L’Union européenne et la fin de l’histoire

Posté le janvier 14, 2009, 12:00
8 mins

L‘année 2009 va être marquée au point de vue politique par les élections européennes du mois de juin prochain. Au seuil de cette nouvelle année électorale et à la fin de la présidence française de l’Union européenne, il est utile de prendre quelques instants pour réfléchir à cette Europe, dont notre vie est si étroitement dépendante et que pourtant nous connaissons si mal.

Quels vont être les enjeux des élections de juin prochain ? Comme toujours avec les élections européennes, il existe des enjeux de politique intérieure, des enjeux proprement européens et des enjeux idéologiques.

Au plan politique, cette élection sera l’élection de tous les dangers pour la droite française
. La droite dite « parlementaire », c’est-à-dire essentiellement l’UMP, va selon toute vraisemblance souffrir dans cette campagne de mi-mandat. Mécaniquement, toutes les élections de mi-mandat sont délicates pour les partis au pouvoir. Comme, en outre, il est fort probable que, dans six mois, la France soit toujours au cœur de la crise économique, il y a tout lieu de croire que les élections européennes seront difficiles pour l’UMP.

Mais, ces élections seront également difficiles pour la droite non UMP, spécialement pour les « souverainistes ». Or, les élections européennes sont généralement porteuses pour la droite « non conformiste », ne serait-ce que parce que le scrutin y est proportionnel et non majoritaire. Toutefois, à l’heure actuelle, il est vraisemblable que les listes de souverainistes de droite soient beaucoup trop nombreuses pour permettre à de nombreux élus de tirer leur épingle du jeu : FN, dissidents du FN, Dupont-Aignan, Villiers, certaines listes du CNI… autant de candidats qui se neutraliseront mutuellement.

Au plan électoral, il faut aussi noter que nous sommes encore aujourd’hui dans l’incertitude… sur le nombre de députés français au Parlement européen, aussi ahurissant que cela paraisse ! Il existe deux solutions : si le traité de Lisbonne est ratifié d’ici juin et la France comptera 74 députés (au lieu des 78 d’aujourd’hui), sinon ce sera le traité de Nice qui s’appliquera et nous aurons 72 députés…

Du point de vue de la politique européenne, l’enjeu est évidemment la conception de l’Europe que nous souhaitons. Soit une Europe-puissance, unie en matière de politique internationale, énergétique… ; soit une zone de libre-échange. Les deux solutions ont des intérêts, mais l’absence de choix clair mine, jusqu’à maintenant, la construction européenne. Cela vaut aussi en matière institutionnelle.

Personnellement, je suis fort peu fédéraliste, mais je préférerais mille fois que l’on nous propose clairement une fédération européenne. La pire des solutions est celle que nous pratiquons assidûment depuis cinquante ans : le refus de proposer aux peuples européens un choix politique clair et compréhensible.
Je reste persuadé que c’est la principale raison de la non-ratification du Traité constitutionnel européen par la France et du traité de Lisbonne par l’Irlande. Nous sommes tous capables d’entendre les arguments de nos adversaires politiques. En revanche, personne ne peut supporter ces faux-semblants de débats.

Ici, nous arrivons à la lisière entre le projet politique européen et les enjeux idéologiques des élections de juin 2009. Cette tactique de « non-choix » était certes déjà criminelle et insultante pour les peuples. Mais le problème, c’est que cette absence de choix n’est pas seulement une tactique. C’est aussi une idéologie. Les eurocrates sont persuadés que l’Union européenne ne correspond à rien de connu : ce n’est ni une fédération, ni une confédération d’États souverains ; ce n’est ni une puissance politique, ni une simple zone de libre-échange… Ce refus de trancher est en définitive l’adhésion inavouée au mythe de la « fin de l’histoire ». Enfin, les hommes auraient découvert une forme d’union non politique, le moyen d’imposer la paix perpétuelle, ce vieux rêve des utopistes de tout poil. Le réveil risque fort d’être extrêmement douloureux.

Il n’a jamais existé, et il ne peut pas exister, d’homme non enraciné dans une communauté politique. Il n’a jamais existé, et il ne peut pas exister, de communauté politique non définie par ses frontières, par le fait que certains en sont membres et d’autres ne le sont pas. Ce progressisme et cet irénisme typiques de la construction européenne, comme auparavant de la Révolution de 89 ou celle de 1917, ne sont pas seulement profondément de gauche ; ils sont aussi profondément hostiles à la nature humaine. Et l’on ne peut pas construire d’édifice politique sans respecter la nature humaine. Cette idéologie est vouée à l’échec et au désastre. Il est urgent de l’abandonner !

4 réponses à l'article : L’Union européenne et la fin de l’histoire

  1. HEFF

    17/01/2009

    et si l’enjeu de ces élections européennes devenait l’euro et les identités ?

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  2. Franc Soit

    15/01/2009

    Dans votre article vous citez Nicolas Dupont-Aignan dans la liste des partis souverainistes. Il est à préciser que Debout La République qui a comme président Nicolas Dupont-Aignan est un parti Gaulliste et républicain et qu’il est le seul, à ce jour, à présenter ce courant politique pour les élections européennes.

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  3. HansImSchnoggeLoch

    15/01/2009

    Bonsoir Mr. de Thieulloy,

    je viens de poster le paiement de mon abonnement annuel aux 4V, pour permettre à ce journal indépendant de continuer d’exister. Ma surprise est grande d’apprendre par Mr.P.Lance que certains commentateurs très critiques de ce site ne sont même pas abonnés.

    Je pense que c’est bien le minimum de payer son dû si on veut faire la morale sur ce site.

     

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  4. Arthuran

    15/01/2009

    Juste pour vous préciser que Nicolas Dupont-Aignan n’est pas un "souverainiste" comparable à Villiers ou bien pire encore au FN ou à ses dissidents.

    Tous ces partis ont en commun de refuser l’europe, de vouloir un repli sur soi, ce qui n’est pas du tout le cas de Nicolas Dupont-Aignan, qui se bat, lui, pour une autre Europe!

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