Sarkozy va-t-il diminuer les salaires des fonctionnaires ?

Posté le mai 25, 2010, 12:00
8 mins

Jeudi 20 mai était organisée par Nicolas Sarkozy une solennelle conférence sur la réduction des déficits publics. Le candidat Sarkozy s’était naguère engagé à un retour à l’équilibre budgétaire en 2012. Nous en sommes plus éloignés que jamais.

Le déficit public prévu par le budget 2010 s’élevait à 117,4 milliards d’euros (un peu moins que le déficit réel de l’année 2009 : 141 milliards). Mais, dès la loi de finances rectificative de février (moins de deux mois après la promulgation de la loi de finances pour 2010 !), nous sommes passés à un déficit prévu de 149,2 milliards

À ce niveau, les chiffres ne veulent plus rien dire. Quand, sur un budget de l’ordre de grandeur de 350 milliards d’euros, vous annoncez d’emblée que vous comptez ne réunir que 200 milliards de recettes, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas faire des budgets de 500 milliards (dont 300 milliards de déficit) ? On vit dans le rêve… ou plutôt dans le cauchemar !

Au-delà de l’abstraction – je devrais dire de l’irréalité – de ces chiffres, ce qui étonne surtout, c’est la rhétorique gouvernementale, reprise en boucle par les médias.
Il a été annoncé que l’État devrait trouver 100 milliards d’euros pour réduire les déficits d’ici la fin 2013 (ce qui, au passage, se situe après la fin de la mandature et empêche donc une véritable évaluation).
Je dis bien « réduire » et non résorber. Car l’objectif n’est pas de revenir à zéro, mais aux critères de Maas­tricht (selon lesquels le déficit public ne peut dépasser 3 % du PIB).

Mon premier mouvement en lisant cette annonce a été de penser que les journalistes ne savaient pas la différence entre la dette et le déficit. Qu’il faille trouver de l’argent pour réduire la dette publique, c’est évident. Qu’il faille en trouver pour réduire le déficit public est incompréhensible, puisque le déficit est ce décalage prévu dans le budget entre les dépenses et les recettes. Connais­sant à quelques milliards près les recettes, il suffit de fixer que les dépenses ne doivent pas être supérieures pour obtenir un déficit nul.

Seulement voilà, la phrase ne vient pas des journalistes, mais du gouvernement. Si je compte bien, en admettant que l’on ne puisse plus agir sur le budget 2010 (on a pourtant bien pu agir pour augmenter de près de 40 milliards d’euros le déficit public en deux mois !), il nous reste le budget 2011, le budget 2012 et le budget 2013.
S’il faut effectivement 100 milliards pour « réduire » le déficit public, cela signifie donc, grosso modo, qu’il faudra trouver 30 milliards dans chacun de ces trois budgets.
Or, il paraît que c’est un exercice difficile et périlleux. Jean Arthuis, président de la commission des finances du sénat, doute même qu’il puisse être mené à bien.

Admettons. Mais tirons-en les conséquences. Ce que personne ne fait dans le microcosme politico-médiatique. Si on ne peut pas trouver 30 milliards d’euros dans un budget annuel pour réduire le déficit, cela signifie concrètement que l’on ne peut pas toucher – ou simplement à la marge – au poste des dépenses. Ce qui veut dire que les dépenses incompressibles (essentiellement les dépenses de personnel et les intérêts de la dette publique) sont de l’ordre de 350 milliards d’euros.

Par conséquent, si Sarkozy, Lagarde, Arthuis et consorts ne mentent pas (et ne confondent pas dette et déficit), cela signifie que les dépenses ont considérablement augmenté ces dernières années et que, malgré les microscopiques baisses de personnel de la fonction publique, on dépense actuellement plus en personnel et en intérêts de la dette qu’en 2007. Voilà une vraie information.

Nous pouvons en déduire également que l’État n’investit plus ou presque. Et que, par conséquent, la quasi totalité des dépenses publiques (au moins celles de l’État) sont désormais improductives.

En temps de crise, il n’y a pas 36 solutions. D’abord, on limite les investissements (mais nous n’avons plus cette marge de manœuvre) ; ensuite on coupe dans les dépenses improductives. Comme on ne pourra pas couper dans le poste des intérêts de la dette, qui nous échappe très largement, ne reste que le poste des dépenses de personnel.
En d’autres termes, le message à retenir tient en une phrase : nous allons diminuer les pensions des fonctionnaires. Ce qui promet de jolies « agitations » sociales pour les mois qui viennent…
À moins, bien sûr, que tous ces braves gens parlent pour ne rien dire (ce qui est loin d’être exclu) ou ignorent la différence entre dette et déficit (ce qui serait extravagant) !

3 réponses à l'article : Sarkozy va-t-il diminuer les salaires des fonctionnaires ?

  1. Anonyme

    27/05/2010

    à Rosanov, merci de votre indulgence. Il faut pouvoir dire des choses sans procès et élargir le degré de liberté de pensée de tous sans procès. Tâche difficile pour les modérateurs, jusqu’où ne pas aller trop loin dans un système insidieusement totalitaire? Je ne voudrai pas être à leur place. Merci au passage à ces inconnus dévoués qui nous évitent des ennuis en nous censurant un peu. Troubadour

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  2. Rosanov

    26/05/2010

    Article politiquement correct à droite.

    Par contre c’est Troubadour qui a raison à 100%.  Pour apporter quelque intéret aux 4V, c’est un rédacteur comme lui qu’il faudrait aux 4V.

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  3. Anonyme

    26/05/2010

    *** Sarkozy va-t-il diminuer les salaires des fonctionnaires ? *** On peut commencer par montrer l’exemple au sommet. Suggestion, plafonner à 20000 euros par mois la retraite des anciens présidents de la République. Economie annuelle : 120.000 à 300.000 euros. Liberté, EGALITE, Fraternité. Source: revue Capital de mai 2009 Ressources de Jacques Chirac : pensions cumulées (cour des comptes, député, maire de Paris et président de la République). 19000 euros par mois. Conseil constitutionnel : 12000 euros par mois. un bureau, voiture avec deux chauffeurs, un directeur de cabinet, deux gardes du corps, deux assistants et trois secrétaires. à 20000 euros par mois, il devrait s’en sortir. La République émet six mois par an des bons du trésor pour financer cet investissement d’avenir , le reste est financé par l’impôt. Troubadour

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