Les 30 Glorieuses : c’était aussi l’inflation et la pénurie

Posté le janvier 31, 2007, 12:00
7 mins

Certains hommes politiques nous font actuellement croire qu’un retour aux 30 glorieuses serait possible. On se demande comment.
Pendant 30 ans environ, de 1945 à 1973, la France a connu une croissance soutenue, de 5,9 % en moyenne annuelle. Pour soutenir ce rythme endiablé, elle a été obligée d’importer massivement de la main-d’œuvre étrangère et les Algériens étaient alors très heureux de trouver un emploi en France. Une véritable surchauffe a marqué l’économie française. En 1969, malgré toutes ces importations de main-d’œuvre, il n’y avait encore que 300 000 demandeurs d’emploi en France…

Puis en 1967, la France entre dans le marché commun, elle subit les chocs pétroliers de 1973. Le chômage remplace le plein-emploi et se maintient aux alentours de 10 %, malgré une quinzaine de politiques de relance d’inspiration keynésienne.

En 1945, la France sortait à peine de la guerre et les prisonniers retrouvaient enfin leurs familles. Le niveau de vie des Français avait fortement baissé. Tout était à reconstruire. Le 5 juin 1947, Marshall propose aux pays européens une aide américaine pour lutter contre la pauvreté. Le plan Marshall est accepté par les pays de l’Europe de l’ouest, mais refusé sur ordre de l’URSS par ceux de l’Europe de l’est. L’Europe est coupée en deux pour plus de 50 ans, mais les locomotives américaines tirent les trains français qui commencent à rouler entre deux ponts détruits.

Pendant toute cette période, les gouvernements français mènent une politique inflationniste : création de la Sécurité Sociale en 1945, Smig en 1950, grands travaux d’utilité publique comme la construction des autoroutes, construction des grands ensembles des banlieues, avec en prime des augmentations fréquentes des salaires. Après les accords de Bretton Woods signés en 1944, le franc fait partie d’un système à parité fixe rattaché à la valeur de l’or, et dominé par le dollar. Comme la politique menée par la France est bien plus inflationniste que celle qui est menée par les USA ou l’Allemagne, de très nombreuses dévaluations marquent l’évolution du franc : 6 de 1945 à 1950, 5 de 1957 à 1969…

Un contrôle rigoureux des changes interdisait le départ des capitaux, mais autorisait une progression importante de nos échanges avec les autres pays du monde. Enfin un contrôle des prix à la française s’opposait à l’inflation.

Or, la « pénurie » a marqué toute cette période. Les tickets de rationnement n’ont disparu qu’après 1950, on faisait la queue dans de nombreux magasins. Il fallait attendre des années pour avoir un logement ou une voiture.

Il existait donc en France, comme dans les pays communistes, une demande toujours supérieure à l’offre. Malgré l’inflation, le pouvoir d’achat des Français restait en permanence supérieur à l’offre. L’inflation ne rééquilibrait donc pas complètement offre et demande.
L’explication de la « pénurie » française se situe au niveau du contrôle des prix. Une équipe du ministère des finances discutait d’abord avec les représentants d’un secteur de l’économie. Après des négociations difficiles, souvent âpres, dans lesquelles les producteurs énuméraient toutes les augmentations de salaires ou toutes les mesures étatiques qui alourdissaient leurs prix de revient, le gouvernement décidait du prix de vente d’un produit. Il autorisait un prix légèrement inférieur à celui qu’aurait donné l’inflation. Ce contrôle des prix n’empêchait pas une importante inflation, ce qui explique les  11 dévaluations du franc dans la période, mais il empêchait que l’inflation rééquilibre totalement l’offre et la demande. Le système créait ainsi un véritable pouvoir d’achat résiduel.

C’est ce pouvoir d’achat résiduel qui a probablement été à l’origine de la « pénurie » observée. Les 30 glorieuses ont marqué la mémoire collective des Français. Malheureusement, l’ouverture du marché français aux produits venant du monde entier a créé une situation nouvelle génératrice de chômage. D’autres solutions sont possibles et doivent être appliquées.

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11 réponses à l'article : Les 30 Glorieuses : c’était aussi l’inflation et la pénurie

  1. sergio

    11/11/2011

    Merci de démythifier ces "30 glorieuses". Outre ce que vous dénoncez, il ne faut pas oublier 2 guerres coloniales, les cités entourées de bidonvilles, les classes de 45 élèves dans des baraquements, les minimums vieillesse dérisoires, le ministère de l’information, le monopole radio-télé, les saisies fréquentes de journaux, la troupe contre les mineurs grévistes….j’en passe !!

    Bien à vous. 

    Répondre
  2. sergio

    11/11/2011

    Merci de démythifier ces "30 glorieuses". Outre ce que vous dénoncez, il ne faut pas oublier 2 guerres coloniales, les cités entourées de bidonvilles, les classes de 45 élèves dans des baraquements, les minimums vieillesse dérisoires, le ministère de l’information, le monopole radio-télé, les saisies fréquentes de journaux, la troupe contre les mineurs grévistes….j’en passe !!

    Bien à vous. 

    Répondre
  3. TPE

    09/11/2007

    Nous on voulait juste savoir ce que c’était le rapport avec la photographie et son évolution quoi…Bon bah si quelqu’un a la réponse bha heu n’hésitez pas 😀

     

    Sincères salutations en direct d’Emilie du chatelet 🙂

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  4. Jean-Claude THIALET

    03/02/2007

    03/02/07    – 4-V –

    Si je comprends bien que Bernard TREMEAU veut faire comprendre aux ignorants ou aux nostagiques que les "TRENTE GLORIEUSES" au souvenir mythique ne furent pas aussi "glorieuses" que l’on veut nous faire croire, il m’a laissé sur ma faim.

    D’abord, parce qu’il se garde bien de citer le nom des "hommes politiques qui nous font croire qu’un retour aux Trente Glorieuses est possible" (1).

    Ensuite parce que son article s’arrête en nous laissant espérer que "d’autres solutions sont possibles et doivent être appliquées", mais sans nous dire lesquelles. J’ose espérer que, faute de place dans le présent article, Bernard TREMEAU nous dira prochainement quelles solutions il a dans son plumier, et comment les appliquer.

    Mais il y a urgence. Quand j’entends un Nicolas SARKÖZY ou une Marie-Ségolène ROYAL   –  dont les augures sondo-médiatico-politiques nous serinent qu’ils sont les grands favoris d la course à l’Elysée -nous promettre par exemple qu’ils résoudront le problème des dettes (mille milliards quatre cent millions d’euros !) "avec  la croissance", et sans exiger de véritables sacrifices de la part des électeurs/électrices, je me dis que, plus cela ira, LE  "FRANCE TITANIC" continuera à s’enfoncer dans les flots sombres des  "TRENTE CALAMITEUSES" !

    Bon dimanche. Cordialement, Jean-Claude THIALET

    (1) outre des noms, j’aurais aimé savoir comment ces "hommes poliques" comptent s’y prendre pour nous assurer "un retour aux Trente Glorieuses"…

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  5. sas

    03/02/2007

    A vignéllo……au lieu de métaphorer sur les membres de notre etat décadant et ripoublicain….dit démocrassouille……fait court et résume:

    – les bénéfices sont toujours privés et pour les initiés……..les dépenses et les frais pour la piétaille profane:perte mutualisées et collectives,gain privé et clanique.

    C’est ca la règle d’or de l’économie hexagonale….a inscrire au fronton de HEC et des autres ecoles de commerce et ecole administrative….

    nouvel spécificité: le statut parachutaire de la fonction public, qui evite d’être accessible par la justice , et assure un matelas confortable pour aller jouer dans le privé sans risuqes…..en claire outre le chômage endémique,les employés du privés sont mis en concurrence sauvage avec des fonctionnaire oisif dans leur job principal….mais ayant du temps a tuer avec les 35h00….

    c’est-y pas beau madame la marquise….?????

    sas qui rigole de plus en plus…

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  6. vignello

    03/02/2007
    "Les subventions et les spots sont les ennemis de la liberté "Paul Valéry et, c’est bien dit.

    Quant à l’état il est aussi omnipotent qu’impuissant. Depuis 1974, c’est la haute noblesse d’Etat qui dirige et détruit notre pays. Notre Etat a deux bras : l’un très long qui ramasse tout et partout, l’autre très court qui ne distribue que près de lui.

    Au lieu de traiter les conséquences au lieu des causes, nous exigeons des moyens au lieu des résultats

    Imposons la suppression des Ecoles Nationales du gaspillage (Administration, Santé, Magistrature et IUFM) même formatage conduisant au pantouflage, chaise musicale et création de strates et comités Théodule. On ne met plus de l’engrais, même si les laboratoires subventionnent spéculation et corruption, sous un arbre dangereux, ON LE COUPE.

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  7. MINUX75

    03/02/2007

    Bonjour la mondialisation fait 3 choses, elle détruit des emplois, c’est ce que l’on voit à la télévision, elle crée des emplois hors du champs des caméras, et il y a un solde qui est largement positif en matière d’emploi. Le premier rôle de tout économiste digne de ce nom est de montrer ce qui est invisible à l’instar de FREDERIC BASTIAT, de montrer que la mondialisation ou le libre échange crée des emplois. Bernard TREMEAU fait exactement l’inverse. La mondialisation crée des richesses, c’est Ludwig VON MISSES qui l’a expliqué le mieux dans un livre qui s’apelle CAPITALISME, pour lui, c’est la spécialisation qui crée des richesses or en s’ouvrant sur le marché mondial, on devient hyper spécialisé donc hyper riche. Il n’est qu’à voir la pauvreté d’économies fermée comme l’espagne du franquisme ou la corée du nord actuelle pour comprendre l’impact que peut avoir le mondialisme sur la création de richesse. Il existe un site qui parle assez bien du chômage, c’est le site work for all que je trouve exemplaire http://www.workforall.org/drupal/?q=fr/node/68il aussi en français, en anglais, bref dans toutes les langues européennes. à bientôt

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  8. Pierre

    02/02/2007

    Visiteur a ecrit: ‘Le marché britannique est aussi ouvert aux produits du monde entier, mais bizarrement il y a le plein-emploi en Grande-Bretagne. Comment est-ce possible ? Le vilain textile chinois aurait-il pu ne pas avoir eu d’influence négative sur le taux de chômage britannique ?’

    Reponse: beaucoup moins d’impots, de reglementation, beaucoup moins d’immigres hors Union europeenne, pas de prime a l’immigration illegale, beaucoup moins de regroupement familial, …etc bref une classe politique Britannique beaucoup plus responsable!

    Cordialement

     

    NB: Desole si je choque les socialos sarkosistes, Buffetistes, Bayrouistes, Royalistes…mais la verite est La!

     

     

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  9. Marc

    01/02/2007

    Bonjour

    Quand les  Français auront compris que tous leurs problèmes économiques, viennent de leur Etat pléthorique, qui écrase de son poid toute possibilité de développement, ( plus de 48 % du budget de l’Etat consacré aux seuls salaires de ses fonctionnaires ) une hérésie, ils auront tout compris ! Quelle entreprise privée pourrait tenir longtemps, avec une telle charge salariale ? Aucune ! De plus, l’Etat commence à vivre à crédit, à partir du mois d’Octobre, C’est à dire que l’Etat vit au dessus de ses moyens ! C’est comme quelqu’un qui gagne 1000 £, et qui en dépense 1500 chaque mois ! Tant que personne n’aura le courage de sabrer de manière drastique dans les bataillons pléthoriques de la fonction publique, rien ne sera possible ! On ne peut pas baisser les charges, si on ne baisse pas les dépenses ! Or ce sont les charges sociales qui empêchent les entreprises d’embaucher !

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  10. sas

    01/02/2007

    A l’aube de 1929 et des premisses du crash…….reconnu par un Keynes? à travers des articles sur les journeaux financiers, confirmant son errance…..taux d’intérrêt très bas censé ne plus jamais remonter…. et  l’inconsidéré: survalorisation des actifs……ce qui entrainera l’efondrement de wall street et des autres bourses en cascades….

    nous y sommes….

    sas

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  11. visiteur

    31/01/2007

    " Malheureusement, l’ouverture du marché français aux produits venant du monde entier a créé une situation nouvelle génératrice de chômage. "

    Le marché britannique est aussi ouvert aux produits du monde entier, mais bizarrement il y a le plein-emploi en Grande-Bretagne. Comment est-ce possible ? Le vilain textile chinois aurait-il pu ne pas avoir eu d’influence négative sur le taux de chômage britannique ?

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