Europe : il est urgent de choisir

Posté le juin 24, 2008, 12:00
9 mins

La présidence française de l’Union européenne s’annonce difficile ! J’ai déjà évoqué ici les faibles marges de manœuvres que nous avions, du fait de la situation catastrophique de nos finances publiques.

Concrètement, derrière les rideaux de fumée de la presse, trois sujets (au moins) vont devoir être traités, pour lesquels nos partenaires attendent la France au tournant : la réforme de la politique agricole commune (PAC) ; le sort des négociations avec la Turquie ; la résolution de la crise ouverte (qu’on le veuille ou non !) par le non irlandais au traité de Lisbonne.

Pour la PAC, dont la réforme avait été plus ou moins ajournée en 2003 et reportée à 2013, il avait été prévu un bilan à mi-parcours, c’est-à-dire en 2008. Nous y sommes. Or, voici bientôt un an, Nicolas Sarkozy avait annoncé (imprudemment ?) qu’il était tout disposé à débattre d’une réforme majeure de la PAC. Ajoutons à cela que la PAC constitue le plus gros budget de l’Union européenne (43 % du budget total et 55 milliards d’euros en 2008) et que la France est le premier bénéficiaire avec 21 % (loin devant l’Espagne, avec un taux de 14,1 %), et l’on comprendra que les 26 autres pays attendent avec une impatience fébrile les propositions françaises en matière de réforme de la PAC.

La réponse la plus simple aux critiques de nos partenaires consisterait à rappeler que la France est l’un des plus gros contributeurs au budget de l’UE : avec 17,4 % du budget européen, nous sommes le deuxième derrière l’Allemagne (21,2 %). Toutefois, cela ne résout malheureusement pas tout. D’abord, parce qu’entre la réalité et la perception que nous en avons, il peut exister un abîme et qu’en l’occurrence, les 26 autres pays ne voient qu’une chose : que la PAC « tourne » surtout pour la France. Et ensuite, parce que les principales critiques proviennent précisément du premier contributeur, l’Allemagne !

Nos partenaires attendent également nos propositions sur le dossier turc. Chacun sait que ce dossier constitue une véritable ligne de partage des eaux dans l’UE. Mais cette ligne n’est pas nette. D’une part, il s’agit de savoir si nous souhaitons une zone de libre-échange économique (auquel cas, non seulement la Turquie serait la bienvenue, mais elle est déjà largement partie intégrante de ladite zone de libre-échange européen) ou une force politique.
Et, d’autre part, il s’agit de savoir si les Européens sont unis par des valeurs communes. Or, la majorité des dirigeants européens tremblant de peur à l’idée d’exercer la moindre discrimination à l’égard de quiconque, souhaite ardemment donner l’idée que l’UE n’est pas « un club chrétien » – sans proposer de définition alternative.
Bref, nous abordons les négociations avec la Turquie dans les pires conditions : incapables de nous définir, nous sommes évidemment incapables d’exiger quoi que ce soit de la Turquie et nous en sommes réduits à multiplier des exigences diverses de façon à la fois incohérente et incantatoire…

Sur cette question, Nicolas Sarkozy semble très clair : il affirme depuis longtemps que la Turquie n’a pas sa place en Europe et qu’il convient de l’associer économiquement, en tant que partenaire privilégié, à l’UE. Le problème, c’est que, dans le même temps, il envoie un message contradictoire avec sa réforme constitutionnelle qui propose d’abolir le référendum obligatoire pour la ratification des nouvelles adhésions. Ce que tout le monde – à tort ou à raison – comprend comme un abaissement des barrières techniques à l’entrée de la Turquie. Autre élément ajoutant à la confusion : l’Union pour la Méditerranée, projet phare du président. Cette Union a-t-elle vocation, entre autres, à servir de « lot de consolation » pour la Turquie ? Manifestement, les Turcs le redoutent…

Enfin, il reste la question du non irlandais. Une fois les rodomontades passées, il faut bien prendre en compte le fait qu’un des 27 pays a refusé de ratifier le traité de Lisbonne. Que faisons-nous alors ? Il est évident qu’il faut des règles plus adaptées à l’UE à 27, qui n’a pas grand-chose à voir avec l’Europe du Traité de Rome. Mais peut-on passer en force ? Faut-il une Europe à plusieurs vitesses ?

Autant de questions qu’on ne pourra pas indéfiniment laisser sans réponse. Je sais bien que, depuis Jean Monnet, la stratégie de la construction européenne consiste à pratiquer la politique du fait accompli, à jouer les élites contre les peuples, et à contraindre le politique à suivre l’économique. Mais cette stratégie arrive manifestement à son terme. Il est urgent de décider – et pas en catimini, dans des cénacles « autorisés » – ce que nous voulons pour l’Europe. Si la présidence française sert à ça, Nicolas Sarkozy n’aura pas perdu son temps…

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4 réponses à l'article : Europe : il est urgent de choisir

  1. sas

    28/06/2008

    Et vive le modele economique eyropéen ou à la francaise…..

    Eurotunel de retour au benéfices……vraiment domage pour les investisseurs historiques…..dilués à tour de bras……à l’origine du push qui a permis de reprendre la main sur certains méchants…..mais pas à retrouver leurs billes……4 actions ancienne pour une nouvelle qyui a encore perdue de la valeur…..

    une afaire de cocu et de bonneteau en somme…….

    ……..sociétaires dilués……..citoyens substitué………la crasse-merde promotionnée….

    ainsi va la france….

    sas

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  2. sas

    25/06/2008

    L’agité de neuilly pourra ainsi lancer les poursuites contre la france……qui après moultes avertissement est toujours incapable de respecter la règle commune des 3% de déficits…

    de dérogation en arrangement……de spécificités en particularisme…….la ripoublique et son mode particulier de fonctionnement s’étant ainsi aux institutions européenes, contaminant par la même tous les pays vertueux…….sachant que l italie, l’espagne , le portugal eux sont des spécialistes es science de la double comptabilité……

    c’est ca le nivèlement de l europe par le bas…..comme la france

    sas qui prévoit que l’eclatement est proche.

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  3. MOHAMED Abdel

    25/06/2008

    Il serait bon et il serait temps que l’Europe se déclare clairement  -"club Chrétien" aux racines évidemment Chrétiennes – rien d’incongru à cela…

    Peu importe les origines (et les convictions religieuses) du prochain Président Européen en exercice.

    Abdel MOHAMED  –  Casablanca

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