Jean-Paul II : la morale et la politique

Jean-Paul II : la morale et la politique

Jamais pape n’avait joui d’une aussi colossale popularité, due à la rencontre avec la télévision d’un homme exceptionnellement doué pour séduire les foules. Encore cela n’aurait-il pas suffi. S’il était resté au Vatican, la télévision ne serait que rarement venue l’y chercher.
Il faut aux médias des évènements. Jean-Paul II a donc créé l’événement en voyageant : une centaine de voyages apostoliques. Déjà, avant lui, Paul VI en avait eu l’idée, mais la dizaine de voyages qu’il avait faits ne l’avaient pas rendu populaire pour autant : son caractère, trop sévère, n’était pas assez chaleureux.
Cependant la popularité de Jean-Paul II a quelque chose de mystérieux, puisqu’il n’a pas hésité à contrarier le grand public dans le domaine auquel il est le plus sensible, la morale. Ne lui a-t-on pas reproché, à gauche, de n’avoir rien changé à la doctrine de l’Église relative à la sexualité ?
Sans doute même, ses détracteurs ont-ils été impressionnés par son inflexibilité. S’il avait cédé, s’il avait accepté des compromissions, cela aurait certainement plu, mais ceux-là même à qui cela aurait plu l’auraient probablement moins respecté. Attendait-on de lui qu’il couvrît de son autorité un laxisme sans précédent depuis des siècles ? Était-il imaginable qu’il approuvât l’avortement ?
Sa plus grande réussite a toutefois été d’ordre politique. Servi par sa nationalité polonaise, il a joué avec beaucoup de courage un rôle décisif dans la désintégration de l’Union soviétique et dans la libération de l’Europe de l’Est.
C’est sans doute ce rôle qu’on a voulu lui faire payer en armant contre lui le Turc qui a essayé de le tuer en mai 1981. On voit que l’action politique d’un pape n’avait pas besoin du territoire des États pontificaux, disparus en 1870. Au contraire, c’est parce qu’il n’avait pas d’intérêts matériels de l’Eglise à protéger que Jean-Paul II a pu agir avec une telle efficacité.
On ne saurait dire, en revanche, qu’il ait été un pape métaphysicien.

De l’œcuménisme à l’irénisme


S’il a donné un grand élan, particulièrement à la jeunesse, cela a été grâce à des rassemblements de foules et aux mouvements affectifs qui parcouraientces foules.
La psychologie des foules est plus sommaire que celle des individus.On n’entre pas devant elles dans l’examen détaillé que requiert une connaissance profonde des questions. On peut donc se demander si l’influence spirituelle de Jean-Paul II n’est pas un peu à fleur de peau et si les discours qu’il adressait aux foules n’ont pas encouragé surtout la foi du charbonnier.
Il aimait le grandiose. On l’a qualifié d’athlète de Dieu. À lui seul, il a béatifié et canonisé plus de vénérables personnages que l’ensemble de ses prédécesseurs depuis le concile de Trente au XVIe siècle. Son but était de rendre la sainteté plus proche de nous.
Toutefois était-il souhaitable de mettre sur le même pied des saints « ordinaires » et quelques mystiques extraordinaires, tels saint François d’Assise, le curé d’Ars ou saint Jean Bosco, qui nous ont introduits aux portes du monde invisible ?
D’autre part, il s’est attaché à développer l’œcuménisme. En 1986, à l’occasion de l’année internationale de la paix, il a réuni à Assise des représentants de toutes les religions.
Quinze ans plus tard, en voyage au Kazakhstan, pays musulman où le nombre des catholiques est infime, il a déclaré qu’il respectait l’islam. Il est résulté de ces efforts des relations moins conflictuelles, au niveau officiel, entre les différentes religions. N’en est-il pas résulté aussi pour quelques-uns une certaine indifférence ?
Si toutes les religions sont bonnes, ne peut-on voir disparaître la conviction selon laquelle le christianisme est la seule vraie ?
Enfin, sa longue maladie a été une nouvelle preuve de son courage.
Au fur et à mesure que ses forces déclinaient, tandis que certains admiraient le don qu’il faisait de sa souffrance à Jésus-Christ, d’autres, pensant qu’il n’était plus en état de gouverner, murmuraient qu’il ferait mieux de démissionner. Lui a tenu jusqu’au bout et sa mort, somme toute assez rapide à partir du moment où ses fonctions ont brusquement chuté, a montré que c’était lui qui avait eu raison.
Tout le monde s’est retrouvé dans le chagrin de la perte de ce grand homme.

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Comments (3)

  • Jean-Claude Lahitte Répondre

    L’article de Pierre LASSIEUR résume bien ce que fut le règne de Jean-Paul II. Outre sa grande bonté (non dénuée de fermeté), son charisme exceptionnel et sa piété fervente, il aura été un « communiquant » hors pair. Et s’il est sans trop trop tôt, s’il est vain pour moi d’en faire le bilan, sans doute pourrait-on lui reprocher – en tant que « patron » (future saint patron ?) d’une Eglise sans cesse attaquée, sans cesse vilipendée – d’avoir fait preuve de trop d’angélisme, notamment dans sa politique oecuménique. Emporté par sa foi, il n’a pas vu, ou pas voulu voir, que, si toutes les religions monothéïstes ont bien le même Dieu, elles sont loin d’avoir la même portée universelle. A Assise, chacune des religions qui avaient été conviées par le Pape (y compris le chamanisme) ont pu se sentir l’égale du Christianisme, et même supérieure. Ou ont fait semblant de le croire et de le faire croire… De même, ses repentances (sans condition !) à répétition, non assorties d’un droit de retour ni même de justifications, ont mis le Catholicisme en état de faiblesse et même de dépendance face à une religion qui ne connaît que la force, et notamment la Loi du talion.Un exemple: qui a contraint les catholiques à se « croiser » sinon les violences (le mot est faible) répétées des musulmans à l’encontre des pélerins chrétiens qui se rendaient au Saint-Sépulchre, comme les rapines répétées des flibustiers d’El-Djezaïr devaient justifier la prise d’Alger ? Jean-Paul II aurait sans doute aussi dû mieux insister sur l’universalité de l’Eglise, et, en tout cas sur ce qui fait la force du Catholicisme face à toutes les autres religions: le christianisme prêche l’amour du prochain, mais aussi – et c’est là sa force principale – le libre-arbitre qui donne toute sa noblesse et sa grandeur à l’Homme. Je citerai à ce propos cette phrase d’un anonyme: « Si le Fils de Dieu avait écrit, il eut fallu appliquer à la lettre la loi nouvelle, et nous serions devenus esclaves des mots. » (in « Le Livre des Merveilles »). Non, les chrétiens, contrairement aux musulmans ou aux juifs de stricte obédience ne sont pas prisonniers de la Loi, ils ne sont pas SOUMIS, contrairement aux islamiques (islam=soumission à Dieu), ce qui a permis à saint Irénée de dire: « Si Dieu s’est fait homme, c’est pour que l’homme se fasse dieu ». Et, pour en terminer (provisoirement) avec Jean-Paul II, je rappellerai que, tout au long de son règne, il aura eu fort à faire avec les hiérarques de l’Eglise catholique en France qui n’auront cessé par leur veulerie, leur défaitisme (« Nous ne sommes plus en pays de chrétienté », m’avait-fait répondre l’un deux parmi les plus éminents !) et leur progressisme qu’ils confondent avec une véritable modernité de freiner des quatres fers l’action entreprise par le Pape défunt pour rendre à l’Eglise sa grandeur et son Universalité. S’il a bien mérité d’être cannonisé, c’est pour avoir souffert dans sa chair, mais aussi – et sans doute surtout – pour avoir supporté vaillamment la rebellion larvée de ces faux catholiques mitrés que sont nos évêques et toute la « clientèle » gaucho-chrétienne (je n’ose écrire là le mot catholique) qui gravite autour d’eux. Mgr Gaillot en est la partie visible, mais on retrouve le « gratin » de cette « Eglise » dans le « Michelin » des mitres, j’ai nommé le GOLIAS. Courtoisement, Jean-Claude Lahitte

    12/04/2005 à 10 h 45 min
  • Olivarus Répondre

    L’oecuménisme, clé du succès médiatique ? Je crois que tout cela est en partie orchestré par les pouvoirs occultes. La réunion de toutes les religions dans une ONU des religions avec l’Homme qui se fait Dieu est une tentation à laquelle Feu le pape Jean Paul II a peut-être cédé, au moins en partie. Ces acclamations unilatérales et universelles devant les représentants de toutes les religions considérées comme également fréquentables, me paraissent être peut-être dignes de l’Antéchrist et pour le moins suspectes. Car pour la Franc-maçonnerie universelle, une Eglise Catholique qui abandonnerait sa souveraineté sur les peuples au profit des Droits de l’Homme déifié, ne serait plus gênante. Dans le même temps Pie XII qui ne cédait rien au Monde est traîné dans la boue… Un pape Libéral sera toujours acclamé, attendez d’avoir un Pie IX et vous verrez si l’universelle adulation continuera !

    11/04/2005 à 17 h 14 min
  • Lakin Répondre

    Votre article illumine bien l’homme qu’est Karol Wojtyla, Pape Jean-Paul 11. C’est un homme choisi de Dieu, guidé par la Sainte Vierge pour entrer dans une nouvelle phase l’Eglise et l’humanité. Espèrons vivement que les jeunes suivront dans ses pas pour « ne pas avoir peur » pour faire connaître les principes fondamentaux de la réligion catholique : valeurs de la dignité de la personne, le respect profond de la vie humaine dès sa conception jusqu’à la mort, valeurs spirituelles vis à vis de la sexualité etc. d’une manière humble, en respectant les autres réligions mais en restant fidèles aux principes de l’Eglise. Oui, Jean-Paul 11 avait la conviction dans sa foi, le profil et le langage et le comportement pour mener à bien sa mission. Il n’a pas hésité à demandé pardon pour les atrocités des catholiques pendant des sièces (inquisition, croisades etc. etc.) qui faisaient honte aux fidèles du Christ. rmel

    10/04/2005 à 22 h 37 min

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