L’optimisme n’est pas là où on le place

Posté le septembre 23, 2011, 12:00
14 mins

Texte rédigé le 31 mars 2011

Le Figaro-magazine, dans son numéro du 26 mars 2011, avait classé les optimistes et les pessimistes selon qu’ils pensaient que l’euro sortirait vainqueur de la crise économique ou non. On retrouvait l’inénarrable Alain Minc dans ce camp dit des optimistes, et sa seule présence dans ce camp aurait du faire basculer les autres vers d’autres horizons tant ses conseils ont invariablement provoqué la ruine de ceux qui les ont écoutés.

A part Mr. Minc, parmi les optimistes, on peut discerner deux clans. Je ne les rangerai pas dans les mêmes cases.

Il y a les cyniques, qui depuis le début, utilisent la construction de l’Euro pour faire avancer leur conception intégratrice de l’Europe. Au fond ils savent très bien depuis le début que la construction européenne telle qu’on la pratique est bourrée d’incohérences. On ne peut avoir le libre échange mondial, l’euro, et un gouvernement décentralisé de l’ensemble européen. Ils savent très bien qu’en sauvant l’euro et en continuant à pratiquer le libre-échangisme mondial sans limites et sans respect des conditions de concurrence, on va inéluctablement petit à petit vers une centralisation du pouvoir au profit de la technostructure bruxelloise qui, on nous le dit assez souvent, veut notre bonheur. (Staline, Hitler disaient aussi construire un monde neuf). Alors qu’importe que les Français, les Irlandais, les Hollandais aient voté autre chose sur la constitution européenne ! Nos élites ont supprimé le peuple qui pense si mal en faisant ratifier Lisbonne.

Il y a les « compagnons de route ». Ils sont à l’idée européenne ce qu’étaient ceux du parti communiste après la guerre qui refusaient de croire aux Goulags, à Kravtchenko, qui préféraient croire Sartre plutôt qu’Aron, sans se rendre compte des dégâts qu’ils faisaient dans le monde et dans leur propre pays, (1) sous prétexte qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt. Ces compagnons de route ont bien conscience que les choses ne vont pas bien, ils espèrent que le pire n’est pas certain, ils croient encore, à l’instar de Jean Monnet, que le commerce rapproche les hommes, (alors qu’à l’inverse, les hommes peuvent commercer entre eux dès lors que la confiance est établie durablement, ce qui implique la proximité et la répétition et donc qu’ils soient déjà proches culturellement). Jean Boissonnat et MichelAlbert en particulier, que j’ai côtoyés au Conseil de la Politique Monétaire, ont mis leur indéniable talent au service de ces idées. Ils sont persuadés que l’Europe a interdit la guerre entre les Etats européens.

Les cascadeurs de l’économie

Bien sûr, ils s’apercevront un jour qu’ils s’étaient trompés et comme nombre de repentis communistes on les écoutera alors avec dévotion (2), mais sans doute trop tard. Mais dans l’intervalle les régimes communistes avaient tués au moins 100 millions de personnes. De combien de chômeurs devront être crédités nos ayatollahs de l’Europe apatride, combien de déracinements devront être attribués aux décisions de la Commission Européenne et à ses diktats, combien de nouveaux pauvres auront perdu l’espoir de vivre décemment de leur travail pour n’avoir plus la possibilité de vivre que d’une aumône publique de plus en plus étique, pendant que les nouveaux riches de la prédation bancaire continueront à décliner tous azimuts le jeu le plus répandu dans la finance internationale,  « pile je gagne, face tu perds », et à se gaver de bonus délirants dont le seul support vient de leur aptitude à s’échanger entre pairs et de gré à gré ?

Les pessimistes, toujours pour le Figaro-Magazine, sont ceux qui ne cessent de prévenir des difficultés et de s’étonner que les soi-disant optimistes n’en tiennent pas compte pour assurer la réussite de leurs vœux les plus chers.

On me dit souvent que je suis pessimiste car j’annonce les difficultés et que si nous n’y prenons garde, les conséquences seront graves. Je dois dire que l’optimisme se situe plutôt de mon côté, car il faut vraiment avoir foi en la raison humaine et en la sagesse des dirigeants pour inlassablement dénoncer les dangers qui guettent la construction européenne. Un cascadeur fait un métier dangereux, il court des risques, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne prépare pas sa cascade avec soin pour mettre toutes les chances de son côté. Que penserions-nous s’il s’en remettait au sort, en négligeant les ceintures de sécurité, les filets de réception, en ayant une préparation hésitante des différents paramètres ? Que penseriez-vous, si vous étiez dans la même cascade, et qu’il vous dise que vous êtes pessimistes parce que vous l’avertissez des dangers ? Je dirais que ce cascadeur est inconscient ou fou et je ne monterais jamais avec lui. Les inspecteurs des finances et les financiers sont ces cascadeurs de l’économie, qui ne prennent aucune précaution sauf pour eux, et qui vous assurent que l’euro est une belle réussite.

Sauver ce qui peut l’être de la construction européenne

Construire la monnaie unique était une politique qui avait des chances raisonnables de succès. A ne pas écouter les conseils de précautions, cette construction dès à présent s’avère être un échec, et je donne peu avant que cet échec ne tourne à la catastrophe. Certaines des conséquences dramatiques peuvent encore être évitées, pour combien de temps, un an, deux ans, je ne sais. Mais il y aura un point de non retour.

À Fukushima, le gouvernement japonais et les dirigeants de Tepco ont voulu minimiser les conséquences de la catastrophe nucléaire. En voulant convaincre la population, ils s’en sont convaincus eux-mêmes pour finalement toujours apporter des solutions en retard par rapport à la gravité de la crise. Les dirigeants européens sont toujours en retard d’une crise, on résout la Grèce mais pas l’Irlande, puis l’Irlande mais pas le Portugal… Quand comprendra-t-on que, d’une part, ces crises sont liées à la construction européenne, et que la solution temporaire de l’une crée les conditions de la suivante ?

Si l’on parlait correctement et si les mots avaient encore un sens, on devrait plutôt parler d’inconscients et de prévoyants. La prévoyance n’est pas du pessimisme, l’inconscience n’est pas de l’optimisme. J’ai même le sentiment inverse et je crois que ceux qui aujourd’hui veulent la sortie de l’euro sont ceux qui veulent encore sauver de la construction européenne ce qui peut l’être.

On glose toujours sur Cassandre qui annonçait le malheur sur Troie. « Timeo Daneos et dona ferentes » :« je crains les Grecs même lorsqu’ils font des dons ». Cassandre était optimiste de vouloir convaincre ses compatriotes du danger du Cheval de Troie, chose qui lui était impossible plus par la sottise de ses concitoyens que par la malédiction divine. Dommage pour Troie ! Certes, nous avons eu ainsi les plus beaux poèmes épiques de l’humanité. J’aimerais quand même nous éviter qu’un nouvel Homère ne puisse écrire une nouvelle épopée sur la malédiction d’Europe.

Jean-Pierre Gérard

Vice-Président de Debout la République,

ancien membre du Conseil de la Politique Monétaire

  1. En voyage au Bénin avec le club des N°1 mondiaux français à l’exportation, j’avais rencontré le président Kerekou dans sa période post marxiste. Comme je l’interrogeais sur son allégeance marxiste, il me fit cette réponse qui me fit mesurer le rôle des intellectuels auprès des dirigeants d’autres pays. Mais « Mr le Président comment voulez vous que nous ne choisissions pas le marxisme, toutes les élites françaises pensaient que c’était la condition même du développement ». Sans appel. Je n’en aurai que plus d’admiration par la suite pour cet homme qui sut tout seul et peu soutenu par la France faire le chemin intellectuel qui permit à ce pays de revenir à une forme de gouvernement plus stable, même si N. Soglo mit un temps en péril le fragile équilibre.

  2. Jacques Marseille, en particulier, fut l’archétype de cette tendance bien française.

2 réponses à l'article : L’optimisme n’est pas là où on le place

  1. lecteur

    24/09/2011

    « optimiste » et « pessismiste » est du vocabulaire de journaliste ne sachant pas trop comment finir un article ou une entrevue. Les journalistes aiment aussi l’expression « … ne fait pas l’unanimité », comme si eux, individuellement, la faisaient.

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  2. ozone

    23/09/2011

    Clap,clap,clap,

    Conclusion;Sarkozy est un danger mortel pour la France.

    Et ses complices socialistes aussi d’ailleurs.

    Question,comment un pays ou l’immense majorité de ses élites dirigentes ou aspirants a le devenir veulant continuer sur cette voie peut se sortir d’un piege a cons pareil?

    La premiére des precautions est de ne pas considérer la coupole bruxélloise comme des imbéciles,je trouve leur coup trés intélligent pour arriver a leurs fins,certes un peu bousculé par la crise venu des USA,pas prévue au programme,mais celle de "l’euro" l’était,l’endéttement supp causé par la "crise" bancaire accélére le tempo,mais ils se débrouillent bien,le pitoyable et risible suivisme de l’Allemagne ressemble de plus en plus au "plutot Hitler que le front popu",c’est avec déléctation qu’ils se jetent dans ce petit jeu,pacte de croissance et de compétitivité et le reste..

    A quand Dunkerque?

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