La France et l’Europe, à la veille de la présidence française

Posté le mai 14, 2008, 12:00
8 mins

Dans un peu plus d’un mois, la France va assurer la présidence de l’Union européenne, succédant pour le deuxième semestre de 2008 à la Slovénie. C’est l’occasion de faire le point sur les relations entre France et Union européenne.

Malgré tous les cocoricos sur le rôle de la France dans la « relance » du processus européen, ces relations ne sont pas bonnes : la France est quasiment le dernier pays de l’Union à ne donner aucun signe tangible d’une possible amélioration de ses finances publiques. Tous les maquillages budgétaires, toute la complaisance des médias français n’y feront rien : la France ne respecte pas ses engagements en cette matière. Et ce non-respect commence à coûter de plus en plus cher aux autres pays membres : une part substantielle de l’inflation de la zone euro vient de chez nous et, naturellement, cette inflation ne rogne pas seulement du pouvoir d’achat chez nous, mais dans tous les pays de la zone euro…

Comme, par ailleurs, le plus important poste budgétaire de l’UE, la politique agricole commune, profite essentiellement à la France (et, depuis quelques années, à certains nouveaux entrants), l’impression de plus en plus dominante à Bruxelles et dans les capitales voisines est que la France coûte cher à tout le monde, ne souhaite pas respecter ses engagements, et, en outre, se permet de donner des leçons à tout le monde… Autant dire que la marge de manœuvre des négociateurs français à Bruxelles n’a pas beaucoup de chances de s’améliorer dans un avenir proche !

Unique point à l’actif de notre pays : ce que les médias français appellent (avec le chauvinisme qui les caractérise – paradoxalement associé à un solide mépris de tout ce qui a fait la France au long des siècles, mais ceci est une autre affaire !) la « relance du processus européen » – dont il faudrait attribuer le crédit à Nicolas Sarkozy.

C’est oublier un peu vite un certain un ombre d’aspects fondamentaux dans cette histoire de « Traité simplifié ». C’est oublier d’abord que la France s’était d’abord fait remarquer par son rejet du précédent Traité constitutionnel. C’est oublier aussi qu’à Bruxelles, on fait porter l’entière responsabilité de ce rejet sur les « élites politiques » qui, refusant d’assumer quelque réforme que ce soit, se défaussent régulièrement sur l’Union européenne, creusant ainsi de jour en jour le fossé qui sépare le peuple français de l’Europe.

Et c’est oublier surtout que le signal que tous les peuples d’Europe auront entendu, avec ce « Traité simplifié », c’est que leurs avis sont absolument indifférents à ceux qui prétendent les représenter.

Ajoutons à cela que le traité en question révèle une singulière notion de la « simplification » chez nos dirigeants, puisqu’il ne s’agit pour l’essentiel que d’un « copier-coller » du précédent texte, avec les paragraphes dans le désordre, rendant la logique institutionnelle encore plus incompréhensible qu’avant. Et que, par ailleurs, les seules choses un peu importantes que l’on a retirées du TCE dans le « Traité simplifié » sont les symboles (drapeau, hymne…) qui, hormis le fait qu’ils ne gênaient pas grand monde, sont déjà inscrits dans d’autres traités en vigueur !

Bref, la « relance du processus européen » fait peut-être très bien dans les journaux français, mais semble un peu courte pour « relancer » les relations entre Paris et Bruxelles et entre Paris et les autres capitales.

À cela, il faut d’ailleurs ajouter que l’on ne comprend pas bien ce que nos dirigeants veulent faire en termes d’alliance stratégique : un jour, on apprend que la France va se réinvestir dans l’OTAN, le lendemain qu’il faut une défense européenne autonome ; un jour que l’axe franco-allemand est le cœur du projet européen, le lendemain que la Grande-Bretagne doit être notre allié privilégié… Aucune de ces options n’est absurde, mais les mener toutes de front semble un peu difficile !

Il est vrai que, dans ce domaine des relations internationales proprement dites, la France est pour une fois en profonde harmonie avec Bruxelles. Personne n’a encore compris ce que voudrait être l’Union européenne sur la scène mondiale (un grand marché économique ou un acteur politique indépendant ?). Mieux encore : chaque fois qu’un observateur pose la question, il s’entend invariablement répondre que le projet européen est un projet politique nouveau, sans rapport avec quoi que ce soit ayant déjà existé et que toute comparaison serait erronée.

Le problème, c’est qu’ainsi on se dispense de choisir. Et qu’à force de non-choix, la France et l’Europe, ne pèsent plus grand-chose…

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6 réponses à l'article : La France et l’Europe, à la veille de la présidence française

  1. COLPIN Didier

    25/05/2008

    EUROPE ET TURQUIE

     

    – Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop  souvent source d’incompréhension, de confusion …

    Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne  place la Turquie !

     

    – Alors, ce pays, européen ou pas ?

     

    – Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux  continent… Tout de même estomaquant…

     

    – Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?

     

    – Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

     

    -Commençons par les géographiques.

    La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur  des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?

    Evident, non…

     

    – Frontières culturelles.

    Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…

    Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…

    – Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?

    – A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…

    – Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…

    – Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.

    Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !

    Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les juifs étaient victimes de la part  des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…

    – Fermons la parenthèse.

    – Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c’est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin !

     

    – Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !

     

    – Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non…

     

    – Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

     

    – Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :

    Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).

    A l’ouest, évidement l’atlantique.

    Au nord/est le Rhin et le Danube.

    Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)

    Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.

    Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).

    Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !

    Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.

             Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c’est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…

    Relativité des concepts, disions-nous…

    Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…

     

             – Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !

             Mais cela était il y a « deux milles ans »…

     

    – Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

     

             – Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à  Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…

    Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface  devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

     

    COLPIN Didier

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  2. sas

    19/05/2008

    Oui ,on sait et c’est exactement pour cette raison que la croissance d’apparat est reparti etrangement à la hausse…..(2,2% et mon cul c’est du poulet ????)

    les baratineurs vivent grassement aux frais des cons qui les ecoutent et qui surtout , qui ont voté naivement pour eux…

    sas dit que 2008 sera une année de recession….

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  3. Anonyme

    18/05/2008

    La France va encore plus être la risée de l’Europe. Komdab. Comment voulez-vous que l’Europe avance avec un dernier de la classe, un cancre comme Président ?!!!  Comment voulez-vous que la CEE soit crédible aux yeux du monde entier ?

    On ne devrait laisser la présidence qu’aux pays ayant les 4 ou 5 meilleurs résultats économiques de la CEE, et certainement pas aux pays mauvais sur ce point et qui plus est en violation permanente avec des directives européennes.  Comme quoi, la CEE, c’est n’importe quoi.

     

    HansImSchnoggeLoch : "Quand aux bonzes du PS par lesquels le malheur est arrivé, qu’ils aillent travailler comme tout le monde, eux qui n’ont jamais rien fichu de sensé dans leur vie."

    Et pour quoi faire ?!!!    Ils sont tous bourrés aux as avec un boulot de politicien ou de fonctionnaire bien rémunéré et pas trop fatiguant qui leur ont fait avoir un patrimoine très confortable !

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  4. HansImSchnoggeLoch

    16/05/2008

    La France championne d’Europe de non-application des règles communes court le risque de se faire éjecter un jour de l’Union. Il suffira qu’un grand nombre de pays membres se liguent contre elle et refusent de payer l’inflation qu’elle génère par son comportement irresponsable.

    Quand on est en cessation de paiement et en situation de banqueroute il vaut écraser sa chique et se faire discret.

    Quand aux bonzes du PS par lesquels le malheur est arrivé, qu’ils aillent travailler comme tout le monde, eux qui n’ont jamais rien fichu de sensé dans leur vie.

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  5. ozone

    15/05/2008

    Tant pis…

    Plus ça tombe de haut et plus ça s’écrabouille……..

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  6. EIFF

    14/05/2008

    Turquie : le partenariat, une étape vers l’adhésion

    De passage à Chypre, François Fillon a expliqué de façon un peu confuse que le partenariat privilégié prôné par Sarkozy entre l’UE et la Turquie n’était plus une alternative à l’adhésion mais une étape vers l’adhésion de la Turquie dans l’UE.

    Ceci confirme les déclarations de Jean-Pierre Jouyet, qui a déclaré la semaine dernière que

    "La France s’engage à ne pas gêner le processus d’adhésion de la Turquie"

    http://www.lesalonbeige.blogs.com

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