Non, l’euro n’est pas responsable de nos échecs !

Posté le avril 08, 2015, 2:15
6 mins

Dans le n° 983, Pierre Maumont consacrait une pleine page à nous convaincre que « le traité de Maastricht a mis en œuvre la dissolution de la France ». Pas moins.

Il serait sans doute bon qu’il nous explique dans un prochain numéro pourquoi ce funeste traité a permis à nos voisins allemands, avec les mêmes ingrédients, non seulement de ne pas être « dissous », mais encore de poursuivre paisiblement leur développement économique et leurs formidables succès à l’exportation, malgré la même monnaie « surévaluée » que celle à laquelle il attribue notre chômage record et l’explosion notre dette.

Je ne doute pas qu’il trouve, avec l’appui de certains de nos plus éminents économistes, des raisons très convaincantes à ces destins si contraires.

Lorsque j’étais étudiant, dans les années 60, nos professeurs d’économie, à commencer par Raymond Barre, « le meilleur économiste de France » selon Giscard, nous expliquaient doctement que l’avance que l’Alle­magne avait, déjà, prise sur nous, était essentiellement due au fait qu’elle avait reçu le gros de l’aide Marshall, et avait eu « la chance » de tout avoir à rebâtir.

Il n’était jamais question, et il n’est d’ailleurs toujours pas question un demi-siècle après, de relever que nos voisins avaient, à la sortie du conflit, interdit non seulement le parti nazi, mais aussi le parti communiste, au moment même où notre « Grand Homme » graciait les dirigeants communistes qui avaient trahi dans les années du pacte germano-soviétique, na­tionalisait à tour de bras, et confiait les clés de l’énorme secteur public à la CGT.

Nous en sommes toujours là aujourd’hui et, d’un « Front » à l’autre, c’est le même verdict, celui qui marche si bien dans tous les pays où l’analphabétisme économique est largement répandu : « C’est la faute aux autres » – et surtout à nos voisins et alliés.

En Afrique, un demi-siècle après la fin de la colonisation, c’est toujours la faute à l’ancienne métropole, et non pas à l’incompétence et à la corruption endémiques. En Grèce, c’est la faute à « l’Europe de Maas­tricht » si, malgré les centaines de milliards d’euros bêtement alloués, ce pays de tricheurs ne s’en sort toujours pas…

Et si encore cet analphabétisme économique, doublé d’un fort ressentiment envers ceux qui réussissent mieux que nous, ne trouvait refuge chez nous qu’aux extrêmes, on pourrait se dire que c’est normal dans une démocratie, et qu’il faut bien des partis « défouloirs ».

Hélas, au PS, le contingent de « frondeurs » est suffisant pour obliger Valls à utiliser le 49-3 pour instiller une dose homéopathique de libéralisme dans « le dernier pays communiste d’Europe », comme disent nos voisins. Et, à l’UMP, les chroniques de Jacques Myard que nous lisons régulièrement dans les « 4 Vérités » prouvent que la doctrine du « c’est la faute aux autres et, en particulier, à l’Eu­rope et aux USA » y a toujours de très zélés, sinon pertinents, partisans.

Pour avoir une chance d’ouvrir les yeux qui ne veulent pas voir, il aurait fallu que l’Europe ex­pulse la Grèce, quand il est devenu évident qu’elle avait menti sur ses chiffres dans le seul but de piller les fonds européens. Cela n’aurait pas coûté plus cher aux contribuables européens. Cela aurait appris aux Grecs à se sortir tout seuls du pétrin, épargné à la Troïka, et aux Européens en général, les insultes des mêmes Grecs… et montré à nos partisans de la sortie de l’euro les immenses « bienfaits » de celle-ci.

Hélas, les bons samaritains l’ont emporté sur les « faucons ultra-libéraux ».

Cinq ans ont été perdus, pendant lesquels nous avons continué à dépenser sans compter, et à tricher, nous aussi, non pas uniquement avec les règles honnies de Maastricht, mais surtout avec celles de la bonne gestion…

Que ceci se termine par une sortie volontaire de l’euro, par une expulsion de celui-ci, ou, plus vraisemblablement, par l’explosion de ce système, nous en avons pour des décennies à en baver… et à lire d’interminables articles blâmant Allemagne, Europe, USA et, pourquoi pas, Israël, pour notre purgatoire !

Jean-Marc Coursières

4 réponses à l'article : Non, l’euro n’est pas responsable de nos échecs !

  1. lombard

    09/04/2015

    bonjour
    la grece ne nous a pas mentie !nous avons voulu que ce pays rentre dans l’europe et dans la zone euro( pour la protéger contre l’invasion turc comme a Chypre…a la demande de l’OTAN)nous savions que son système fiscale et cadastrale profondément inégalitaire générait un système mafieu et de combine!nous savions que par sa configuration géologique et climatique ses rendements agricole et industriels étaient et sont limités !! DONC LEUR PRETER DES SOMMES ASTRONOMIQUES SERAIENT FORCEMENT PERDUES ET NON REMBOURSABLES.je pense plutôt que les traîtres de Bruxelles utilisent ce pays comme porte de l’immigration de masse pour le proche et moyen orient…..JE N OUBLIE PAS QUE L’EUROPE DEVAIT SE CONTRUIRE A SIX PAYS.

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  2. De Soyer

    08/04/2015

    Deux principes:
    1) Ne pas toujours compter uniquement sur les autres;
    2) N’aider les autres que s’ils font de leur côté un effort pour s’en sortir.

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  3. quinctius cincinnatus

    08/04/2015

    Chacun sait qu’ en cas d’ échec, et quel que soit la nature de ce dernier, avec un peu de jugement, on identifie relativement facilement les responsabilités ; ici  » le système  » , c. à d. le fonctionnement global de la société française et en particulier son administration tentaculaire ( pour mieux vous étouffer : un calamar géant des abysses ) , mais aussi et surtout l’ individu …

    P.S. ne dit on pas  » menteur comme un Grec ?  » alors leur faire confiance très peu pour moi

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  4. HERVE

    08/04/2015

    Il y a tellement de pays qui ne sont pas dans l’euro et qui s’en sortent très bien (à commencer par l’UK) que je me demande si le risque que la Grèce sorte de l’euro ne serait pas qu’elle aussi s’en sorte beaucoup mieux qu’en y restant.

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