Traité transatlantique et promesses de prospérité

Posté le 30 avril , 2015, 2:26
6 mins

L’ouvrage récent d’Alain de Benoist : « Le traité transatlantique et autres menaces » doit être largement diffusé.
À cela plusieurs raisons : d’une part, ce projet de traité a pour objet des clauses dangereuses, dont les effets sont travestis ; d’autre part, il est discuté dans le secret.
Il prévoit, en effet, entre l’Union européenne et les États-Unis la création d’une zone de libre-échange « impliquant une liberté de circulation totale des hommes, des capitaux, des services et des marchandises », et prétendument fondée sur « des va­leurs centrales partagées, telles que la démocratie, les droits de l’homme et l’État de droit », ce que démentent les clauses con­nues.
Bien entendu, comme on l’a dit de l’Union européenne à sa fondation, et de l’instauration de l’euro en 1992, « l’accord bénéficiera à tout le monde, il aura un effet favorable sur l’emploi, etc. », toutes affirmations dé­menties par les faits et sans le moindre début d’explication, ce qui n’empêche pas la Com­mission européenne d’en chiffrer l’avantage moyen à 545 € par ménage européen (environ très exactement !).

C’est le résultat attendu de la « suppression des droits de douanes sur les produits industriels et agricoles » et d’une plus grande « libéralisation des investissements ». Or, mis à part pour les produits textiles et agricoles, les droits de douanes américains sont très faibles, et les investissements à l’étranger sont déjà à leur avantage.
Il n’est donc pas difficile d’imaginer que le traité leur sera déjà bien plus favorable qu’aux pays d’Europe. L’auteur relève d’ail­leurs que « les négociateurs de l’Union européenne se sont visiblement engagés dans ces discussions sans le moindre souci de faire passer en premier les intérêts des Européens », car « l’objectif à long terme est de faire gouverner le monde par l’économie… à partir d’un empire euro-atlantique sous contrôle états-unien » (J. Nikonoff).

Plus grave est l’élimination des barrières non tarifaires : alignement des réglementations européennes sur les américaines, moins sévères et plus risquées, notamment pour la santé publique, et la capacité pour des firmes privées d’attaquer des concurrents ou des États devant des tribunaux américains, en exigeant des indemnités exorbitantes, au motif que la réglementation locale, « trop sévère », les prive d’un bénéfice potentiel. L’OMC a déjà infligé de telles amendes à l’UE.

Comme le souligne Alain de Benoist, cet écart de réglementation est « le reflet de choix de société différents », qui sont eux-mêmes la manifestation de « préférences collectives qui reflètent l’idée que l’on se fait de la protection des citoyens… de réalités historiques, géographiques, linguistiques, parfois mêmes institutionnelles ».
Nous retrouvons donc là la même problématique que celle que nous vivons aujourd’hui à l’intérieur de l’UE, où chacun des 28 membres se voit contraint de faire converger des conditions de vie « normalisées » que rejette la majorité. On a beau faire, les Portugais ne veulent pas vivre comme des Allemands, qui ne souhaitent pas vivre comme des Italiens (sauf en vacances), etc.
Que sera-ce lorsque l’ordre viendra des USA et sous contrainte financière ?

Pour nous faciliter la compréhension du processus, Alain de Benoist commence donc par exposer en quoi consiste la mise en place, non encore opérationnelle, du Mécanisme Européen de Stabilité (MES). On peut ainsi mesurer la menace d’asphyxie financière sous laquelle nous vivons déjà.

Celle du projet de traité transatlantique est du même ordre, mais bien plus puissante, et serait dans les mains d’un pays tiers.
Reste le dernier point, que l’on comprend mieux : « l’extraordinaire opacité dans laquelle se sont déroulées jusqu’à présent (janvier 2015) les discussions ».
Nous assistons donc, si l’on peut dire, à une privatisation de grande ampleur d’une décision politique grave, et sous la pression d’un État étranger.
C’est le type de comportement qui pourrait expliquer pourquoi la qualification de forfaiture a été supprimée il y a quelques années du Code Pénal français…

7 Commentaires sur : Traité transatlantique et promesses de prospérité

  1. Nicolas

    1 mai 2015

    Comment les peuples s’opposent-ils ? Leurs gouvernements, leurs élus , sont corrompus ? Une exception notable, le Parlement wallon a mis à l’ordre du jour et a voté contre le traité. En restant dans l’UE, ils n’ont pourtant pas d’issue, le traité leur sera appliqué de force. Ils doivent sortir de l’UE. Ils ne seront pas les seuls, référendums : Autriche en juillet/août, Italie , en janvier. Pour le moment, signer des pétitions, communiquer tant que nous le pouvons encore, c’est bien l’un des objectifs de la loi Renseignement . Tous les opposants à l’ordre américain appliqué par l’UE est considérée terroriste et pourquoi pas, “antisémite ” par ces traîtres francophones et christianophobes.

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    • Nicolas

      1 mai 2015

      Erratum, j’entendais “francophobes ” , bien sûr. Le correcteur d’orthographe a frappé, il ne connait pas le mot

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      • quinctius cincinnatus

        4 mai 2015

        Il [ le correcteur ] CENSURE serait plus juste ! certains mots, certaines expressions, certains avis ne doivent pas être écrits, dites, exprimés

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  2. fbastiat

    1 mai 2015

    A priori la liberté du commerce et des investissements profite aux deux parties. Qu’y a-t-il donc de si terrible dans ce pacte? L’alignement des réglementations européennes sur les américaines? Est-ce bien le cas? Si cela nuit aux européens, ils n’ont qu’à le refuser. Je suppose que c’est bien parce qu’il y a quelques points de désaccord qu’il y a des négociations et non une canonnière américaine mouillée au large de Zeebruge.

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    • quinctius cincinnatus

      4 mai 2015

      En réalité nous aurons à faire à au moins trois nouvelles mesures de perte de notre indépendance ( enfin de ce qu’ il en reste )

      – les ” normes ” seront U.S. par exemple le poulet javellisé !

      – les contentieux seront traités en fonction de la jurisprudence U.S. … c. à d.à la façon qui fut celle de l’ ” affaire Tapie ” par Madame la Marquise de Bercy de La Garde suivant en cela les directives de Niko l’ Américain et pas celle des “hauts fonctionnaires ” de Bercy encore soucieux des intérêts de l’ Etat

      – le dollar imposera encore davantage son label de monnaie de singe

      … fin de parcours

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      • quinctius cincinnatus

        4 mai 2015

        pas celleS …

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  3. Boutté

    1 mai 2015

    Il s’agit d’une mise sous tutelle de l’Europe . Les USA vont pouvoir écouler leurs marchandises mais continueront comme par le passé à empêcher Airbus de prétendre aux marchés américains sous contrôle (par ex) .

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