Société générale : ne pas stigmatiser les banques

Posté le février 06, 2008, 12:00
7 mins

Depuis que Jérôme Kerviel, jeune trader de 31 ans, a fait perdre à son employeur, la Société générale, 4,9 milliards d’euros, nous sommes totalement noyés sous une multitude d’informations contradictoires. Elles proviennent de la direction de la banque, de ses salariés, du gouvernement français, de la justice française, des partis politiques, des commentateurs économiques de droite et surtout de gauche, des observateurs étrangers…

Il n’est pas facile d’y voir clair. Les rôles d’une banque sont, en fait, mal connus. Les banques gagnent d’abord de l’argent en prêtant aux particuliers à un taux d’intérêt plus élevé que celui qu’elles offrent à ceux qui déposent leurs économies dans leurs coffres. Si elles faisaient l’inverse, elles feraient rapidement faillite. Au cours de nos vies, nous sommes tous successivement emprunteurs ou prêteurs. La banque nous assure cet important service. L’argent qu’on lui a confié nous rapporte des intérêts et peut difficilement être volé. Tandis que l’argent mis dans notre bas de laine à la maison ne rapporte rien et risque d’être volé.

Actuellement, peu de commentaires critiquent ce rôle basique de la banque. Mais les critiques sont pratiquement unanimes sur les sommes fabuleuses que manipulent aujourd’hui les banques. Personne ne semble réaliser que si ces sommes sont maintenant fabuleuses, c’est que le monde s’enrichit à toute vitesse, surtout depuis que de nombreux pays ont abandonné l’utopie marxiste qui les maintenait dans la pauvreté. Or plus la richesse des habitants du monde augmente, plus les dépôts dans les banques deviennent importants, « hénormes ».

Mais en France, devant cet accroissement fabuleux de la valeur des banques, un très fort courant de pensée considère que cet argent ne peut être que sale, forcément gagné d’une façon louche par une banque privée qui ne pense qu’au fric. Elles auraient, par exemple, volé tous ceux qui sont encore au Smic. Notre postier national Besancenot a derrière lui un nombre très important de Français qui croient encore, comme lui, aux vertus du dirigisme marxiste. Le parti socialiste, débordé sur sa gauche, entonne le même refrain et propose de nationaliser à nouveau les banques. L’argent ne serait plus sale quand il appartient à l’État. Et le gouvernement suit…

Un métier difficile

La banque peut aussi prêter de l’argent aux entreprises. Avec cet argent, l’entreprise peut gagner beaucoup d’argent et la banque en profite. L’entreprise peut aussi perdre beaucoup d’argent et la banque perd alors aussi de l’argent. Avec la mondialisation, les entreprises passent d’une taille nationale à une taille mondiale, ou sont éliminées… Le métier de banquier devient bien difficile.

La banque peut enfin « spéculer ». Elle achète des « produits » (actions, obligations, monnaie, or) qui ont plus de chance de prendre de la valeur dans les semaines qui viennent. Et elle vend des produits qui risquent de perdre de la valeur. Elle utilise pour le faire des « traders », en cadrant bien évidemment leurs actions. Il faut avoir des nerfs d’acier pour faire ce métier et engager des milliards. Même si les informations recueillies sur l’évolution probable d’un produit sont de plus en plus fiables, le trader prend toujours un risque.

Des événements mal prévisibles comme la crise des subprimes peuvent en effet inverser brusquement l’évolution de la valeur des produits.
Le mot spéculation a en France une connotation très péjorative, du fait de notre culture judéo-chrétienne, puis marxiste, où l’argent est sale. Mais quand nous achetons les fruits pour la semaine, nous choisissons d’abord le marchand qui nous a donné le plus de satisfaction. Puis les fruits, en fonction de leur aspect. Si les bananes offertes sont ou trop vertes ou trop mures, nous n’en achetons pas. Nous prenons des pommes ou des clémentines, en fonction de leur aspect. Nous achetons nos « produits » en fonction de l’avenir que nous leur attribuons. Nous spéculons…

Marxistes et keynésiens français s’unissent comme un seul homme pour traîner dans la boue la vilaine spéculation du trader et de sa banque. Pour eux, il faut absolument que le gouvernement s’oppose aux « errances » du marché. C’est dangereux pour notre développement.

17 réponses à l'article : Société générale : ne pas stigmatiser les banques

  1. jacques

    12/02/2008

    "Beaucoup de petits épargnants ont, plus ou moins, perdu leurs économies en croyant des conseillers financiers"

    Vous confondez "conseillers financiers" et "vendeur de SICAV"

    J’imagine que vous croyez tout bonnement tout ce que vous dit votre "conseiller automobile" (i.e. votre vendeur de voiture d’occasion) ou votre "conseiller alimentaire" (le vendeux du coin de Coca-Cola)). Il y a quand même une limite à la naíveté.

    Mais en réalité vous savez tout comme moi qu’aucun de ces soi-disant "investisseurs" n’a JAMAIS suivi les conseils du "sympathique et compétent Jacques" (pour vous citez lorsque lorsque vous être lucide…) et aucun n’a jamais ouvert un seul livre de micro-économie.

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  2. Jaures

    11/02/2008

    La bourse affichait 7000 points en l’an 2000. Elle est aujourd’hui à 4700. Le calcul est, en moyenne, assez simple. Beaucoup de petits épargnants ont, plus ou moins, perdu leurs économies en croyant des conseillers financiers qui se présentaient sans doute comme sympathiques et compétents "Jacques" et se sont révèlés être des bonimenteurs avides de bonus. La plupart ont fait confiance à leurs banquiers et s’en mordent aujourd’hui les doigts cet argent leur étant nécessaire pour leur retraite.

    Dans cette loterie, certains possèdent 2 ou 3 numéros. D’autres savent d’avance lesquels sortiront. 

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  3. Anonyme

    10/02/2008

    EIFF : " La Société Générale infiltrée par le Renseignement américain : " http://www.cabinetsavocats.com/dossiers/dossier.php?id=116
    Noël Hanssler : " Merci pour le lien EIFF."

    Ah oui, vraiment, car ca c’est un scoop! Quel sagacité.
    Bien sur, certains vont encore dire que l’on trouve tous ces "secrets" sur Google, et bien d’avantage, mais enfin, hein, y’a aussi tous ceux qui ne savent pas se servir de Google, et qui demeurent dans l’ignorance : ceux-la, les malheureux, ignorent qui est Robert Addison Day Jr.

    C’est curieux… Une infiltration, comme nous le dit Eiff, je croyais que c’était un peu plus discret, un peu plus sous-terrain, genre Jason Bourne, non? Anyway, nous retiendrons que, pour EIFF, une infiltration est une opération secrete que l’on peut découvrir sur Google. Why not? Voila, maintenant, il n’y a plus qu’a essayer de définir : "Crédibilité".

    Accessoirement, TCW, la boite d’investissement et de consulting de R.A. Day a l’air sérieuse et tres documentée; on pourrait meme penser que c’est une des raisons pour lesquelles la SG l’a acquise en 2001, et a soigneusement conservé son fondateur dans son board plutot que de le balancer. Remarquez, ils auraient aussi bien pu mettre Jaures dans leur conseil d’administration.

    Allez, amusez vous, la suite est la :
    http://www.nndb.com/people/816/000118462/

    Best,

    Mancney

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  4. jacques

    10/02/2008

    Pour Jaures qui écrit

    "Ainsi, celui qui a investi 7000 € en 2000 pour partir en retraite aujourd’hui ne possède plus que 4700€."

    Vous avez sûrement fait une erreur de frappe, que vous me permettrez de corriger pour le bénéfice des lecteurs: vous vouliez sans aucun doute écrire "celui qui a spéculé 7000E en 2000 au plein sommet de la bulle spéculative et qui espérait faire un gros coup d’argent rapide comme son voisin sans s’instruire et sans réfléchir ne possède plus que 4700E aujourd’hui mais s’en considérablement enrichi par l’expérience (du moins on l’espéra) et maintenant lit des livres de microéconomie suivant ainsi les bons conseils du  sympathique Jacques"

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  5. Anonyme

    10/02/2008

    @ Jaurès
    1. Vos mathématiques de gauche ignorent encore la notion de proportionnalité.
    2. "Ainsi, celui qui a investi 7000 € en 2000 pour partir en retraite aujourd’hui ne possède plus que 4700€." : Avec un tel "rendement", l’investissement a probablement eu lieu dans un tiroir du buffet ou sous une pille de drap, à la manière de grand-papa. La bourse, qui est tout autre chose, et qui comporte un autre type de risque, ne vous donne en tout cas pas raison.

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  6. Noël Hanssler

    09/02/2008

    Merci pour le lien EIFF.
    Intéressant.

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  7. Jaures

    09/02/2008

    A Jacques: Vous avez raison. A la bourse, tous les cas de figure sont possibles. Cependant, la prime va aux investisseurs permanents, c’est à dire ceux qui possèdent un gros paquet d’actions qu’ils n(ont pas besoin de réaliser à un moment fixe: les rentiers, les héritiers,..

    Le problème est pour ceux qui ont mis de l’argent de côté à moyen terme, pour leur retraite par exemple. Ainsi, celui qui a investi 7000 € en 2000 pour partir en retraite aujourd’hui ne possède plus que 4700€.

    A bon entendeur salut !

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  8. Daniel

    08/02/2008

    " Quand nos achetons nos fruits pour la semaine, nous choisissons … : Nous spéculons" .

    Non!  sans blagues?  Bernard Trémeau doit certainement acheter ses fruits en début de semaine pour les revendre 2 fois plus cher à la fin de la semaine quand ils sont pourris.  Et il imagine que tous ce bas peuple qui court au super marché fait comme lui!

     Nous spéculons en achetant nos fruits!!!,  donc,  démonstration scientifique de B. Trémeau : les banques peuvent plumer leurs petits clients smicards pour spéculer puisque le smicard spécule toutes les semaines !!!  Tous les mensonges peuvent ainsi devenir les arguments d’une démonstration sans que "l’intéressé" ait à rougir de honte; puisque la honte est d’origine judéo chrétienne ou marxiste! 

    Pourquoi se priver de la bêtise puisque ça ne nuit qu’aux autres? Mais les autres existent ils dans une tête capable de produire de telles démonstrations? Dés lors, comment concevoir que ce qui n’existe pas puisse subir une violence et en souffrir?

    Ce type de raisonnement est bien l’indicateur du niveau de conscience de cette époque. Les humains(les vrais) ont du souci à se faire.

     Un article comme celui ci ne fait pas honneur aux 4 Vérités.

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  9. jacques

    08/02/2008

    Pour Pierre qui écrit:
    "
    Mon Dieu, mais quelle ignorance…
    Et rappelez vous bien qu’à la bourse, pour tout gagnant, il y a un perdant (au moins)."

    Effectivement quelle ignorance. Ce que vous dites "qu’à la bourse, pour tout gagnant, il y a un perdant" est typique des phrases que l’on répète si souvent dans les journaux que les pauvres gens (incluant vraisemblablement 90% des diplômés dans le domaine des affaires, de la comptabilité et de l’économie) finissent par croire que cela doit être vrai.

    Car peu de gens réfléchissent et la plupart présuppose que si tout le monde croit dans quelque chose et la répète sans cesse, cela doit être nécessairement vrai.

    OR C’EST FAUX. 100% FAUX.

    A la bourse on peut avoir 2 gagnants ou 2 perdants ou, 1 perdant et 1 gagnant. Le plus souvent lorsque les individus agissent de façon intelligentes (ce n’est je le reconnais bien souvent pas le cas) il y a presque toujours, pratiquement par définition, 2 gagnants.

    De la même manière que lorsque vous achetez un produit ou un service il y a deux gagnants: celui qui vous a vendu et vous: les deux vous avez réalisée une plus-value. Sinon si l’échange ne vous procurrait pas une plus-value, vous n’auriez tout simplement pas fait l’échange, à moins de ne pas réfléchir, bien entendu. C’est pourquoi il faut toujours préciser "individus agissant de façon intelligentes

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  10. Jaures

    07/02/2008

    Qui croit encore à la vision des banques que nous décrit Trémeau ? Plus de 40% des fonds de la Société Générale, approvisionnés par nos comptes et les frais bancaires, sont utilisés à la spéculation laquelle ne correspond plus depuis longtemps à des richesses réellement produites.

    Qui paiera la note finale ? Les actionnaires ? Vous voulez rire ! Les plus gros ont déjà empoché leurs plus-valus sans état d’âme et laisseront la facture aux contribuables et aux petits épargnants.

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  11. christophe

    07/02/2008

    Dans cette malheureuse affaire,qui n’est pas la première ni la dernière,rappelons pour mémoire ce qui s’est passé au Crédit Lyonnais du temps de monsieur Haberer,chez France Télécom du temps de monsieur Bon et egalement,mais moins connue à la banque Hervet à savoir que toute ces sociétés qui sont,disons le commerciales ont été dirigées par des inspecteurs généraux des finances donc des hauts fonctionnaires,la fameuse exception françaises!! Qui est dispendieuse.

    Quant à monsieur Bouton,il est sur le point de passer en justice pour l’affaire du Sentier.

    Hélas je crains que nous n’en tirerons,une fois encore aucune leçon.

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  12. Pierre

    07/02/2008

    Mon Dieu, mais quelle ignorance.
    Si Jérôme Klerviel a "pété" les plombs comme vous le dîtes si bien, le métier de trader n’en demeure pas moins indispensable.
    De façon générale, la spéculation est profitable à toute économie. Certes nous parlons des subprimes comme d’une dérive, mais aussi mais comme un cycle de crise suivant une période de prospération de 7 ans, mué à se perpétrer ad vitam eternam.
    Le financement de l’économie Messieur, voilà la clé de la croissance. Et depuis la réforme Bérégovoy, le financement par les marchés occuppe une place prépondérante pour financer ses investissements. Et rappelez vous bien qu’à la bourse, pour tout gagnant, il y a un perdant (au moins). Ces 5 milliards n’ont pas disparu. Une part non négligeable est probablement ) l’étranger, mais une autre part est en France, dans la poche de spéculateurs.
    Quand aux clients de la société générale, ils n’en subiront pas les conséquences (directement), des profits ayant tout de même été réalisés.
    Une affaire d’état pour une dérive exceptionnelle certes, mais sans vraies conséquences.

    Bien Cordialement

    Répondre
  13. Pierre

    07/02/2008

    Mon Dieu, mais quelle ignorance.
    Si Jérôme Klerviel a "pété" les plombs comme vous le dîtes si bien, le métier de trader n’en demeure pas moins indispensable.
    De façon générale, la spéculation est profitable à toute économie. Certes nous parlons des subprimes comme d’une dérive, mais aussi mais comme un cycle de crise suivant une période de prospération de 7 ans, mué à se perpétrer ad vitam eternam.
    Le financement de l’économie Messieur, voilà la clé de la croissance. Et depuis la réforme Bérégovoy, le financement par les marchés occuppe une place prépondérante pour financer ses investissements. Et rappelez vous bien qu’à la bourse, pour tout gagnant, il y a un perdant (au moins). Ces 5 milliards n’ont pas disparu. Une part non négligeable est probablement ) l’étranger, mais une autre part est en France, dans la poche de spéculateurs.
    Quand aux clients de la société générale, ils n’en subiront pas les conséquences (directement), des profits ayant tout de même été réalisés.
    Une affaire d’état pour une dérive exceptionnelle certes, mais sans vraies conséquences.

    Bien Cordialement

    Répondre
  14. denisnuffer

    06/02/2008

    Entierement d’accord

    Les gens crêvent de fin, et les banques font un max de profit avec du vent

    Des petits cons surnomés "traders" se croeint les rois du monde et pêtent les plombs, personne ne les surveille et ça donne 5 000 000 000 euros de pertes, voire plus

    De quoi payer quelques smicards, rmistes, renfloués les caisses de retraites et sécu etc…

    Honteux

    Honteux aussi, la perversion avec laquelle on expose tout ça au public

    Honteux enfin de faire passer Kerviel pour un "héro" alors que c’est une petite feignasse opportuniste qui cherchait à gagner du fric à pas faire grand chose, sauf à s’amuser avec le fric des autres sur ses PC

    Répondre
  15. Anonyme

    06/02/2008

    Le rôle de l’encadrement est d’encadrer, celui de l’exécutant d’exécuter, et celui d’une direction de prévoir, d’organiser en conséquence et d’assumer ses responsabilités.

    En l’occurrence, un salarié chargé de prendre position sur les marchés financiers, dans l’intérêt de son entreprise, et de le faire en temps réel, avec une réactivité proche de l’instantanéité, ce qui rend le contrôle de ses engagements pratiquement impossible, s’est pris au jeu de la spéculation, encouragé par son système de rémunération. Bien que le montant de son erreur constitue un record, il n’est ni le premier ni ne sera le dernier et l’un de ses semblables ne manquera probablement pas de faire mieux que lui un jour.

    Mais que le patron dudit trader soit absous, au point de voir refuser sa démission, pour des raisons politiques ­– pour donner tort à celui qui l’a acceptée la considérant comme normale – est l’assurance que rien de sérieux ne sera fait pour qu’il en soit autrement.

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  16. jacques

    06/02/2008

    "La banque peut enfin « spéculer ». Elle achète des « produits » (actions, obligations, monnaie, or) qui ont plus de chance de prendre de la valeur dans les semaines qui viennent. Et elle vend des produits qui risquent de perdre de la valeur. Elle utilise pour le faire des « traders », en cadrant bien évidemment leurs actions. Il faut avoir des nerfs d’acier pour faire ce métier et engager des milliards."

    Non, ne n’est pas des "nerfs d’acier" qu’il faut pour cela, c’est une cervelle vide

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