Des sociétés de pensée à la radicalisation gauchiste

Posté le janvier 26, 2012, 12:00
7 mins

Les éditions du Trident viennent de rééditer cet excellent ouvrage d’Augustin Cochin sur les sociétés de pensée. Fauché par la Grande Guerre, Augustin Cochin n’a malheureusement pas pu poursuivre une oeuvre qui s’annonçait prometteuse. Mais il a profondément renouvelé notre connaissance de l’histoire de la Révolution.

Or, cette histoire, c’est aussi ce qui nous permet de comprendre la démocratie moderne et la domination de la gauche sur nos esprits. Avant Cochin, il existait, en gros, deux lectures des événements révolutionnaires : la droite y voyait l’application d’un vaste plan prévu de longue date dans les loges maçonniques ; la gauche y discernait le souffle de liberté qui avait soulevé les masses populaires contre la « féodalité ».

Sans rien nier de ce que ces deux lectures peuvent avoir de juste, Augustin Cochin a choisi un autre angle : il a voulu comprendre les motifs de la radicalisation rapide des dirigeants de la Révolution.

Et ces motifs, il les a très vite aperçus dans l’apprentissage, bien avant 1789, des méthodes d’épuration (non sanglante, celles- là !) des loges et des salons.

Comment se fait-il que les véritables élites du XVIIIe siècle aient été systématiquement éliminées des lieux où se faisait l’opinion publique ?

Cochin répond à cette question décisive en montrant que, précisément, les élites étaient occupées ailleurs, et qu’elles étaient suffisamment en charge des affaires réelles (publiques et privées) pour savoir que les solutions préconisées par les « philosophes » étaient impraticables et pour hausser les épaules devant les exposés de société utopiste ou les projets de paix perpétuelle qui fleurissaient alors…

Cependant, il suffit d’imaginer la scène une minute pour comprendre que le bon sens et l’expérience étaient systématiquement inférieurs, devant ce tribunal absurde de l’opinion publique, aux beaux parleurs. Un homme qui aurait contesté les funestes projets politiques de certains encyclopédistes voyait instantanément une centaine de plumitifs le vouer à l’exécration, pour flatter les rois des salons et ceux qui avaient le pouvoir de les faire progresser dans la hiérarchie parallèle des loges maçonniques.

En d’autres termes, à côté de la hiérarchie naturelle de toute société, où les meilleurs donnent le ton, chacun dans sa spécialité, s’est créée progressivement, tout au long du XVIIIe siècle, une hiérarchie parallèle, dans laquelle ce qui comptait, c’était le mot d’esprit assassin ou le projet le plus fumeux, flattant les oreilles et les esprits des « salonnards »… Ainsi les élites réelles ont-elles été progressivement chassées des loges et des salons. Ainsi ont-elles perdu la bataille de l’opinion publique bien avant 1789.

Et cette habitude d’épuration au profit des beaux parleurs et des rêveurs a perduré. Mais, avec la Révolution, cette hiérarchie parallèle a brutalement été investie du pouvoir politique, et donc de la faculté d’épurer physiquement.

D’où cette fascination pour la Terreur, permettant de remplacer les « vraies gens » et le « pays réel », par des citoyens rêvés dans les clubs et par une pure utopie. Le problème, c’est que, contrairement à ce qu’a prétendu Napoléon, la Révolution n’est pas terminée. On trouve toujours plus radical que soi et meilleur bonimenteur.

Et c’est ainsi que la France n’a pas cessé, depuis 1789, de courir toujours plus à gauche. Je suis, au passage, toujours sidéré d’entendre les médias s’inquiéter d’une « droitisation » des Français. Ce qui me frappe, personnellement, c’est plutôt la « gauchisation ». Ce que l’on appelle aujourd’hui l’extrême droite aurait figuré à la gauche de l’hémicycle à la fin du XIXe siècle. Tandis que les idées socialistes, jadis cantonnées à un tout petit groupe d’extrémistes, sont maintenant partagées par la quasi totalité de la classe politique.

En lisant ce petit livre d’Augustin Cochin, on comprend mieux les mécanismes sectaires de la gauche contemporaine. Et on mesure l’énorme travail qui nous reste à accomplir pour que les élites réelles – et donc réellement capables de nous conduire hors du gouffre – remplacent les adorateurs des nuées révolutionnaires…

222 pages – 20 €
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4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19
(+ 5,50 € de port)

2 réponses à l'article : Des sociétés de pensée à la radicalisation gauchiste

  1. WatsonCorsica

    28/01/2012

    C’est un peu hâtif comme conclusion et plus compliqué que celà…

    C’est en fait la vieille tradition monarchiste française qui a laissé la gauche âgir par incapacité à se reconvertir dans l’industrie et par haine de la modernité.

    voir le retard de la France sur l’italie dans les années 60.

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  2. GEORGES LAURANCEAU

    27/01/2012

    Les Socialistes,  admirateurs de Robespierre, le fossoyeur de la Révolution, ont proclamés à son de trompes qu’ils " marchaient vers le Progrès ".

    En réalité  leure Doctrine est strictement incompatible avec les Idéaux Républicains de Liberté, Sécurité des pesrsonnes et  biens, Propriété.

    Que la société française  se soit "gauchit "  montre que la République s’éloigne et que , par conséquent la Tyranie se raproche.

    Aux Armes Citoyens !

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