Irlande : Trois fois non !

Posté le juin 25, 2008, 12:00
7 mins

Après les Hollandais et les Français, les Irlandais viennent de dire « non » à un traité européen auquel ils ne comprennent rien et dont ils craignent le pire : la construction d’une Europe technocratique qui échapperait au contrôle des peuples qui la composent.

Le traité de Lisbonne n’est en effet rien d’autre que le projet de Constitution rejeté en 2005 par la France et les Pays-Bas et vaguement remanié, mais ni clarifié ni simplifié, contrairement à ce que l’on a prétendu. Ces projets ne sont que des capharnaüms bureaucratiques incompréhensibles au commun des mortels, et personne ne me fera croire que les députés qui les votent les yeux fermés en comprennent le moindre mot. Je parie même que les Chefs d’État qui les signent n’y comprennent rien non plus, à supposer qu’ils les aient lus. Et je défie Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, entre autres, d’affirmer sous serment qu’ils ont lu attentivement, de la première à la dernière ligne, le texte du traité qu’ils veulent nous imposer.

La vérité est que les Chefs d’État, qui vivent dans un état permanent de surcharge horaire et de tension cérébrale et nerveuse, sont dans l’incapacité d’étudier eux-mêmes ces textes dans le détail. En fait, ils s’en remettent complètement aux experts juridiques et aux rédacteurs administratifs, qui leur assurent que tout a été prévu, pesé, soupesé, négocié et que la dernière mouture dont ils ont accouché traduit à la perfection les modalités de la seule Europe souhaitable et possible.

Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Ni les gouvernants ni les citoyens ne peuvent en juger. C’est la roulette russe combinée au jeu de colin-maillard. Alors, si l’on demande aux électeurs d’une nation d’approuver le texte, ils disent « non », forcément, car personne n’est disposé à signer un chèque en blanc. Quant aux électeurs qui votent « oui », ils le font parce qu’ils sentent l’urgence de construire l’Europe face aux autres blocs, comme je l’ai fait moi-même en 2005. Car j’ai voté « oui » lors du référendum français, parce que je pensais et pense toujours que les éléments positifs l’emportaient sur les éléments négatifs. Mais je désapprouve la manière dont on veut passer outre la volonté majoritaire des citoyens.

Nicolas Sarkozy, dont je soutiens néanmoins l’action jusqu’à nouvel ordre, s’est cru avisé, pour contourner l’obstacle du suffrage universel, de concocter un « nouveau traité » soumis aux seuls Parlements (lesquels ne représentent pas réellement les peuples, c’est de plus en plus évident). Mais il se trouve que la Constitution irlandaise ne permettait pas ce tour de passe-passe. Et il n’est pas impossible que certains des Irlandais qui ont voté « non » l’aient fait parce qu’ils se sont sentis investis d’une certaine représentativité européenne, puisque les autres peuples étaient muselés.

Certains s’offusquent de ce que deux millions et demi d’électeurs irlandais puissent ainsi compromettre la construction de toute l’Europe. Mais après que trois corps électoraux nationaux ont voté « non », on est en droit de se demander combien d’autres auraient fait de même, si on avait eu l’honnêteté de leur demander leur avis.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont déclaré ensemble que le vote des parlements devait continuer (car l’unanimité des nations est nécessaire) et ils projettent de faire revoter les Irlandais en espérant qu’ils changent d’avis, après avoir été « matraqués » par toutes sortes de pressions économiques et politiques. En ce cas, la chancelière et le président vont sans doute se « planter » royalement en exacerbant le « non », les électeurs n’aimant pas qu’on leur force la main.

Aussi je crois que la seule solution au problème est de réunir une Assemblée Constituante européenne chargée de mettre au point un texte court et clair de 70 articles au maximum et de le soumettre au référendum de tous les citoyens européens. Sinon, on ne sortira pas de cette galère.

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9 réponses à l'article : Irlande : Trois fois non !

  1. Florin

    30/06/2008

    à Pierre Lance : si moi je n’ai (selon vous) rien compris, écoutez Boukowski, qui lui connaît les Soviets par coeur : en URSS, tout était décidé par 15 personnes (le Politburo, en français le Bureau politique du Parti Communiste), non élues et dont le commun des mortels ne connaissait que rarement les visages. A Bruxelles, ceux qui décident sont à peine plus nombreux, toujours non élus, n’ayant de comptes à rendre à personne.

    La France (petite quantité négligeable au sein de l’Union, sans doute) a essayé par le passé de demander des comptes à l’arrogant commissaire pour le commerce extérieur, au vu de ses prises de position au détriment des économies européennes – et surtout au vu des documents signés par  ce monsieur.

    La réponse a été claire : JE n’ai pas de comptes à vous rendre.

    Ce qui est LA VERITE, après tout. C’est contre cela qu’il faut se battre.

    Les gens commencent à comprendre. En France comme ailleurs. C’est pour cela qu’à chaque fois qu’on les consulte, les peuples disent NON – tout le contraire de leurs dirigeants mafieux, redevables jusqu’à leur mort aux oligarques qui les ont fait élire.

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  2. Pierre LANCE

    29/06/2008

    À Florin : Les citoyens n’y comprennent rien en effet, mais vous réussissez le tour de force d’y comprendre moins encore que ceux qui n’y comprennent rien. Faut le faire ! Comparer l’Europe de Bruxelles à l’URSS est tout simplement grotesque et la caricature que vous en donnez ne fait progresser le débat en aucune manière. À IOSA : Bien sûr qu’il faut essayer de comprendre un traité sur lequel on vous demande votre avis. Mais pour cela, il faut que ce traité soit rédigé avec clarté et simplicité, sinon l’électeur est enclin à le rejeter, ce qui est une réaction de méfiance parfaitement normale. Les rédacteurs du traité se plaignent du « non », mais ce sont eux qui l’ont suscité. Bruxelles, ni personne, ne peut rien faire contre la hausse du prix des carburants. Celle-ci était prévisible et inéluctable, dès lors que la Chine et l’Inde s’industrialisaient à outrance et que l’épuisement des puits de pétrole était lui aussi inéluctable. Nous avons tous quinze ans de retard, des gouvernants aux industriels jusqu’aux simples consommateurs. Et tous ceux qui pleurent devant la pompe à essence ne sont que des enfants attardés. Le temps de la bagnole-joujou est terminé. L’avenir est clair : marine à voile, agriculture à cheval, citoyen à pédale. Et nous sauverons notre santé par dessus le marché. Merveilleux, non ? À Matrix : Mais je n’ai jamais dit que les Irlandais avaient dit « non » à l’Europe. Pas plus que les Français ou les Hollandais d’ailleurs. Nous voulons tous l’Europe, car c’est notre seul espoir de n’être pas submergés par l’Afrique et l’Asie. Mais nous voulons une Europe qui respecte nos libertés et nos cultures. Car, comme je l’ai écrit dans mon livre « Alésia, un choc de civilisations », quoique dans un tout autre contexte, mais qui a cependant des similitudes : « À quoi bon se préserver de Rome, s’il faut pour cela se faire Rome soi-même ? » À SAS : Je ne pense rien du tout de ce qui est arrivé à l’aéroport Ben Gourion. C’est une péripétie comme il peut en survenir n’importe où. Un Chef d’Etat est toujours en danger. Mais comme personne ne l’a obligé à être là où il est… Ce sont les risques du métier.

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  3. Anonyme

    28/06/2008

    Les Irlandais sont des gens normaux. Logiques.  Pourquoi ratifier une constitution-usine à gas de près de 300 pages de textes abscons écrits par des technocrates-lapins crétins dont la plupart relèvent carrément de la psychiatrie (en témoigent déjà leurs textes débiles) et que les politiciens ne comprennent même pas eux-mêmes. 

    D’un autre côté, la constitutions des USA a moins de 20 pages et est très claire, même en anglais.

    C’est là tout l’essentiel sur le sujet.  Le reste n’est que corollaire.

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  4. chti

    27/06/2008

    Les irlandais ont, essentiellement en rejetant le nouveau traité européen, rejeté les dispositions contre l’avortement sous la poussée des catholiques. La plupart d’entre eux n’ont même pas lu le traité mais ont suivi l’avis de ceux qui l’avaient lu parmi les agents médiatiques. Il en va de même dans tous les pays concernant la démocratie, aucun individu ne pouvant trancher qu’en rivant son opinion sur celle des autres. Les irlandais ne rejettent certes pas l’Europe surtout lorsqu’elle leur est profitable. C’est ainsi que le revenu par habitant des irlandais autrefois dans les choux est devenu 1,4 fois celui des français. Doit-on, comme le dit Pierre Lance tenir compte pour bloquer le fonctionnement de l’Europe de l’avis de seulement 2 millions de personnes ou comme il le suggère proposer un référendum européen? C’est, à mon sens la deuxième solution qui se rapproche le plus d’une solution démocratique.

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  5. sas

    26/06/2008

    A pierre qui roule……

    QUE PENSE TU MON PIERRE….DE LA TENTATIVE DE MEURTRE SUR LA PERSONE DE TON PETIT; TOUT PETIT D AILLEUR  protégé;Paul de nagy bocsa sarközy……a l’aéroport de ben-gourion……seul aéroport au monde où les gardes frontières se suicident au moment des départs des chefs d etat…….qui viennent au pays des élus……afin de recommander la fin des colonisations et le partage de jerusalem……

    …….que penses tu des rapports des services secrets russes qui declarent qu’en plus du garde serait mort un agent de securité du président…??? et que c’est bien une tentative d homicide…….aggravée vu qu’il est hongrois notre président……

    …….même en lechant les pompes des méchants……il n’y a pas de demi mesure il convient pas detre pro israelien……il faut aussi etre totalement sioniste :avec ce qui va avec….

    …..isac RABIN ne l’avait pas compris……..la justice rabinique lui est tombé dessus……justice , supérieure aux lois des hommes et toutes gesticulations onusiene, tpiène et autres cinoche eurpéens….

    sas qui attend de te relire….

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  6. Matrix

    26/06/2008

    Mr Lance vous avez tort !… Ce n’est pas non non non mais seulement non.

    Pour les irlandais l’Europe c’est l’espoir. Les irlandais veulent etre europeens meme s’ils ont vote non. Ils ont dit non parce qu’ils sont decus par leur gouvernement (Bertie Ahern en justice etc. et le nouveau Brian Cowen a peine a s’imposer) et l’etat de l’economie en general. Les constructions de maisons et appartements ont chute et le chomage augmente a grande vitesse.

    Cela ne veut pas dire qu’ils sont contre l’Europe !…

    Ils sont fiers d’avoir l’Euro, contrairement aux anglais.

    Ils sont fiers d’utiliser le systeme metrique dorenavant, contrairement aux anglais.

    Ils sont fiers de se debrouiller mieux que les anglais.

    Ils ont besoin de l’Europe pour les sortir un peu de leurs anciennes structures sociales. C’est encore l’eglise catholique qui detient les ecoles en Irlande Mr Lance ! Il y a des ecoles protestantes et catholiques. Ils ne se melangent pas les irlandais !!!….. Il est grand temps que l’Europe les aide a sortir de ces vieilles habitudes. Ils n’ont pas beaucoup d’esprit de vie en communaute non plus. C’est du chacun pour soi. Il y a tres peu de salle de sport publique en Irlande !… elles sont toutes prives. Les terrains de sport sont tous a decouvert et les irlandais n’aiment pas le mauvais temps !!!!…. Ils ne jouent JAMAIS quand il pleut et qu’il vente.

    Bref. Vive l’Europe pour l’Irlande.

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  7. IOSA

    25/06/2008

    Est il vraiment nécessaire de comprendre un traité, du moment que chacun percoit le dit traité comme une atteinte à ses libertés fondamentales ?

    Que doit on en conclure, si ce n’est qu’effectivement la France et ses gourvernants ont de chef supprimer le droit d’ expression à ses concitoyens ?

    Que doit on en conclure, lorsque Bruxelles refuse les demandes de baisses du coût du carburant ?

    Que doit on en conclure, lorsque notre propre représentativité au sein de l’Europe ( celle des français) fait place à une hégémonie d’ un groupuscule de nantis européens ?

    Que doit on en conclure face à une Europe qui se veut un empire, alors même que le passé est riche de constats d’échec de pacification par l’union forcée des peuples, dont les moeurs et raisonnements sont diamétralement différents ?

    Oui, l’ humain agit par instinct et son instinct lui dicte de préserver sa vie et celle de sa famille ( son peuple)

    La volonté d’un seul homme ( Sarkosy ) ne peut briser l’autodétermination du peuple français et il en est de même de tous les peuples soucieux du bien être des leurs !

    Voilà ce que Monsieur Sarkosy a montré aux autres pays…

    Voilà ce pourquoi le non Irlandais à été prononcé aux scrutins.

    ps: Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin elle se brise.

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  8. Florin

    25/06/2008

    Arrêtons de dire que les citoyens "n’y comprennent rien" – car c’est FAUX ! Lorsque l’on vous met le couteau sous la gorge dans une ruelle parisienne, vous "n’y comprenez rien" non plus, mais vous savez "de quoi il retourne".

    Les traités rejetés furieusement par les peuples d’Europe sont un seul et unique instrument apocalyptique, destiné à spolier les gens à la fois de leurs droits et de leurs biens matériels.

    Reagan a dit de l’URSS que c’était l’Empire du Mal. L’URSS s’est ensuite effondrée. Si les peuples trouvaient le courage de dire que cette nouvelle URSS de Bruxelles est – elle aussi – un Empire du Mal, elle s’effondrerait à son tour.

    C’est ce que l’on peut lui (et NOUS) souhaiter de mieux. Nous serons comme Elisabeth Fritzl, sortie de sa cave à l’air frais et au soleil.

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