Point de vue iconoclaste sur les retraites

Point de vue iconoclaste sur les retraites

Une fois de plus, je regrette que le gouvernement ait la maladresse de mélanger deux sujets : l’âge « normal » de départ en retraite et les régimes spéciaux.

Il aurait été tellement plus habile de dissocier les deux.

Mais, si son but final est de faire assez de bruit pour montrer à Bruxelles qu’il se bouge, évidemment, la maladresse n’a pas que des inconvénients.

Repousser de deux ans l’âge de la retraite, c’est mettre environ 500 000 personnes de plus sur le marché du travail.

Alors que nous avons 3 millions de chômeurs officiels et sans doute 6 millions véritables, les nouveaux actifs seront-ils tous employés ?

Le but de la réforme ne saurait être de les transférer des caisses de retraite à l’assurance chômage.

Une telle réforme aurait eu du sens en période de croissance où les nouveaux actifs auraient été vite absorbés par le marché du travail. Aujourd’hui ?

Personnellement, je préfère une retraite à la carte sans seuil, mais personne ne semble la vouloir. Il y a tant d’actifs qui seraient utiles s’ils restaient au-dessus de 65 ans ; d’autres qui voudront continuer à travailler et qui ne le peuvent pas pour des raisons réglementaires ; d’autres qui voudraient travailler plus pour arriver à une retraite convenable.

Il va de soi que toute année supplémentaire doit entraîner un supplément de pension, et l’inverse pour ceux qui partent avant terme, dans une stricte proportionnalité.

S’agissant des charges des entreprises, je pense ce que la réforme des retraites leur rapportera bien moins que ce que leur rapporteraient un abandon du prix unique de l’électricité et la suppression tout ce qui pèse sur celui-ci (éolien, etc.) – calcul à confirmer.

Il ne faut non plus mettre au même niveau ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans et les « baba cool », qui poursuivent leurs études au-delà de 25 ans.

Pour ce qui est des régimes, spéciaux, il y en a de toutes sortes.

La jalousie joue beaucoup dans la revendication de les supprimer. Si les rentes, bien réelles, de certains étaient transformées en supplément de salaires, on en entendrait beaucoup moins parler.

Mais, là aussi, les situations sont très variées : pour les fonctionnaires moyens qui arrivent à leur maximum indiciaire à 40 ans, compter la dernière année ou les vingt dernières en fait pas une grosse différence.

Pour les hauts fonctionnaires, dont 50 % du revenu est composé de primes non prises en compte dans la retraite, la chute est brutale en fin de carrière.

Je suis, en revanche, favorable aux privilèges de certains servies public, privilèges qui ont d’ailleurs été largement abrogés : EDF, SNCF, etc.

Ces services ont longtemps bien tourné, si on les compare aux autres pays, parce que les employés se considéraient comme une élite : malgré les grèves, ils étaient attachés au service et soucieux qu’il fonctionne bien.

Je ne souhaite pas qu’une centrale nucléaire ou un train soient entre les mains de CDD ou même d’employés au statut banalisé.

La retraite par capitalisation est un leurre : le retraité qui va à la supérette n’achète pas des produits fabriqués il y a trente ans. Ce système supposerait qu’on double les cotisations pendant des années pour arriver à un capital convenable. Il aurait un sens si la France n’avait pas assez d’épargne, mais elle est un des pays au monde où il y en a le plus. Savoir comment elle est employée est une autre question. J’ai quelques idées sur le sujet.

Fondamentalement, les retraites sont un partage de la charge actuelle des anciens.

J’ajoute que les mères de famille qui élèvent les futurs cotisants au détriment de leur carrière risquent d’être encore sacrifiées. Ce n’est pas le genre du gouvernement actuel de s’en préoccuper !

Roland Hureaux, essayiste

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(2) Commentaires

  • quinctius cincinnatus Répondre

    pourvu que cette  » réforme  » ne nous coûte pas plus cher qu’ elle ne nous rapporte est déjà la première interrogation , la certitude étant que SANS REFORME de l’ Administration elle n’ est sans doute qu’ un sursit de quelques années

    28 janvier 2023 à 7 h 28 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    enfin des remarques lucides et utiles sur cette question passablement opaque
    remarquons aussi que notre système de retraite ( qui ne se fait pas uniquement par capitalisation ) est un liant pour l’ idée de Nation et que cela est loin d’ être négligeable, à notre époque, du point de vue de la philosophie politique

    26 janvier 2023 à 14 h 26 min

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