Les limites du libre-échangisme

Posté le septembre 05, 2012, 12:00
6 mins

ENTRETIEN

Qui sont les démondialistes et quelle est leur doctrine ?

Les démondialistes – on attribue le nom au sociologue philippin Walter Bello, en 2002 – sont à situer par rapport au mouvement « alter-mondialiste » et au mouvement « anti-mondialiste ».
Le premier conteste le modèle libéral de mondialisation des années 1990-2000 et assure qu’on peut, et doit, construire un « autre monde », une mondialisation maîtrisée et solidaire, une société planétaire enfin gouvernée. C’est un mouvement réformiste, dont le thème ma­jeur est désormais celui du « dé­veloppement durable ».
Quant au mouvement « anti-mondialiste », il considère qu’il est impossible d’atteindre des avancées significatives à l’intérieur du système capitaliste mondial. Il refuse le concept même de mondialisation. On est ici dans une démarche révolutionnaire.
Reste que cette position anti-mondialiste, purement négative, est peu satisfaisante. On va donc avoir un effort des démondialistes – qui se situent dans la perspective anti-mondialiste – pour donner un contenu plus « positif » à la thèse des anti-mondialistes.
Leur doctrine ? Une réaction violente contre le dogme libéral. Mais les dé­mondialistes entendent préciser le projet alternatif qu’il convient de mettre en place par rapport à la mondialisation libérale avec deux modèles alternatifs : l’un, dans une perspective « in­ternationale », avec les démondialistes de « gauche », comme Mélenchon ou Montebourg ; l’autre, dans une perspective nationale, avec les démondialistes de « droite », comme Marine Le Pen.

Le démondialisme est-il un nouveau nom pour le protectionnisme ?

Certains le pensent. Force est pourtant de reconnaître qu’il est caricatural et déformateur d’assimiler le démondialisme à un nouveau protectionnisme.
Parallèlement à cet effort pour se protéger au mieux de l’extérieur, les démondialistes – et ceci, on le sait, n’est pas pris en compte par le « courant protectionniste » – entendent relocaliser les systèmes productifs, la production interne par un processus d’accumulation désormais autonome et autocentré.

La crise actuelle manifeste-t-elle les limites du libre-échangisme ?

Les libéraux assurent que le libre jeu de la division et de la spécialisation internationales du travail, des avantages comparatifs à chaque pays, est une dynamique de prospérité et de progrès bénéfique pour tous les acteurs concernés. La crise manifeste les limites de cette thèse libre-échangiste.
Dès 1978, la persistance de la crise avait amené certains auteurs, tel Jean-Marcel Jeanneney dans « Pour un nouveau protectionnisme », à s’interroger sur la possibilité d’en sortir en restant fidèle aux options libre-échangistes et à envisager le recours à une certaine forme de protection à l’échelle communautaire.
Le prix Nobel d’économie Maurice Allais n’hésitait pas, en 1994, à dénoncer les « effets pervers du libre-échange mondial », tel que celui prôné par le GATT, qui « ne peut aboutir qu’à des spécialisations indésirables, génératrices de déséquilibres et de chômage ».
à l’heure où la majorité des pays cherche son salut par les exportations, nombreux sont ceux qui, comme l’économiste Jacques Sapir, pensent qu’on ne fera ainsi qu’aggraver la crise. Le commerce international n’est, en effet, pour ces commentateurs, un jeu à somme positive que dans la mesure où l’on a une forte croissance dans une majorité de pays.
L’horizon ne s’éclaircira pour le libre-échange qu’avec le retour de nouvelles « trente glorieuses ».

Pierre Pascallon
Les démondialistes
pourraient-ils demain
nous sauver ?

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2 réponses à l'article : Les limites du libre-échangisme

  1. quinctius cincinnatus

    11/09/2012

    c’est un devoir vital pour l’ Homme que de croire

    Répondre
  2. Gene

    06/09/2012

    Il est difficile de comprendre comment on a pu croire à une telle utopie, qui est la mondialisation!

    Répondre

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