Réformer les banques plutôt que les sauver

Posté le février 18, 2009, 12:00
8 mins

L’Histoire nous enseigne qu’en période de crise économique, les pouvoirs publics prennent presque toujours des décisions qui sont exactement à l’inverse de ce qu’il faudrait faire.
Ce qui aboutit (peut-être) à en atténuer les effets immédiats, mais (certainement) à en prolonger beaucoup les effets dans le temps… (C’est ce qu’on a d’ailleurs constaté lors de la crise dite de 1929. En France, il a fallu attendre 1956 pour que la production intérieure brute rattrape son niveau de 1928 !).

Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Elle aborde la crise en situation de surproduction généralisée. Des regroupements sont nécessaires. Comme toujours, ce sont les producteurs les plus compétitifs et les plus innovants qui resteront sur le marché mondial, tandis que les autres seront éliminés.
Dans ce contexte, à quoi sert l’argent public distribué (en fait, c’est celui des contribuables) ? À retarder les décisions nécessaires, à reculer les compressions d’emplois, à ajourner les fermetures d’usines. Qui néanmoins auront lieu. Mais plus tard, quand les concurrents se seront déjà réorganisés…

Ce n’est pas en demandant et en obtenant l’engagement des constructeurs de ne plus délocaliser leurs productions que le gouvernement en fera des champions mondiaux. C’est même exactement l’inverse qui se produira !

J’entends dire : « Les constructeurs auraient dû faire ci ou ça, d’autres moteurs, d’autres gammes… » Mais la seule chose certaine, c’est que le nouveau modèle qui sauvera, non pas le secteur dans son ensemble, mais telle ou telle entreprise, ne sortira certainement pas du cerveau d’un fonctionnaire du ministère des finances, ou de l’industrie, mais plutôt de celui d’un ingénieur, d’un bureau d’études privé, qui n’ont pas besoin de subventions publiques.

Demeure la question essentielle, la seule qui divise les libéraux entre eux : fallait-il faire une exception pour les banques ? Fallait-il, le 15 septembre 2008, sauver Lehman Brothers, comme on a sauvé AIG et Merrill Lynch ? ou bien la laisser déposer le bilan, comme on a laissé d’autres banques le faire avant et depuis lors (dernière en date, le 13 février 2009 : Pinnacle Bank, Oregon, dont une partie des actifs a été reprise par Washington Trust Bank of Spokane) ? On voit bien la panique qui a suivi le lâchage de Lehman Brothers et on imagine ce qu’aurait été le lâchage généralisé du système bancaire mondial.

Observons en préalable que la garantie des dépôts est tout à fait découplée du sauvetage des banques. La trentaine de banques qui se sont placées aux États-Unis sous le régime du « Chapitre 11 » n’a fait perdre aucun dollar à quelque déposant que ce soit, du fait de la garantie de la FDIC, Federal Deposit Insurance Corporation.

Garantir les dépôts est déjà prendre un risque énorme. Garantir leurs capitaux propres, ou, ce qui revient au même, leur reconstitution avec de l’argent public en cas de dépréciation coûte encore plus cher.

On a déjà mis, au niveau mondial, entre 2000 et 2500 milliards de dollars pour redorer le bilan des banques. Personne ne sachant la valeur exacte de leurs créances, personne ne sait combien il faudra finalement y mettre pour les « sauver ».

Et on voit bien que cela ne suffit pas pour faire repartir l’activité du crédit. Non pas tant – comme vient de le reconnaître Madame Lagarde – par l’effet d’un « credit crunch », situation où les banques refusent de faire crédit, mais au contraire sous l’effet d’une absence de demande de crédit, contre laquelle les pouvoirs publics paraissent encore plus désarmés.

Les banques – à l’exception de quelques rares établissements privés – sont, de fait, quasiment nationalisées. Leurs dettes doivent s’ajouter à celles des États qui les ont prises sous leurs ailes. Cette dette publique consolidée est colossale : 2 à 3 fois la dette officielle. Au point qu’elle menace de banqueroute tous les États au cas où la crise devrait durer, disons plus de deux ans…

Je veux bien qu’on tende une main secourable aux banques qui, en effet, ont vécu dans l’idée qu’elles étaient protégées, à la fois par les États et par les instituts d’émission, toujours prêts à baisser les taux pour faire durer la bulle monétaire un instant de plus. Mais à la condition que ce soutien ne mette pas en péril les agents économiques eux-mêmes. À la condition que le bras et le corps tout entier du sauveteur ne soient pas happés par le noyé, avant que celui-ci ne coule…

Car il ne faut sauver quelqu’un de la noyade qu’à la condition d’avoir une chance raisonnable de se sauver soi-même !

6 réponses à l'article : Réformer les banques plutôt que les sauver

  1. enoch

    24/02/2009

    Ne pas se tromper pour les résultats de la BNP

    Cette dernière cumule 2000 milliards de dettes pour seulement une cinquantaine de milliards de fonds propres. C’est la banqueroute

    Participez à l’Appel pour l’ouverture d’une commission d’enquête sur la solvabilité réelle de nos banques.

    http://enoch.over-blog.com/article-28292091.html

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  2. Ben

    23/02/2009

    "L’Histoire nous enseigne qu’en période de crise économique, les pouvoirs publics prennent presque toujours des décisions qui sont exactement à l’inverse de ce qu’il faudrait faire", dit le début de cet article.

    Si on – monsieur tout-le-monde – sait ce qu’il faudrait faire, les pouvoirs publics aussi. Alors s’ils prennent les décisions inverses, c’est en sachant leurs effets. Donc ces nuisances sont voulues; l’aggravation de la crise est volontaire. Alors la naissance de la crise elle-même l’est également.

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  3. sas

    20/02/2009

    resultat de la BNP /   900 000 000 D EUROS

    et c’est à eux que l on prete du pognon ?????????

    sas

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  4. sas

    19/02/2009

    Quelles crise en FRANCE ,,,??????

    resultat des dividendes distribués sur les stées du cac 40      42 milliards d euros

    beneficeS des banque dont la societé generale 2 milliards d euros ……et des subvention/emprunts binifié ???

    benefice des grouppe petrolier dont 12 milliards pour TOTAL………

    ……la pauperiosations et l endettement sont juste pour les salariés intermédiaires et l’Etat…… deficit supérieur au 5% autorisé de mastrish….donc grosse amendes en perspectives…..

    …..monsieur sarkozy n’avait il pas déclaré en prennant ses fonctions …que la france et les français n’etaient pas assez endetté ??????

    sas

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  5. sas

    19/02/2009

    Avez vous lu

    LES DEMONS DU CREDIT AGRICOLE oui 5 700 000 sociétaires floué …izambert/nahoult ?

     

    1,6 MILLIARDS D EUROS DE BLANCHI…..

    crédit martiniquais 800 millions de detourné….avec faux credit,non rembousement, taux 0…….les emprunteurs pas inquiétés une seconde…..

    SODERAG SODEMA 680 MILLIONS de detournés…..pas de poursuites ni dossiers…

    Le credit lyonnais…..

    etc,etc,etc

    sas

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  6. Jean-Claude THIALET

    18/02/2009

    "Les-4-Vérités"  –  12/02/09

    L’article d’Alain DUMAIT est  certes intéressant aussi bien par les chiffres qu’il cite que par ses analyses ou ses réflexions. Mais j’oserai dire qu’il tourne autout du pot Certes, la crise internationale n’a pas épargné la France (1), et pas seulement notre industrie automobile. Mais tant que le Gouvernement SARKÖZY/FILLON n’aura pas voulu admettre que cette crise n’est que conjoncturelle, alors que la France subit depuis des années une crise structurelle, tous les plans, toutes les mesures (2) présentés, ou prises dans l’urgence et sans véritable concertation ne serviront à rien… Sinon à entretenir à la fois la fausse espérance et le vrai désespoir chez celles et ceux qui, au lieu de se prendre par la main, attendent tout, et même de plus en plus, des Gouvernements successifs, de "Droite" comme de Gauche.

    A celles et ceux qui s’illusionnent sur les "mille projets" présentés par François FILLON, je rappellerai cette phrase, lourde de sens et de désillusions, de Jacques MARSEILLE, historien et économiste, qui dirige l’Institut d’Histoire Economique à Paris I (Sorbonne-Panthéon), prononcée en conclusion de sa (longue) analyse des divers plans de relance, sur "Canal+" (in "Le Grand Journal’, mardi 10 février)(3). La voici :

    "… Ce que dit l’histoire de l’Economie, c’est qu’il n’y a aucun plan de relance qui ait marché depuis qu’il y a des pplans de relance ! "

    Alors, on peut faire toutes analyses du plan de relance SARKÖZY-FILLON-DEVEDJIAN que l’on voudra, elle ne serviront à rien. Et ne sont bonnes qu’à jeter à la corbeille avec le-dit "plan de relance"

    Et, puisque je viens de citer le professeur Jacques MRSEILLE, je pense qu’il serait utile de se rappeler son diagnostic qui, selon moi, explique le mal français, celui dont la France souffre aussi bien au plan économique et financier qu’au plan social (ce mot étant pris au sens le plus général !:

    "La France a bricolé un système fiscal qui exaspère les riches, pénalise les entreprises et ne soulage jamais les pauvres."

    En vingt mots, tout est dit là ! Et tant que nos Gouvernants et l’armée de crânes d’oeufs qu’ils entretiennent grassement comme conseillers aux frais de la République, pardon des contriabuables, n’auront pas compris que la fiscalité est  – sinon la seule cause –   du moins la principale, du "mal français", toutes les prétendues mesures, toutes les prététendues réformes, et tous les prétendus plans de relance ne serviront à rien. Sinon qu’à exaspérer davantage ceux qui d’une façon ou d’une autre les financeront (particulièrement les entreprises qui produisent des biens de consommation ou d’équipement) et ceux qui paient des impôts, et ceux qui estimeront n’avoir reçu que des miettes (tous les "assistés" qui pullulent dans notre pays),  tout en accusant les "riches" et les "privilégiés" de s’être servis largement au passage.

    Et puisque j’ai cité deux fois Jacques Marseille, allons jusqu’à trois.

    Récemment, celui-ci a dénoncé  – je cite  –  "l’hypocrisie du modèle français qui ne profite qu’à ceux qui savent jouer de sa complexité ou de ses privilèges" (fin de citation). Ce qui désigne aussi bien les malins roches du  Pouvoir et introduits dans ses arcanes, que tous les parasites du bas de l’échelle sociale. Lesquels, tout en ne cessant de se plaindre et de jérémier, souhaitent que ce "système" dans lequel ils vivent comme des poissons dans l’eau dure au moins aussi longtemps qu’ils sont en âge de travailler … à ne rien faire !

    Au lieu de pratiquer une baisse de la TVA, comme ne cessent de le réclamer à grands cris les tenants à tout prix de l’augmentation du pouvoir d’achat (4), ce même Jacques Marseille préconise d’augmenter la TVA  "à 25% , tout en la ramenant à 2,5 % pour les produits de première nécessité". Faisant remarquer que le Danemark qui pratique le taux à 25 % à un taux de chômage faible, et que l’optimisme de ses jeunes y est le plus élevé du monde (5)

    Je serais curieux de savoir ce que l’énarque Jacques ATTALI, bien silencieux en ce moment, pense de ces propos plein de bon sens de Jacques MARSEILLE. Lui qui se flatte d’avoir été le conseiller de François MITTERRAND. Comme un autre Jacques, Séguéla, celui-là, s’honore, lui,  d’avoir été, et d’être encore pour le second cité, l’ami de François, puis de Nicolas. Sans oublier Carla !

                                         Cordialement, Jean-Claude Thialet

    (1) à remarquer que Madame LE Ministre de l’Economie et des Finances, la toujours élégante Christine LARGARDE,  se réjouit régulièrement que notre pays ait été moins atteint  par cette "Crise" que ses voisins. Notamment l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie ..

    (2) lesquelles ne sont d’ailleurs que des mesurettes qui riment parfaitement avec les réformettes que l’on nous présentent comme des réformes.

    (3) cité par "MINUTE", 18/02/09)

    (4) ce qui profiterait majoritairement aux produits fabriqués à bas coûts par des pays qui, comme la CHINE, sous-paient leur main d’oeuvre, tout en ne leur accordant pratiquement aucun avantage social…

    (5) on le sait, le taux de suicide chez les jeunes en France est l’un des plus élevés du monde !

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