Euro : vers la fin de la monnaie unique

Posté le mars 18, 2015, 11:01
6 mins

Le 6 mars, l’Institut Pomone et le groupe Manifesto ont pris l’initiative de réunir un colloque d’experts économiques européens, pour débattre de l’avenir de l’euro.

Les intervenants étaient français, allemands, britanniques, italiens, polonais…

De ce débat est ressorti, sans surprise, que l’échec patent de l’euro était « irrémédiable », qu’il annonçait une « crise financière mondiale et probablement violente », mais « qu’il existait une solution… à condition que les gouvernements ne s’obstinent pas dans le déni de réalité ».

Mais, si l’on en croit un observateur attentif des mœurs bruxelloises, ce n’est pas un cas particulier.

Il y a quelques années, Jean-Claude Juncker expliquait ainsi devant la presse allemande le fonctionnement de la technocratie européenne :

« Nous prenons les décisions, nous les mettons en pratique, et nous attendons quelque temps pour voir ce qui se passe. S’il n’y a pas de hurlements et pas de révoltes (la majorité ne comprenant pas ce qui a été décidé), nous continuons au fur et à mesure, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de retour possible. »

Voilà qui est clair : on agit subrepticement et, quand le bon peuple comprend, il est trop tard !

Il faut dire que cette obstination est abondamment relayée par les journalistes de la grande presse et des médias, et de nombreux commentateurs.

Des conclusions de ce colloque (disponibles sur internet), il paraît intéressant de retenir les principales.

1. Devant la divergence permanente des économies provoquée par cette monnaie, maintes fois dénoncée ici, les réactions technocratiques ont été inopérantes, puisqu’elles ne remettaient pas en cause le principe, s’attaquant aux conséquences en négligeant leurs causes.

Sous la pression de la « troïka », certains pays ont été contraints de réduire leur pouvoir d’achat par pression fiscale et salariale, à l’encontre de l’objectif initial de prospérité. L’appauvrissement, le chômage et les tensions sociales, n’ont donc fait que s’aggraver. La récente initiative de la BCE de racheter des dettes nationales ne peut être efficace, puisque déconnectée de l’économie réelle, mais elle risque de contribuer à l’ouverture d’une grave crise monétaire.

2. La dérive de la finance internationale qui, depuis environ 40 ans, renâcle à financer l’économie réelle au profit d’opérations spéculatives plus rentables, a aggravé les difficultés des « vrais entrepreneurs », car les capitaux disponibles se sont détournés des investissements traditionnels pour bénéficier de meilleurs rendements.

Conjointement, la Fed et la BCE ont davantage financé ces activités nouvelles que l’économie réelle, et alimenté l’explosion de la dette publique et privée, sans augmentation de la production des biens. Dans la foulée, la bulle des produits dérivés s’est développée sans contrôle, ac­croissant ainsi les risques de crise systémique.

3. Il n’y a que trois possibilités : sortir de la zone euro, pays par pays ; démanteler le système par un accord des gouvernements ; ou le laisser s’effondrer sous la pression d’une crise incontrôlée, la pire des solutions, mais malheureusement la plus vraisemblable devant l’obstination bornée des gouvernants.

Dans tous les cas, l’euro devra être abandonné au profit de nouvelles monnaies nationales gérées par les banques centrales, avec une conversion de 1 pour 1.

Le règlement de la dette dépendra, soit d’un accord entre les membres de la zone, soit de l’application des règles du droit international s’il n’y a pas d’accord.

Enfin, il importe d’empêcher que des intervenants puissent être avantagés ou défavorisés par les nouvelles parités de change entre pays membres de la zone.

En d’autres termes, il faut interdire, par application de la ga­rantie publique du respect des contrats, des transferts spéculatifs d’euros permettant de bénéficier de taux plus avantageux. Mais cette garantie, pour être mise en place, nécessite aussi un accord entre les pays mem­bres…

Ces derniers mois, nous voilà donc passés d’un soi-disant débat, d’où la fin de l’euro était présentée comme irréaliste et catastrophique, à une recherche sereine de la meilleure porte de sortie : le déni de réalité n’est jamais éternel.

Mais vous verrez que ce sera la faute à Poutine, ou aux gaz à effet de serre !

Jean-Pierre Delmau

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