Les contradictions de Nicolas Baverez

Posté le octobre 31, 2012, 10:38
5 mins

Nicolas Baverez vient de publier un fort intéressant ouvrage : « Réveillez-vous ! ». Sa description de l’état de la France est alarmante, cruelle, et malheureusement crédible.

Son diagnostic des dérives de notre classe dirigeante est d’une saisissante lucidité : dé­voyant les règles, détournant l’argent public, elle s’occupe surtout de diriger ses carrières. Sa pression augmente continuellement les budgets publics, lesquels constituent un appel d’air à la dépense…

La corruption intellectuelle fait place à la corruption tout court, et illustre un mépris croissant des citoyens.

On voit aujourd’hui un gouvernement aux abois refusant de réduire ses dépenses, pourtant de 30 % plus élevées que celles de la moyenne de l’OCDE. Le blocage est complet, il est moral, et ce n’est pas nouveau.

Le recul constant de la démocratie réelle et la manipulation de l’opinion par mensonge et dissimulation, rappellent cette observation de Jean-François Revel : « Le totalitarisme ne peut vivre que grâce au mensonge, et la démocratie ne peut survivre que grâce à la vérité. »

Sur ce diagnostic inquiétant, et après avoir constaté que l’endogamie « politiques-administration » a fini par laisser aux exécutants-fonctionnaires les décisions réservées aux élus, Baverez conclut que la sortie ne peut plus venir que du peuple. Il espère que ce sera pacifique, par référendum. Mais il n’en est pas sûr…

Pour ce qui est des observations et recommandations d’ordre économique, j’émets quelques doutes.

S’agissant du chômage, fermement dé­noncé comme preuve d’échec, il est regrettable que, dans un ta­bleau qui se veut gé­néral et objectif, l’incidence d’une forte immigration de gens inemployables, faute de formation et de demande, ne soit pas mentionnée. Elle est cependant estimée à plus de 20 % des 5,3 millions d’inactifs. On ne peut pas en faire l’impasse.

De même, l’effet de la mise en concurrence volontaire et brutale de nos pays avec ceux à bas salaires est ignoré. La demande de protectionnisme est considérée comme « populiste », péjoratif fréquent, qui permet d’écarter sans débat les aspirations « populaires » (ce n’est pas la même chose) des Français.

Comme d’habitude, la décision en faveur de la mondialisation est présentée comme une évolution inéluctable.

Comme d’habitude, le système est dit libéral, alors qu’il est fondé sur des droits inégaux en matière de réglementation et de taux de change.

Comme d’habitude, la crise européenne et de l’euro est réduite à son aspect financier et bancaire. Elle est censée être causée par une opposition bornée, qui bloque le renforcement, supposé nécessaire, des contraintes de la Commission, alors même que l’auteur admet que l’euro a été instauré en dépit de l’inadaptation de la zone. Mais, pour lui, il suffit d’imposer par traité ce que les citoyens refusent, et tout rentrera dans l’ordre.

Un traité imposera seulement des contraintes sociales et des transferts financiers massifs, tous deux inapplicables : les faibles refusent l’effondrement et les riches refusent les transferts.

En revanche, on voit bien que les causes des déséquilibres subsisteront et que la démocratie sera encore une fois ba­fouée.

L’auteur reprend l’antienne con­nue qu’une sortie de l’euro, même de la seule Grèce, désta’autorité.

Il est étonnant et triste qu’un économiste sérieux, respecté et intelligent, puisse s’aveugler à ce point, et même se contredire : il déplore le recul de la démocratie en France, mais regrette que la Commission et le FMI n’y passent pas en force…

C’est apparemment un bon exemple d’européiste convaincu, incapable de remettre en cause son idéologie, et qui ne voit pas qu’elle est contredite par l’expérience.

Dans une affaire de cette ampleur, il est douteux que repousser la majorité et nier l’expérience puissent conduire au succès !

2 réponses à l'article : Les contradictions de Nicolas Baverez

  1. quinctius cincinnatus

    02/11/2012

    le porte voix de couverture : c’est celui du N.P.A. ( son logo ) ou celui du muezzin ?

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  2. QUINCTIUS CINCINNATUS

    31/10/2012

    pas besoin de lire ce pavé fruit tardif de fréquentations politiques douteuses… un peu de réflexion suffisait déjà à se rendre compte des causes et cela depuis  » belle lurette  »
    enfoncer les portes ouvertes fait vendre les  » oeuvres de philosophie politique  » … le citoyen devrait être intellectuellement plus lucide et clairvoyant de par son propre raisonnement et ne pas être un  » fan  » d’un parti ou de son champion ; c’est hélas ce qu’on constate de manière récurrent sur TOUS les blogs politiques : un niveau de club de supporteurs  » sportifs  » ou d’idolâtres d’une  » star  » du show-bizz … ad nauseam !

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