains, mes vrais frères arabes et musulmans, je suis dressé comme un phare de lumière. Quand d’autres construisaient des châteaux, je vivais dans une maison modeste et dans une tente. Je n’ai jamais oublié ma jeunesse à Syrte, je n’ai pas stupidement dépensé notre trésor national, et comme Salah-al-Din, notre grand leader musulman qui sauva Jérusalem pour l’Islam, je n’ai guère pris pour moi-même…

    En Occident, sachant pourtant la vérité, certains me qualifient de « fou, » de « bizarre » [*], ils continuent de mentir, ils savent que notre pays est indépendant et libre, et non pas sous emprise coloniale, que ma vision, ma conduite, est et a été sincère et pour mon peuple, et que je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour garder notre liberté. Puisse Allah Tout-Puissant nous aider à rester fidèles et libres.

    Souvenirs de ma vie

    Colonel Kadhafi Mouammar, Guide de la Révolution, 5 avril 2011

    sas

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  6. Anonyme

    22/04/2011

    « Le vrai riche aujourd’hui commence à un milliard ». Oui c’est tout à fait ca. Et encore « one billion is not what it used to be »(un milliard nest plus ce que c’était).

    Je suis aujourd’hui à Palm Beach logé chez Nicole, une vielle amie dont la maison est estimée à environ 10 millions $. Ses impôts locaux (taxe foncière) sont d’environ 50 000 $ par an car elle bénéficie de la loi « sociale » de réduction due aux résidents permanents logés dans leur propre bien, sinon la taxe serait de plus de 100 000 $.

    Il est impossible de trouver un jardinier même pour 5 heures par semaine qui soit à la fois efficace, ponctuel et à un prix abordable, alors qu’il y a ici des centaines de petites compagnies de jardinage, avec latinos payés au lance-pierre. Nous mangeons souvent des pizzas offertes par notre voisine Pamela, une jeune veuve de 40 ans, qui se lamente sur son propre sort dans son « jewish palace » privé  de 27 millions $, parce qu’elle est écrasée par sa taxe foncière et n’a finalement que très peu de revenus (pension de réversion et affaires de feu son mari). Son garage souterrain de 10 voitures ne contient que la sienne, vieille de plusieurs années.

    Tout va mal. Le personnel de maison est devenu hors de prix, même en Amérique. L’essence est à 4$ le gallon. Le dollar sombre. Les républicains ont de grosses difficultés à réduire le train de vie de l’Etat. Obama se représente.

    Heureusement les chinois (communistes?) investissent massivement aux Bahamas voisines, ce qui redonne du moral à ceux qui ont une résidence secondaire à Nassau.

    A part les billionnaires, les vrais riches sont tous les hauts-fonctionnaires, les politiciens de haut-vol, les dirigeants de grosses organisations publiques ou privées et tous les membres de la grande Nomenklatura. Ils ont de fait un niveau de vie de billionnaires car les prestations parallèles à leur revenu (raisonnablement modeste mais déjà loin d’être ridicule) vaudraient en fait des dizaines ou des centaines de millions chaque année, si elles avaient à être payées par eux. Au diable l’avarice : le contribuable, les générations futures (qui auront à rembourser les emprunts « sur la comète »), le petit actionnaire et le consommateur, ont tous collectivement les poches très profondes. Et ne parlons pas de ces salauds de « riches » qui se morfondent à Palm Beach dans leurs villas de rêve et n’ont qu’à payer, toujours payer.

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