Économie italienne : le désastre Monti

Posté le décembre 27, 2012, 12:59
5 mins

De plus en plus nombreux sont ceux qui s’interrogent devant la durée inattendue de la crise de l’euro, et son aggravation continuelle.

Les dirigeants de l’UE font mine d’en ignorer les conséquences sur le délitement industriel et le chômage. Ils ne parlent que de liquidités et de contrôles bancaires. Leur seule allusion à la croissance, donc à l’emploi, n’apparaît qu’au travers d’annonces de crédits.

Toujours cette préférence pour les promesses plutôt que pour les actes, et cette fixation sur l’argent plutôt que sur l’effort et l’imagination. Peu d’imagination, pas de goût pour l’effort, mais une propension à dépenser l’argent des autres.

Bien qu’en général, la grande presse se cale sur les positions officielles de Bruxelles, qui excluent, horresco referens, tout abandon du système, on y trouve cependant de plus en plus souvent des chroniques « extérieures » iconoclastes.

De même, la littérature spécialisée s’enrichit chaque mois d’ouvrages qui sèment le doute, lorsqu’ils ne fustigent pas ouvertement l’immobilisme coupable des « responsables ».

Le caractère de moins en moins démocratique de la « gouvernance » (comme on dit aujourd’hui) de l’UE n’est guère dénoncé que par des commentateurs anglo-saxons, à l’exception notable du président tchèque Vaclav Klaus.

Partie prenante aux négociations, ce dernier connaît l’affaire et porte un témoignage précis et surprenant, souvent scandalisé, et toujours inquiet des mé­thodes de ladite gouvernance, qualifiée de dictatoriale.

En la matière, son expérience du communisme lui donne quelque crédit. Et ce n’est pas l’onction « officielle » de Merkel et Bar­roso à M. Monti le 15 décembre qui le fera changer d’avis. Qui sont-ils pour désigner un chef de gouvernement ?

Voici maintenant que Ambrose Evans-Pritchard, le fameux journaliste politique du Daily Telegraph, publie un article (le 10 décembre) tout aussi surprenant.

J’ai entendu lors des manifestations à Rome, le 13 décembre : « Berlusconi, c’est un désastre. Monti, c’est un grand désastre ! » Cet article le confirme.

Donc, notre journaliste anglais présente les raisons de la gestion Monti et ses résultats calamiteux.

Il écrit notamment : que la production industrielle a chuté de 6,2 % en un an ; que la Co­findustria (le Medef italien) dit que la nation est réduite « aux décombres sociaux » ; que, faute de confiance et de moyens, la consommation a baissé de 4,8 % sur l’année ; que le FMI s’alarme de l’accélération de l’endettement ; que, par le « lent effet de cliquet » monétaire, l’Italie a perdu 30 à 40 % de compétitivité du travail contre l’Allemagne en moins de 20 ans ; que « son excédent commercial historique avec l’Alle­magne est devenu un gros déficit structurel » ; enfin, que « M. Monti est un grand-prêtre de l’euro et que, plus vite il partira, plus vite l’Italie cessera de glisser vers la dépression chronique ».

On comprend l’affolement de Barroso et Merkel. Que ces vérités-là se répandent, et tout peut arriver.

Cela a bien plus de poids qu’une réception musclée à Bruxelles.

Evans-Pritchard décrit la perte de compétitivité, lente mais sûre, par une monnaie inadaptée mais fétiche, d’un pays dynamique et en bonne santé, dont 35 % des jeunes sont maintenant chômeurs, la production industrielle traditionnellement performante en chute libre, et l’endettement en hausse dangereuse.

La France, dont l’endettement par habitant est plus élevé et la capacité industrielle et le volume d’épargne privée plus faibles, est donc très vraisemblablement dans une situation pire, et sur la même pente.

Ce n’est pas l’absence de stratégie et l’indécision du gouvernement, sans parler de l’idéologie européiste dominante qui inhibe l’opinion, qui nous sauveront la mise.

Une réponse à l'article : Économie italienne : le désastre Monti

  1. quinctius cincinnatus

    27/12/2012

    il est intéressant de lire dans les  » 4 V²  » qu’un rejeton de la haute bourgeoisie banquière milanaise « éduqué » [ formaté ] dans le plus prestigieux des établissements supérieurs en économie du pays est inapte à diriger l’ Italie … surtout s’il a à son actif ( sic ) un passage chez Goldman-Sachs et à la Commission de Bruxelles !
    l’information venant d’un Anglais , nous montre que le pragmatisme est et sera toujours la bonne (en tous cas la moins mauvaise ) solution au contraire des positions rigides idéologiques et dogmatiques
    N.B : le R.U. vient de dépasser la France en 2012 pour ce qui est de la production industrielle et du P.I.B.
    N.B. : notons aussi que Mario Monti ne veut pas e présenter devant les électeurs mais qu’il  » fera le don de sa personne au Pays … si on le lui demande  »
    un courage démocratique à toute épreuve !

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