Souvenirs d’un repenti de la fonction publique

Posté le janvier 24, 2010, 12:00
5 mins

En ce jour de grève de la fonction publique, j’ai décidé de parler de mon expérience. Au début des années soixante, j’ai été cinq ans fonctionnaire. Je suis rentré au CEA ( Commissariat à l’Energie Atomique) comme Ouvrier Professionnel deuxième échelon. Je ne savais pas planter un clou, mais mon papa connaissait le député de la circonscription.

J’ai été affecté à l’atelier d’usinage graphite et, là, on m’a confié le réglage d’une foreuse qui perçait les barres graphite. Mon travail consistait à changer douze lames grosses comme l’ongle de mon pouce, deux fois par jour. Après une semaine de rodage, j’effectuais ce travail en deux fois dix minutes. Là s’arrêtait mon travail de la journée. Pour me seconder, j’avais un manœuvre, qui, lui, travaillait à la manutention des barres de graphite et à la marche de la machine. Son travail était de trente secondes toutes les trois minutes. La chaîne d’usinage comportait trois postes de régleurs pas plus occupés que moi et trois manœuvres tout aussi actifs que le mien. Il est évident que nous étions trois fois trop nombreux pour faire ce travail.

Nous étions fort bien payés et, de ce fait, chaque fois qu’une grève était annoncée – jamais plus d’une journée –, si c’était un vendredi par beau temps elle était très suivie, tandis qu’en milieu de semaine par mauvais temps c’était un échec syndical. Comme les autres, je suivais le mouvement sans jamais me poser la question, « pourquoi cette grève? », trop heureux de prendre un jour de vacance.

Comme je ne supportais pas l’inaction, j’ai accaparé tous les petits travaux qui se présentaient et, de ce fait, j’ai gravis les échelons. A la première occasion j’ai démissionné : j’étais déjà chef d’équipe deuxième échelon.

Je suis sûr aujourd’hui que si, à cette époque, l’on avait parlé de réduire nos effectifs sur la chaîne d’usinage, il y aurait eu grève de mes cinq compagnons, qui, eux, ne se rendaient pas compte de la situation, la croyant normale. Depuis mon départ du CEA Marcoule, j’ai rarement fait moins de soixante heures de travail comme cadre dans de nombreuses entreprises, changé quatre fois de métier, et finalement été artisan vingt cinq ans avec quelques compagnons. Le montant de ma retraite, gonflée par cinq ans de CEA, fait douter mon épouse du bien fondé de ma démission de la fonction publique.

Mon histoire est banale : en 2009, un fonctionnaire de la DDE à qui je demandais quand mon permis de construire allait être traité me répondit : « Dans trois jours, j’ai quatre permis à voir avant le vôtre… » C’est sûr, ce brave homme ne travaille pas plus que moi il y a cinquante ans. Tant que la mentalité ne changera pas, l’on continuera à vivre au dessus de nos moyens, ou aux crochets de nos enfants.

8 réponses à l'article : Souvenirs d’un repenti de la fonction publique

  1. Jean Claude LAMBERT

    27/01/2010

    Bonjour à tous
         Je suis désolé, ce n’est pas un pseudo, je n’est pas l’habitude de me cacher derrière mon petit doigt, les faits que je rapporte sont exacts.
         Comme chaque fois que l’on remet en cause l’organisation administrative et la charge de travail du fonctionnaire de base, il se trouve toujours quelqu’un pour sortir son cas particulier qui conteste la réalité des faits.
         Combien d’exemple de nouvel embauché dans le secteur public d’état ou de collectivités locales à qui l’on a dit de travailler moins vite ou de se faire porter malade. Certes certains postes sont difficiles, ce n’est pas la majorité loin s’en faut.
         De plus certain services forcent le talant pour pourrir la vie des entrepreneurs. Je peux citer un permis de construire pour des bureaux accordé le dernier jour du quatrième mois qui était le délai légal à ne pas dépasser. Je précise que le permis en question ne devait pas dépasser un quart d’heure d’étude, si ce n’est pas l’envie d’emmerder, c’est quoi????  

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  2. maujo

    26/01/2010

    Personnellement j’ai eu a trabvailler avec l’administartion des douanes et j’ai  un souvenir inoubliable, mon premier contact avec cette administartion, je travallais au service douane d’un enetreprise de transport international, c’était dans les années 1965, un lundi matin je déposais les documents adminstartifs au bureau de douane pour visa , le guichet etait fermé, à 9 heures arrive le premier dounaier de service qui n’a meme pas un regard dans ma direction, il ouvre son journal, fait son tiercé, et ainsi jusqu’en fin de matinée, mon chef m’appelle ne me voyant pas revenir, je lui explique que tous les documents ont été deposé au guichet à 8h30 et que le douanier de service m’ignore totalement, mon chef me répond, j’arrive et 20 mn plus tard il entre dans le bureau de douane soulève la premiere declaration de douane et y depose un billet de 10 Francs, aussitot, grand sourire du douanier de service, le guichet s’ouvrent et les documents sont tous tamponnés en 10 minutes, et mon chef de me dire, voila c’est comme cela qu’il faudra faire la prochaine fois et effectivement j’ai appliqué cette règle durant toute ma carriere et chaque fois que j’ai oublié ça n’avançait plus…

    Il faut dire que cette partique etait courante chez tous les transitaires, il fallait soit payer ou donner quelque chose en échange et cela a duré jusqu’a l’ouverture des frontiere de l’Europe, finalement les républiques bananieres n’ont fait que nous copier pour le backchiche

      

     

    qui devaient etre

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  3. Daniel

    25/01/2010

    Truc:   Vous pouvez défendre les fonctionnaires dont vous faites partie.  Cela rétablit une partie de la vérité.   Pour ma part, je fais partie de ceux qui peuvent aller loin dans la critique argumentée mais je reconnais aussi  toujours que depuis quelques années,  les nouvelles générations ont apporté un changement profond dans le rapport général de la  fonction publique envers le citoyen.  On ne peut pas ne pas le voir et donc le reconnaitre. Ce changement n’est pas le changement de la machine de guerre, mais le changement d’une génération qui a apporté simplicité et humanité dans l’usage quotidien de la machine.   C’est une génération qui a entendu parler du chômage toute son enfance  et qui s’intéresse à son travail et aux personnes qui n’ont pas la chance d’être protégés comme eux le sont, ce qu’ils ont l’honnêteté de reconnaitre et de faire passer dans leurs rapports au public. 

    Par contre, au sein de la fonction publique,  le principe stupide et dangereux  qui a produit la destruction de la France  est  maintenu puisque c’est l’outil même du pouvoir et le fondement de toutes les violences légalisées sur ses concitoyens.  C’est  le statut dont on a fait un statut pour demeurés sans espoir de guérison,    puisqu’il consiste en France à définir l’irresponsabilité individuelle à vie d’un poste et les récompenses qui y sont afférentes!….    Statut qui oblige le petit fonctionnaire à obéir non à sa conscience, mais à tout ordre aussi dangereux soit-il.  Il y a ceux qui en font des dépressions nerveuses,  mais qui finalement obéissent à reculons;   et ceux, cyniques,  qui tirent un pouvoir jouissif personnel de tous les conflits et destructions ( qu’ils ont pris plaisir à multiplier selon le ricanement de principe soixantehuitard ) et dont ils savent que jamais ils ne risquent d’en être tenus pour responsables personnellement.
    Ce que vous exprimez par:  " En revanche il est un mal qui gangrène la fonction publique et l’activité publique ce sont le nombre de textes qui s’empilent et prétendent codifier l’action administrative. si bien que l’on ne peut  rien entreprendre de vraiment suivi et convaincant"… 

    Désolé, c’est votre choix… mieux, c’est le seul choix que vous aurez fait dans votre vie professionnelle, et  qui consiste à ne jamais être confronté à un choix responsable,  provenant de sa seule analyse !!!  Et vous ne connaitrez jamais la qualité des pensées qui accompagnent:   choisir et être mesuré par le résultat ;  ou se tromper et élever ainsi  sa compréhension grace à cette règle naturelle que tout véritable esprit scientifique choisit: je veux payer toutes mes erreurs!. Simple application du principe fondateur de la science  à sa vie quotidienne … ou honnêteté désirée… ou vérité recherchée!.  A votre avis, la dignité humaine, c’est posé sur quoi?
    Et comme  votre statut,  qui vous protège des risques de la vie,   est aussi la meilleure protection pour l’irresponsabilité des élus et de la haute fonction publique aux postes de décision,  vous formez un écran étanche de masse qui empêche ces irresponsables de comprendre qu’ils ne sont pas les êtres supérieurs qu’ils imaginent . Ils ne sont pas plus mauvais que vous et moi. Ils ont juste un statut qui les protège …. de comprendre.
    Le cancer est venu par l’Education Nationale et l’Education Nationale est la mieux placée pour retourner cette situation.   Tout problème visible est d’abord un problème de conscience, donc d’honnêteté. Secouez donc le joug,   et de l’extérieur nous pourront alors vous aider. C’est quand vous voulez…
     

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  4. jaures

    25/01/2010

    Chers siniq et R.Ed j’apprécie tellement votre humour (si ! si !) et cet article, si burlesque au second degré, que je m’abstiendrai de tout commentaire.

    Profitez-en ! C’est juste pour cette fois !

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  5. truc

    25/01/2010

    Bonjour,c’est quand même un témoignage qui véhicule une idée un peu vieillotte qu’il faudrait actualiser; Je suis effectivement fonctionnaire cadre et ni moi ni mes collaborateurs avons l’impression comme votre témoin de nous laisser vivre ou de brasser su vent. Il suffit de venir voir dans nos facultés et passer une journée avec nous pour se rendre compte; Je remarque que la situation n’est pas comparable  dans certains  secteurs des sociétés concurrentielles  puisque ma fille  travaille  dans le secteur privé  et voit autant d’incohérences et de situations de laisser -aller que celle décrites par votre témoin;   2 poids ,2 mesures dans les 2 secteurs privés et publics avec la différence que ce genre de "privilèges" et laissers allers qui sont décrits se voient de moins en moins dans le secteur public soumis à toutes les critiques  et à la pénurie de personnels pour effectuer le travail. De plus, on a un peu tendance à appliquer des méthodes modernes de gestion (genre démarche objectifs résultats) sans les adapter aux contraintes du secteur public ce qui devient parfois ridicule et inéfficient.  Seule la culture reste et c’est heureusement l’essentiel. Les personnels s’habituent à être évalués et nous cadre sommes tenus de nous mettre la pression sachant qu’il faudra en discuter après et tâcher de démontrer qu’on ne se contente pas de suivre les évènements. Enfin,  Des personnels dont le statut est de plus en plus précaires et des abus qui ne passeraient même pas dans le secteur privé. chez moi, il y a parfois de grèves chez les étudiants surtout  qui suivent le mauvais exemple des transporteurs quelques enseignants  pratiquement aucun personnel administratif . Parlons aussi congés, je n’ai pas le temps de les prendre hors fermeture et mes collègues  naviguent comme ils le peuvent entre permanences à assurer, réceptions des étudiants(chaque ap midi) réunions et information à assurer…. En revanche il est un mal qui gangrène la fonction publique et l’activité publique ce sont le nombre de textes qui s’empilent et prétendent codifier l’action administrative. si bien que l’on ne peut  rien entreprendre de vraiment suivi et convaincant ! mais on est en France "je suis français ce dont ce me pèse" disait déjà Montaigne bien cordialement s TRUC

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  6. R. Ed.

    25/01/2010

    Tiens, pour une fois y a Joresse qui nous pond un article criant de réalité.

    Il a bien sûr pris un autre " pseudo ", mais n’empêche qu’on l’a tout de suite reconnu.

    Sacré Joresse, va !!! (1°)

     

     

    (1°) Au fait, tu l’as eu ton permis ?

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  7. Daniel

    25/01/2010

    Un grand merci pour votre témoignage qui représente la réalité. Il n’empêche que rares sont ceux, parmi ces privilégiés( donc hors la loi), qui ont conscience  des souffrances qu’engendrent ce type de comportement,  dont la destruction de la vie de leurs enfants…  

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  8. siniq

    24/01/2010

    Jaures

    Merci pour ce témoignage criant de vérité.

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