Hitler, le Point et le général de Gaulle

Posté le février 27, 2012, 12:00
10 mins

« Souhaitons qu’il ne soit pas mort, qu’on ait encore une chance de rigoler un peu »

L’auteur de cette phrase familière prononcée en 1947 est le général De Gaulle ; son sujet est Hitler. Dans son édition du 17 février dernier, le journal Le Point, qui s’honore des signatures prestigieuses de BHL ou FOG, sans compter SLK et VHS, fait mention d’un fils que le caporal bohémien, comme disait le maréchal Hindenburg, aurait eu dans une tranchée française au cours du premier conflit mondial. Cette poudre témoigne assez bien de l’affaiblissement de la presse actuelle, écrasé par le people, les puissances qui la financent et la nullité intellectuelle de son personnel (mon vieil ami Jean-Edern Hallier parlait déjà de la sous-culture journalistique). Pour le coup, et grâce au docteur Plouvier et à son excellente biographie en six volumes, publiée chez Dualpha, je me suis repenché sur les rapports du monstre officiel de l’histoire et de notre dernier grand personnage historique, qui finirait aujourd’hui devant les juges pour tant de phrases politiquement incorrectes et tant de vision archaïque et dépassée du monde et de l’histoire.

Je citerai le général, lui laissant la responsabilité de ses paroles ! Sur la fin si théâtrale d’Hitler, voici ce qu’il écrivait, en 1959, de son grand style enflammé, si proche de celui de son modèle Chateaubriand :

« C’est le suicide, non la trahison, qui mettait fin à l’entreprise d’Hitler. Lui-même l’avait incarnée. Il la terminait lui-même. Pour n’être point enchaîné, Prométhée se jetait au gouffre. Cet homme, parti de rien, s’était offert à l’Allemagne au moment où elle éprouvait le désir d’un amant nouveau. Lasse de l’empereur tombé, des généraux vaincus, des politiciens dérisoires, elle s’était donnée au passant inconnu qui représentait l’aventure, promettait la domination, et dont la voix passionnée remuait ses instincts secrets… L’Allemagne, séduite au plus profond d’elle-même, suivit son Führer d’un élan. Jusqu’à la fin, elle lui fut soumise, le servant de plus d’efforts qu’aucun peuple, jamais, n’en offrit à aucun chef ».

En 1945, Henri de Kerillis avait défini le gaullisme comme un national-socialisme dans le camp des vainqueurs ! Comme cette formule lui coûterait cher aujourd’hui ! Elle n’est certes pas très exacte, même si elle reflète la secrète fascination et même la secrète admiration de De Gaulle. Qu’on en juge :

« L’entreprise d’Hitler fut surhumaine et inhumaine. Il la soutint sans répit. Jusqu’aux dernières heures d’agonie au fond du Bunker berlinois, il demeura indiscuté, inflexible, impitoyable, comme il l’avait été dans les jours les plus éclatants. Pour la sombre grandeur de son combat et de sa mémoire, il avait choisi de ne jamais hésiter, transiger ou reculer. Le Titan qui s’efforce à soulever le monde ne saurait fléchir ni s’adoucir. Mais, vaincu, écrasé, peut-être redevient-il un homme, juste le temps d’une larme secrète, au moment où tout finit »…

La lettre d’Himmler

Je laisse Bernard Plouvier commenter : « jamais, l’on n’écrivitmieux ni plus justement sur le destin d’AH. On saisit l’ampleur dece qui sépare De Gaulle de la plupart de ses contemporains. »

Sur l’exécution de Keitel et de Jodl, alors qu’on avait tout de même signé l’armistice avec Keitel, le Général déclara : « C’était une erreur deles pendre comme de vulgaires criminels. Il fallait les exécuter avecdes armes de guerre. C’est une vilenie de plus à l’actif des démocraties. »

De Gaulle parlait bien sûr des démocraties anglo-saxonnes auxquelles il montra tant de juste mépris plus tard. Il déclara d’ailleurs sur Churchill :

« Toute sa vie, il a fait des affaires avec le diable. C’est la méchanceté et l’alcool qui le conservent. »

Je termine par la fameuse lettre d’Himmler tant ignorée de ceux qui s’estiment les gérants de la mémoire du Général – qui pourtant la publie dans ses mémoires de guerre. Elle n’est pas piquée des vers (sic) non plus, annonçant notre couple franco-allemand, qui, bon an mal, tient bon depuis cinquante ans, et qu’on voudrait abattre maintenant. C’est même un des documents les plus extraordinaires du siècle écoulé.

« A moi-même, Himmler fait parvenir officieusement un mémoire qui laisse apparaître la ruse sous la détresse. "C’est entendu ! Vous avez gagné", reconnaît le document. "Quand on sait d’où vous êtes parti, on doit, général de Gaulle, vous tirer très bas son chapeau… Mais maintenant, qu’allez-vous faire ? Vous en remettre aux Anglo-Saxons ? Ils vous traiteront en satellite et vous feront perdre l’honneur. Vous associer aux Soviets ? Ils soumettront la France à leur loi et vous liquideront vous-mêmes… En vérité, le seul chemin qui puisse mener votre peuple à la grandeur et à l’indépendance, c’est celui de l’entente avec l’Allemagne vaincue. Proclamez-le tout de suite ! Entrez en rapport, sans délai, avec les hommes qui, dans le Reich, disposent encore d’un pouvoir de fait et veulent conduire leur pays dans une direction nouvelle… Ils y sont prêts. Ils vous le demandent… Si vous dominez l’esprit de la vengeance, si vous saisissez l’occasion que l’Histoire vous offre aujourd’hui, vous serez le plus grand homme de tous les temps. »

Et la cerise sur le gâteau, œuvre du Général et de son style impeccable : « Mise à part la flatterie dont s’orne à mon endroit ce message du bord de la tombe, il y a, sans doute, du vrai dans l’aperçu qu’il dessine. »

Voilà qui nous change en effet de la prose affairée de nos newsmagazines. Dire que la chancelière allemande va soutenir notre président post-gaulliste… mais qu’attend-on pour tempêter ?

8 réponses à l'article : Hitler, le Point et le général de Gaulle

  1. quinctius cincinnatus

    28/02/2012

    @ Jean l’Alsacien

    cherchez dans le fond secret de la bibliothèque vaticane ou bien dans celle du Congrès …
    de manière habituelle c’est en ces lieux que l’on cache ce qui ne doit pas être lu !

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  2. L' Inedit

    28/02/2012

    Dans un certain sens, De Gaulle a fait plus fort que Hitler; alors que ce dernier laisse derriere lui, a juste titre, la reputation d’ un assassin, De Gaulle, lui, malgre les mains pleines de sang de ses compatriotes ( rue d’ Isly,…etc, Bastien Thirry), est entre dans l’ histoire comme un hero qu’ il n’ a jamais ete.

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  3. Guillermo

    28/02/2012

    @ quinctius cincinnatus Non je crois que BHL la signature « prestigieuse », c’était une bien moquerie, non une éloge.

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  4. L' Inedit

    27/02/2012

    Il est troublant qu’ alors qu’ Hitler developpait l’ extermination des Juifs, le Saint Siege etait represente a Berlin par le Nonce Apostolique, Monseigneur Pacceli, futur Pape Pie XII.

    Concernant De Gaulle, en bon National Socialiste qu’ il etait, lors de ses appels pathetiques a la BBC, il n’ a jamais fait allusion aux camps de la mort.

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  5. Daniel

    27/02/2012

    Magnifique article qui concentre des informations essentielles.  Il montre la vision à long terme et le génie d’hommes par ailleurs contestables ou détestables.  Merci de nous rappeler la grandeur possible de l’humain qui n’a d’égale que sa possible bassesse.
    Evidemment, si on cherche dans notre époque les possibles génies pour tirer la civilisation vers le haut, tout est tiède. Et qui les reconnaitraient comme tels dans un système de valeurs où le fric reste la seule valeur du système? 

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  6. HansImSchnoggeLoch

    27/02/2012

    <<… par la fameuse lettre d’Himmler tant ignorée..>>
    J’ai cherché en vain cette lettre sur "Google.de" avec les mots clés suivants:"Brief von Himmler an de Gaulle". Apparemment elle n’est pas disponible sur Internet, dommage il y avait certainement d’autres choses à apprendre.
    D’autre part je regarde régulièrement les émissions concernant la 2ème guerre mondiale du Prof. Dr. Guido Knopp, historien âllemand bien connu, sur la chaine ZDF. Il n’a jamais été question de lettre de Himmler adressée à de Gaulle. Pourtant de nombreuses séances y étaient consacrées à Himmler.

    Cette lettre est-elle disponible quelque part?

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  7. quinctius cincinnatus

    27/02/2012

    B.H-L. une signature "prestigieuse " ?
    y croyez vous vraiment ?

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  8. ozone

    27/02/2012

    Le même film dédié a Méliès aurait fait quel score ?

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