Quand le mauvais élève donne des leçons au bon

Posté le avril 13, 2010, 12:00
7 mins

Cette semaine, Carla Bruni et Rachida Dati font la une des mé­dias, mais ce qu’elles ont dit ou pas dit ne changera strictement rien à nos vies.
Par contre, on ne parle pratiquement pas de ce qu’a dit Christine Lagarde, notre minis­tre des Finances. Or, ce qu’elle propose risque d’aggraver le chômage et de diminuer le pouvoir d’achat des Européens, donc des Français.

La France avant 1970, les Chinois ou les Indiens aujour­d’hui, ont eu, ou ont encore, une croissance supérieure à 5 % par an, ce qui assure une bonne augmentation du pouvoir d’achat et le plein-emploi. Le plein-emploi, même dans une économie mondialisée, est donc tout à fait possible.
Depuis 20 ans, la France et l’Allemagne se sont engagées par une série de traités à réduire leur inflation à moins de 2 % l’an. L’Allemagne le fait, mais la France est incapable de le faire.

Depuis 10 ans, la France et l’Allemagne ont une monnaie commune. Or, depuis 10 ans, l’inflation par les coûts a été de 1 % par an en Allemagne, de 3 % en France et de 6 % en Grèce. Donc, au bout de 10 ans, les prix ont augmenté de 10 % en Allemagne, de 30 % en France et de 60 % en Grèce. Les conséquences de cette situation sont facilement prévisibles.

– Les consommateurs français et grecs achètent des produits allemands bien moins chers que les produits nationaux. Les consommateurs ont un comportement logique.
– Les entreprises françaises ne sont plus compétitives. Soit elles déposent leur bilan et l’on n’en parle plus. Soit elles délocalisent pour redevenir compétitives et faire des bénéfices. C’est ce qu’ont fait les 40 premières entreprises françaises. Les entrepreneurs ont un comportement logique.
– Les investisseurs fuient de plus en plus la France. Il faut être fou pour créer ou augmenter une entreprise dans un pays où l’État détruit la compétitivité des entreprises. Les investisseurs ont un comportement logique.
– Les spéculateurs se méfient des obligations d’État émises par la Grèce. Le cours des obligations émises pour 10 ans s’est effondré le 8 décembre, alors que les responsables français et italiens annonçaient que tout allait très bien et qu’on aiderait « au besoin » la Grèce. On a vendu massivement les obligations grecques pour acheter des obligations allemandes. Il vaut bien mieux mettre ses économies dans des obligations d’État allemandes. Les spéculateurs ont un comportement logique.
Christine Lagarde intervient alors au nom de la France.

Elle ne dit pas que la France va enfin faire un effort pour respecter les traités qu’elle a signés. Mais elle demande aux Allemands de cesser de respecter ces traités et d’avoir une politique économique inflationniste
proche de celle de la France. Et elle propose de demander à la Banque centrale européenne d’avoir comme objectif non pas 2 % d’inflation par an, mais 4 %.

Christine Lagarde croit donc qu’on peut relancer l’économie en augmentant l’argent qu’on met à la disposition des Européens. Elle croit encore à la relance par augmentation de la demande.

De plus, elle semble ignorer que la masse monétaire actuellement mise à la disposition des Européens est totalement pléthorique depuis 2 ans. Et elle demande à Angela Merkel d’en rajouter une couche… Elle de­vrait consulter les courbes établies par Jean-Pierre Chevallier.
Les réactions aux propos de Christine Lagarde sont très variables.

Côté Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet n’est pas content du tout.
Côté Allemagne, c’est le tollé. Les médias trouvent ridicule de voir le mauvais élève oser donner des leçons au bon élève. Le monde politique demande un peu plus de sérieux à notre pays.

Côté France, les médias ne semblent pas s’y intéresser. Par contre, de nombreux responsables syndicaux ou politiques y voient une invitation à demander des augmentations des salaires. Ce qui aggravera automatiquement le mal. Côté des mauvais élèves enfin, Grèce, Italie, Espagne ou Portugal, on est bien sûr d’accord…
Nous ne sommes pas encore sortis de l’ornière !

4 réponses à l'article : Quand le mauvais élève donne des leçons au bon

  1. Anonyme

    21/04/2010

    Pour nôtre grand économiste 

    On sait que les relations Franco-allemandes ont été meilleures par le passé. En appelant Berlin à modifier sa politique économique, Christine Lagarde n’a pas rapproché les deux rives du Rhin, notamment lorsque elle incite nos voisins à stimuler leur demande intérieure en révisant leur politique de réduction de coût du travail. En réponse à la ministre, le quotidien économique Handelsblatt se plait à rappeler que l’Allemagne vient d’accorder la prime à la casse automobile la plus généreuse d’Europe, soit 2500€. Une prime qui a largement bénéficié aux constructeurs français, le groupe Renault pouvant se targuer de 45% d’augmentation de ses ventes, et PSA de 32%. Mais, ajoute malicieusement le quotidien, le gouvernement allemand ne peut être tenu responsable du fait que les ventes de françaises se font pour l’essentiel –Dacia, Twingo, 107-C1- avec des productions d’Europe de l’Est…Et Handelsblatt, de rejeter sur son voisin ses propres échecs. Cela dit,  Ka ou Agila Polonaises, Corsa ou Polo espagnoles ont-elles aussi bénéficié des primes. Il est décidément bien difficile de donner des leçons, tant les constructeurs développent des stratégies similaires.

    Toujours à côté de la plaque, dîtes moi cher érudit, expliquez moi comment la Gréce enest arrivé à ce stade pourtant le PASOK fut à la t^te de cepays depuis la chute du régime des Colonels et ce n’est pas l’ interméde conservateur qui put changer la donne.

    Zapatero aurait trahi la cause des socialistes, pourtant il régularisa des milleirs de "sans-papiers" et l’ Espagne en compte toujours autant, ils ne sont mêmes pas reconnaissants, ils veulent réinstaurer le califat d’ El-Andalous.

    Je ne parles pas de la Suéde, où l’ âge de la retraite est à 65 ans, où les entreprises comme Volvo sont rachetés par les chinois.

    Autre chose!

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  2. Jaures

    15/04/2010

    Comme d’habitude, Tremeau nous raconte des choses tout à fait logiques, évidentes cohérentes.

    Sauf que c’est faux.

    D’abord, les 30 glorieuses ont été des périodes de forte inflation (4,6% en moyenne entre 1955 et 1970 avec un pic à 15,2 en 1958). On peut donc avoir un fort taux de croissance avec une inflation importante et vice versa. Par ailleurs, si l’Allemagne a baissé ses coûts, c’est également en délocalisant. D’abord à l’est de l’Allemagne où le chômage est important et les salaires plus bas, et dans les autres pays de l’est européen.

    A cet égard, on voit que l’euro profite à l’Allemagne puisqu’elle achète des composants à bas prix, les assemble dans des pays à bas coûts, puis revend les produits finis aux autres européens en euros avec une forte plus-value . Mais si cela profite aux sociétés allemandes, les travailleurs, eux, voient leurs salaires stagner et leurs droits sociaux disparaître.

    En fait, le modèle allemand vanté par Tremeau (Tiens ! Ce n’est plus l’Irlande son modèle ?), consiste à profiter du pouvoir d’achat des autres pays pour faire des affaires, puis de réinjecter le fruit de ces affaires dans les entreprises et les très hauts salaires.

    Effectivement, ça fait rêver !

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  3. Ed Vedder

    15/04/2010

    IL faudra me montrer où tu vois que Lagarde parle de monter l’inflation.
    A part de la haine, tu as quoi à proposer?

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  4. Anonyme

    15/04/2010

    Non seulement nous ne sommes pas sortis de l’ornière, mais je crains que l’essieu ne soit cassé.

    La France et les Français exaspèrent quasiment le monde entier aux yeux desquels, à part quelques exceptions rares, on passe pour des charlots (je reste poli).  Et c’est mérité.

    Un conseil, quand vous allez à l’étranger et qu’on vous demande de quelle nationalité vous êtes, répondez "Suisse", "Belge", ou "Luxembourgeoise", ça vous évitera d’être discrètement mais poliment mis à l’écart comme un pestiféré…  A moins de susciter personnellement leur admiration par votre travail.  Auquel cas, vous êtes reconnu individuellement pour ce que vous êtes, mais hors nationalité.

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