Séparons l’État de l’ENA !

Séparons l’État de l’ENA !

Dans le numéro 1329, Jacques Myard se désole de la disparition de l’ENA.

Je me désole, quant à moi, de ce que seul le nom de l’établissement soit changé. M. Myard ne tarit pas d’éloges sur ce grand corps d’État. J’ai pour ma part une approche bien plus nuancée.

De par leur statut, toujours recasés, aussi mauvais qu’aient été les résultats de leur activité, dans le public ou le privé, les anciens élèves de cette institution sont certains de ne jamais connaître de difficulté financière jusqu’à leur dernier souffle.

S’ils « dé-pantouflent » du secteur privé, s’ils ne sont pas réélus après une phase politique, un poste les attend bien au chaud.

La solidarité entre eux est sans faille. Ils ont le droit de souscrire à des fonds de pension pour leur retraite, ce qu’ils ont interdit au privé.

Dans le domaine administratif qui aurait dû rester le leur, les énarques, aux postes de commande, ont multiplié à l’infini les lois, règlements, enrichi couche après couche notre inextricable mille-feuille territorial dans lequel ils trouvent les postes dont ils ont besoin pour caser leurs effectifs de plus en plus nombreux.

Au plan politique, s’ils sont élus, ils ne sont que détachés de leur corps d’origine, certains de retrouver le nid s’ils ne sont pas réélus.

Cette énorme facilité, cette sécurité quoi qu’il arrive, conduit à ce qu’ils soient surreprésentés par rapport à la population civile dont les représentants doivent par eux-mêmes assurer leurs lendemains. Ils sont d’une certaine manière leurs propres employeurs.

Cet énorme conflit d’intérêts n’existe pas en Angleterre où les fonctionnaires élus doivent systématiquement démissionner de la fonction publique.

Giscard d’Estaing a été le premier énarque président en 1974.

C’est à partir de ce moment que les budgets n’ont plus été à l’équilibre, que la dette est devenue progressivement le gouffre qu’elle est aujourd’hui, malgré des sommets de prélèvements.

Il n’y a d’autre vision, d’autre horizon que la prochaine échéance électorale. La vision de la France à échéance de 20 ou 30 ans n’est en aucun cas source d’un programme politique, voire d’une réflexion.

Le passage de la démocratie à la démagogie est bien entamé.

Lorsqu’un énarque est bien perçu par ses condisciples au pouvoir, on lui donne la présidence d’une société nationale, comme le roi donnait jadis le bénéfice d’une abbaye à un fidèle serviteur.

Parmi les nombreux naufrages par incompétence qui ont frappé notre société, je ne citerai que les cas du Crédit Lyonnais et d’Areva, dont les ex-présidents énarques coulent des jours heureux.

Dès lors que l’État se mêle de jouer au meccano industriel par ses énarques, le désastre est assuré.

La dégringolade industrielle de la France leur est due en grande partie.

Certes, l’état actuel de notre pays n’est pas à mettre entièrement au compte des énarques, le peuple a accepté la délicieuse glissade de l’assistanat d’État, mais la collusion unique dans une démocratie entre administration, politique et monde des affaires, au travers de l’ENA, en est une cause profonde.

La monoculture de recrutement pour l’administration, la politique, et partiellement les affaires, constitue un énorme appauvrissement de la pensée et un risque systémique.

Tout ceci montre bien que les énarques constituent une « noblesse républicaine d’État », à laquelle on accède par un concours, noblesse jouissant de privilèges considérables, d’une solidarité sans faille entre condisciples.

Ils se considèrent comme omniscients en administration bien sûr, économie, industrie banque, etc., sans aucun risque personnel.

Je crois savoir qu’ils ont investi la Santé qui manque de soignants mais croule sous le nombre de gestionnaires.

La prochaine cible semble être la diplomatie où l’on pourra enfin s’échanger les ambassades les mieux dotées et les plus prestigieuses.

La solution à cette situation serait évidemment que le droit commun s’applique à tous les citoyens de la même manière et que l’accession à un poste soit subordonnée à des compétences réelles.

Dans la nuit du 4 août 1789, la noblesse a renoncé à ses privilèges.

Je n’imagine pas une seconde que nos vaillants hauts fonctionnaires soient disposés à suivre cet exemple.

Nicolas des Ligneris

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(1) Commentaire

  • quinctius cincinnatus Répondre

    excellent article de … fond
    ce n’ est cependant une révélation pour personne que de savoir que la France est dévorée toute crue par SA Haute Administration qui DETIENT LE POUVOIR
    le Mal français c’est son centralisme administratif exponentiel, hyperbolique sans responsabilités aucunes
    quitte à être démocratique faisons donc comme au Royaume Uni ( idem pour le vote )
    le problème reste cependant qu’ aucun responsable politique ne peut maintenant espérer gouverner sans l’ aide de  » ses  » propres énarques ( son  » cabinet  » ses  » conseillers  » ) tant l’ usine à gaz qu’ on nomme Etat est une mécanique compliquée … à loisir par les lois, directives et autres recommandations qu’ enfantent les cerveaux des conseillers … énarques !
    oui il faut une Administration mais celle ci NE DOIT PAS NOUS DICTER SES LOIS

    1 février 2022 à 19 h 07 min

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