L’euro, à quel prix ?

Posté le avril 22, 2015, 10:37
4 mins

Quand je demande : l’euro, à quel prix, il ne s’agit pas de prédire le taux de change entre l’euro et le dollar. Il s’agit de prendre conscience des sa­crifices qui pourraient être exigés des pays de la zone euro, au point de se demander si leurs peuples pourront les accepter.

Ayant réalisé de profondes réformes structurelles, le seul pays qui se soit doté des moyens de prospérer avec l’euro est l’Allemagne.
Les compétitivités de la France, de l’Italie, de l’Espagne, et surtout de la Grèce, se sont dégradées par rapport à celle de l’Allemagne depuis la création de l’euro.
On peut débattre pour savoir si le taux de change de l’euro par rapport au dollar est équitable ou non.

Par contre, il n’est pas équitable que l’Allemagne, l’Espagne, la France et la Grèce aient le même taux de change. Trop de maisons invendues en Espa­gne… Trop de fonctionnaires et d’emplois assistés en France… Trop d’usines en Allemagne… Trop d’évasion fiscale en Grèce…

Petit à petit, l’Allemagne sape les bases industrielles de l’Italie, de la France, et d’autres pays. C’est ce qui arrive quand des pays avec des productivités différentes sont liés par le même taux de change. Les dirigeants politiques le savaient en entrant dans l’euro et ils auraient dû contrôler avec vigilance l’évolution économique et sociale de leurs pays respectifs, afin de ne pas dégrader leur compétitivité. Mais c ‘est souvent la facilité qui a prévalu – notamment en France.

Pour ces États-cigales, l’euro est à la fois le révélateur de leur inconséquence passée et le carcan qui entrave leur développement futur.
Tant que durera l’euro sous sa forme actuelle, les économies des divers pays de la zone continueront de diverger.
Une solution, professée par d’éminents politiciens européens, serait que l’Allemagne fasse comme les autres et baisse sa productivité. Curieusement, cet­te idée n’est pas bien accueillie en Allemagne !

La monnaie unique ne permet aux états-membres aucun ajustement de taux de change pour leurs échanges internes à la zone euro. Or, les Allemands ne vont pas changer de comportement. Les Français ne vont pas se réformer (ou si peu…).
Les écarts de compétitivité vont donc s’aggraver. Les politiques d’austérité imposées par le redressement des comptes pu­blics seront de plus en plus mal acceptées, et les forces politiques anti-européennes vont encore gagner du terrain.

Beaucoup souhaitent sincèrement maintenir l’unité de la zone euro. Mais à quel prix pour les peuples ? Et ces derniers le supporteront-ils ?
Pour la France, qui n’a entrepris aucune réforme structurelle, la descente aux enfers ne saurait tarder…

6 réponses à l'article : L’euro, à quel prix ?

  1. Think One

    23/04/2015

    Un immeuble est construit sur la base de fondations et de structures.

    La France (la Nation) est bâtie sur des structures fondamentales : monétaire, financière, économique, sociale, politique.

    En analysant chacun de ces domaines à l’aide des lois de l’éconophysique*, on constate qu’ils sont tous dans un état métastable* (coefficient de tension volumique anormalement élevé).

    La « prise » systémique est inévitable. Je ne connais pas le domino déclencheur ; probablement le monétaire (dette).
    Mais attention, en physique, tout changement d’état provoque une modification radicale de structure.

    Mon souhait : que cela n’entraîne pas le chaos !

    * voir Wikipédia

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  2. Delmau

    22/04/2015

    Dès l’instauration de l’euro, les Allemands ont dû s’imposer plusieurs années de stagnation des salaires, parfois de baisse, pour s’assurer la compétitivité de leurs prix sur les marchés exports. Or, depuis le début des années 50 et jusqu’à 1999, les produits français étaient compétitifs par rapport à leurs concurrents allemands, comme l’établit l’instrument de mesure indiscutable qu’est l’équilibre de la balance commerciale entre les deux pays. Cela signifie donc que les coûts réels en termes d’unités produites par heure de travail étaient équivalents, et que les monnaies étaient correctement appréciées l’une par rapport à l’autre : l’écart des taux d’inflation entre les deux monnaies était régulièrement corrigé par un ajustement monétaire. Dès la mise en place de l’euro, la compétitivité-prix des produits français s’est régulièrement dégradée, comme le montre le déficit commercial. Il est difficile d’admettre que, en 2 ans, les entreprises françaises soient brusquement devenues incapables, ou leur personnel non-productif. La seule explication est que la correction des taux de change, toujours effectuée pendant les 50 années précédentes, et devenue impossible, renchérit artificiellement les prix français contre les allemands. C’est une conséquence inévitable de l’euro, qui a provoqué le maintien de la prospérité en Allemagne, et sa dégradation permanente chez tous les autres.
    On peut parfaitement rester dans l’euro si l’on accepte cette dégradation permanente et l’endettement qui va avec.

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    • quinctius cincinnatus

      24/04/2015

      le constat est juste mais la  » solution  » est fausse ! Je ne vais pas développer. Je me contenterai de dire que le moyen proposé, c’ est à dire le réajustement permanent des valeurs des différents  » euros  » , ne permettra jamais d’ atteindre les résultats souhaités ( ou qu’ on en escompte ) tant que des réformes de fond n’ auront pas été faites …

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  3. quinctius cincinnatus

    22/04/2015

    pas de panique ! Nicolas Sarkozy , ou même Marine Le Pen débarquent avec des idées neuves ( sic ) et un courage à toutes épreuves et … pérenne cela après avoir pris à l’ abordage électoral le pédalo  » La Socialie  » … plutôt d’ailleurs un radeau de la Mé(r)duse ce flotteur à roue à aube … ou même une périssoire

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  4. DESOYER

    22/04/2015

    Créer l’euro ne dispensait personne de faire les efforts de productivité nécessaires pour affronter la concurrence internationale.
    Vous savez que les gens qui disent la vérité sont marginalisés dans les partis politiques.
    C’est pouquoi j’invite les vrais compétents et courageux à me rejoindre au sein de l’association libérale et sociale. Les autres peuvent continuer à déblatérer: ils ne sont d’aucun intérêt.

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    • quinctius cincinnatus

      22/04/2015

      pour être productif il faudrait que les responsables politiques , industriels et éducatifs commencent par l’ être eux-mêmes … déjà que le Français [ l’ électeur ] est politiquement immobile !

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