Bâle et la décadence de l’art européen

Posté le août 12, 2009, 12:00
6 mins

À Bâle, au quasi-milieu de cette Europe qui s’étend – quoi que proclamât de Gaulle – des bords de l’Atlantique jusqu’à la Cracovie du dernier Valois, sont réunis des tableaux de Van Gogh provenant de collections du monde anciennement civilisé.

À travers toute l’Helvétie, s’affichent actuellement des panneaux de réclame appelant à visiter cette exposition – entre les annonces de promotion pour l’huile de tournesol et les consignes de vote pour les prochains « mystères démocratiques » !

Ces efforts publicitaires ont attiré les foules dans le Kunstmuseum de Bâle, réorganisé pour l’événement. Jadis, ce musée faisait, de préférence, la promotion de toiles acquises par l’intermédiaire d’un certain gouvernement allemand qui les considérait – telle fut l’esthétique de ce réalisme socialiste-là… – comme « art dégénéré ».

Ainsi, suivant la formule de Lénine, le peuple prend possession de l’art. On a pu, de la sorte, apprécier le « zapping pictural » d’anthropoïdes aux yeux vides montrant le tableau avec le doigt et lisant les explications fournies par des « artistes » diplômés, en bougeant les lèvres et en les suivant avec le bout de l’ongle noirci (ce qui n’empêche pas ces victimes de la méthode globale de perdre, parfois, la ligne…).

Un habitué des parlers alémaniques distinguait aisément les tribades de Zurich qui représentaient la majorité des visiteurs. Les journaux de cette véritable capitale de la Confédération étaient, en effet, remplis de publicités vantant les œuvres de Van Gogh réunies à Bâle. Les foules zurichoises y sont venues, infailliblement, bien que la moitié de ces tableaux provienne de collections de cette ville, qu’elles ne visitent évidemment jamais, la presse ne les y ayant pas pressées !

En somme, le rêve de Bloy – à chaque réverbère un bourgeois ! – aurait pu se réaliser à la sortie du Kunstmuseum. Seulement, dans ce demi-canton citadin, il ne se trouve pas suffisamment d’engins en question.

Mais oublions la chose humaine ! L’essentiel de cette exposition réside dans les paysages : exploration artistique de l’Europe – actuellement en état de coma –, son épuisement vers le Midi, puis, le retour, souffrant, vers le Nord.

Le mouvement essentiel de ces paysages se déroule dans les Cieux où – si on se rapproche des tableaux à une distance interdite par la sécurité – transparaît le véritable haut-relief de l’image de Dieu…

En revanche, à côté des salles bondées de l’exposition annoncée médiatiquement bien au-delà de l’Helvétie, se trouvaient des enfilades de pièces totalement vides, bien que remplies des collections permanentes du musée : les Holbein, les Brueghel, les Böcklin autochtones, et même les Van Gogh non acceptés, car n’entrant pas dans le « discours » des exposants.

Nul ne les regarde, et pour cause : ces œuvres n’existent pas pour les médias et le monde contemporain ! Comme aucun agent de sécurité ne les surveille, nous ne pouvons que conseiller aux truands-amateurs-d’arts – c’est-à-dire à ceux qui sont dotés du vrai sens du beau – de venir, pour les voler, dans le Kunstmuseum avant le 27 septembre de l’an de grâce 2009. Car, comme disait un écrivain nietzschéen du siècle passé : le meilleur compliment que l’on puisse faire à un objet, c’est de le dérober…

Une réponse à l'article : Bâle et la décadence de l’art européen

  1. Benoit Landais

    13/08/2009

    Toute forme de critique de l’actuelle exposition bâloise est recevable, mais une doit primer, celle portant sur l’authenticité des oeuvres. Sept des soixante-dix toiles retenues sont des intruses. La toile d’appel, une « Moisson est comme » le « Jardin de Daubigny » ou celui d’Auvers de la main du peintre Emile Schuffenecker. Avec Hanspeter Born, nous avons pris le soin d’examiner la question de cette copie du Jardin de Daubigny . http://www.echtzeit.ch/downloads/ez_29_pressetext_f.pdf Faut-il voir un lien entre le silence de la presse suisse et les placards loués par les organisateurs ?

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