La SNCF, RFF, l’État et le contribuable

La SNCF, RFF, l’État et le contribuable

Sous ce titre, M. Jacques Uliani a publié dans le n° 686 une estimable défense de la SNCF en réaction à un article de Michel de Poncins paru dans le n° 683. Si M. de Poncins ne fait pas dans la nuance, je crains que M. Uliani fasse dans l’angélisme. Il a certes raison de dire que le TGV constitue un gain de temps important. Mais il ne mentionne pas les inconvénients engendrés par les grèves, ni les coûts effarants de lignes maintenues contre toute raison, ni la faible productivité. Sur le plan économique, voici les faits dans toute leur brutalité : En 2006, le chemin de fer français a dépensé 21,4 milliards d’euros et ses recettes réelles (essentiellement les sommes en provenance des voyageurs et du frêt) ont totalisé 9,2 milliards. La différence, soit 12,2 milliards, provient donc des contribuables et cette somme ne fait qu’augmenter chaque année.

Mais la SNCF n’est plus stricto sensu le chemin de fer français. En 1997, le chemin de fer a été divisé en deux sociétés distinctes : la SNCF et le Réseau Ferré de France (RFF). Dans la foulée, l’État a transféré 20,5 milliards de dettes de la SNCF à RFF. La propriété et la gestion des voies ont été transférées à RFF.

Mais, pour apaiser les syndicats, notre courageux pouvoir politique a maintenu à la SNCF tout le personnel de gestion et d’entretien des voies ! Ainsi RFF rémunère la SNCF pour la gestion et l’entretien des voies et lui facture l’utilisation des mêmes voies, rendant ainsi à peu près impossible tout gain de productivité.

L’État a procédé à un autre allégement des pertes de la SNCF en prenant en charge une partie supplémentaire de sa dette par la création d’un « Service annexe d’amortissement de la dette de la SNCF » (SAAD), qui a repris 5,8 milliards d’euros en 1991, 4,3 milliards en 1997 et 0,6 milliards en 1999 !

Résultat pour les comptes de la SNCF ? Les recettes proprement dites (hors redevance de RFF) sont toujours de 9,2 milliards, mais les dépenses d’exploitation (hors frais financiers et redevance à RFF) sont encore de 14 milliards ! Alors comment la SNCF peut-elle afficher des profits ? En intégrant dans le chiffre d’affaires les subventions que lui versent l’État et les régions afin de couvrir son déficit ! Les pouvoirs publics et la direction préfèrent dissimuler ces coûts au public plutôt que de puiser auprès de lui le courage d’affronter les syndicats pour imposer des améliorations de productivité.

Sur le plan social, les faits ne sont pas moins brutaux : les cheminots ne sont aucunement affectés par la crise. Mais leurs syndicats profitent de la crise pour organiser des grèves et des manifestations afin d’obtenir de nouveaux avantages, au détriment de ceux qui sont, eux, victimes de la crise.

Le plus grave, dans cette affaire, c’est que l’État trompe délibérément le public en transformant en profit une perte abyssale par des artifices comptables qui enverraient en prison les dirigeants d’une entreprise privée. Et le plus stupéfiant, c’est que pas un journaliste ne relève cette escroquerie

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(4) Commentaires

  • JJ DELOUVRIER Répondre

    Merci, M J de GUENIN, de dénoncer l’escroquerie qu’est la SNCF sous ses divers faux nez.

    Mais pourquoi vous étonner que pas un journaliste ne la relève?

    Il n’y a pas si longtemps, la Russie masquait le formidable échec de son régime par des statistiques grossièrement truquées que publiait la Pravda (« la Vérité »).

    Souvenez-vous avec quel empressement la presse française des années 50 reproduisait ces mensonges. Or très rares étaient les journalistes à la solde du KGB telle Geneviève TABOUIS. Plus simplement, leur contribution à la désinformation relevait parfois d’un parti-pris idéologique, le plus souvent d’une grande incompétence et d’une absence de sens critique.

    Un demi-siècle plus tard, nos journalistes, formatés par leur Ecole Unique, n’ont pas pu changer mais la Pravda s’appelle désormais « Le Monde », « Libération », « Le Figaro », …. sans parler des journaux télévisés.

    C’est pourquoi l’hebdo « les 4 Vérités », en permettant des interventions comme la votre, est une entreprise de salut public

    27/04/2009 à 16 h 22 min
  • HansImSchnoggeloch Répondre

    Les socialistes fustigent toujours les prébendes et l’argent soi-disant public lorgnés par les entreprises privées. Ont-ils déjà mentionné une seule fois l’argent public extorqué en catimini tous les ans du budget pour alimenter les déficits chroniques de la SNCF et de son excroissance les RFF?
    Pour quels résultats, le frêt s’enfuit du rail et va se réfugier sur la route. Les passagers se font rares et préfèrent des moyens de déplacement plus fiables. Il est vrai que la SNCF est une société nationale appartenant de facto à une infime partie de la nation, les autres et bien les autres n’ont qu’à cracher au bassinet et se taire.

    27/04/2009 à 12 h 13 min
  • HansImSchnoggeLoch Répondre

    Au lieu d’avoir une entité dévoreuse de fonds public, les dirigeants et la "fonctionaille" de l’état dans leur intelligence suprême en ont créé deux. La plus grande des deux phagocytant la plus petite, décidemment l’ingéniosité française, que le monde entier envie à ce pays, n’a pas de limites.
    Au prochain concours Lépine il faudrait absolument primer cette trouvaille.
    Mmm…, je me demande ce qu’en pense SAS?

    23/04/2009 à 11 h 02 min
  • Daniel Répondre

    Merci d’éclairer nos lanternes sur ce sujet qui sent la magouille même dans le noir. 

    Rappelons que chaque euro public gaspillé est automatiquement producteur de chômage.  

    23/04/2009 à 0 h 01 min

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