La Grèce, l’euro et le cheval de Troie

Posté le mai 03, 2010, 12:00
8 mins

Dividimus muros et moenia pandimus urbis.

Enéide, 2, v.234.

Je ne sais si nos élites ont relu Goscinny (on ne leur parlera pas de Virgile), mais on leur citera nûment le vers de l’Enéide : « Timeo Danaos et Dona ferentes », je crains les Grecs, même (surtout) s’ils apportent des cadeaux. Et on se rappellera aussi que la Grèce conquise avait conquis son farouche vainqueur…

Les Romains savaient à quoi s’en tenir sur les Grecs, et nos ancêtres aussi, qui, de Paris, Rome ou Moscou, apprirent toujours à se méfier de Byzance, de ses ors et de sa bureaucratie dissolue si semblable d’ailleurs à celle de Bruxelles.

Nous devons aux Grecs anciens beaucoup d’études barbantes, liées au préjugé snob dont parlait Herbert Spencer il y a un siècle et demi, ou au « préjugé classique » que dénonçait Guénon il y a un siècle. Car enfin, nous nous sentons comme une obligation de déférence, alors que nous devons aux Grecs l’essentiel de nos cauchemars, des mythes familiaux infects et assassins au cannibalisme des cyclopes, en passant par l’entropie démocratique ou impérialiste.

On n’a qu’à relire Thucydide pour s’en rendre compte. La démocratie – et c’est la route qu’elle prend en ce moment – n’était en aucun cas le sommet, ou l’akmè, comme dirait Aristote, de la civilisation grecque, bien plus, comme l’avait vu Platon, le prélude au déluge, pardon, à la catastrophe. La démocratie corrompue et assistée de Clisthène et de Périclès, avec ses réformes incessantes, ses guerres à la noix et son impérialisme répugnant (je pense au racket de la Ligue de Délos ou au génocide des Meleiens victimes de la real Politik athénienne).

La seule chose positive que nous aurions pu prendre des Grecs aurait pu être la science alexandrine, mais finalement nous n’en saisîmes jamais l’essence et nous restâmes durant mille ans dans les « ténèbres » du moyen âge. Pour me résumer, et sans vouloir plus provoquer qu’à l’accoutumée, je dirais que l’héritage grec est discutable, et que nous aurions fort bien pu nous passer de l’esprit de la tragédie.

Je relisais récemment l’Iliade, et je me demandais finalement pourquoi les Troyens font rentrer le cheval de Troie dans leurs murs ; car ni le twister, pardon la péripétie du meurtre du pauvre Laocoon, ni la bigoterie païenne, ni le reste n’expliquent cette erreur tragique : les Troyens veulent mourir. Du cheval de Troie au chemin de croix, il n’y a qu’un pas.

Ils veulent mourir parce qu’ils sont socialistes, que le socialisme au sens post-moderne est une culture de la mort, et que donc il faut faire rentrer le cheval dans la Cité ; tout comme il faut faire rentrer trente millions d’immigrés pour ne leur fournir aucun travail, ni aucune intégration.

Ulysse employé par Goldman Sachs

Notre Europe (relisez le mythe d’Europe chez les Grecs, il est édifiant et refroidissant) a ainsi fait rentrer dans son espace un tas de pays incapables, sous-doués, qui apprirent ensuite à vivre au-dessus de leurs moyens. Grâce à la Grèce et à ses déficits cyclopéens, grâce à Ulysse, employé par Goldman Sachs, l’euro est en train de couler, et il se pourrait bien que nous ne nous en remettions jamais. La presse socialiste crie après l’Allemagne, seul pays vertueux de la meute, et demande plus d’aide, sachant qu’il faudra ensuite l’accorder aux rentrés de la promotion socialiste des années 80, le Portugal et l’Espagne, qui virent les prix de leurs actifs immobiliers se multiplier par vingt en vingt ans, et leur industrie locale s’écrouler : là aussi, on avait goûté aux délices de Capoue.

Mais quels délices ? Personnellement, et avant l’euro, et avant la déconstruction européenne, j’avais connu la Grèce à trois euros la nuit ; aussi n’avais-je pas été étonné d’apprendre que pendant les ruineux jeux olympiques (encore une imprudente reprise du modèle…), on payait 70 euros pour un couchage en dortoir ou 400 euros pour une chambre deux étoiles. On comprend que les autochtones (encore un mot grec) aient craqué comme Crésus pour l’Europe socialiste qui leur promettait un enrichissement si facile.

Mais à force de vouloir tout transformer en or comme le roi Midas, on se retrouve sans pactole mais avec des oreilles d’âne. Et la construction européenne, aussi absurde et nulle qu’on pouvait la rêver (elle rappelle cette histoire racontée par un idiot… et qui ne signifie rien), risque bien de se terminer en tragédie. J’aurais un faible pour une tragédie d’Euripide, que je trouve plus moderne et petite-bourgeoise que ses deux grands prédécesseurs. Enfin, j’attends avec impatience la liquidation de l’euro, invention démoniaque, pour racheter du mark allemand. Nous sortirons enfin du serpent monétaire européen, qui nous étrangle depuis trente ans, comme les serpents de ce pauvre Laocoon.

et monstrum infelix sacrata sistimus arce.

Enéide, v. 245.

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7 réponses à l'article : La Grèce, l’euro et le cheval de Troie

  1. grepon

    12/05/2010

    "ça explique les appels d’Obama cette semaine"

    Oui, c’est ca.  Obama est obsede par l’extension de la mondialisation, de tout son etre, depuis le debut.  Tout le reste…"totally transform the United States of America" a ete un ecran pour son vrai projet diabolique.   D’aillieurs, bien sur que les problemes europeens vient de l’exterieur, car la social democracy-avec-etat-providence est parfait, et donc ne peut pas imploser sans quelque force maligne exterieur.

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  2. kototenta

    12/05/2010

    NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

    Sauf quand on a perdu au Quinté, là c’est de la juste vengeance !

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  3. ozone

    11/05/2010

    "J’entends à l’instant sur CNBC que Timothy. Geithner souhaite augmenter la participation financière des USA au sein du FMI pour aider la Grèce… "

    Il y a une autre lecture;

    Supposons

    La Gréce fait sauter l’euro,l’UE risque de gros pepins,peut étre méme l’implosion et…………le "cycle de Doha" tombe a l’eau,des pays séparés ne signeraient jamais tous cet engence.

    C’est leur gros truc ça,plus important que tout,c’est le "pronunciamento" du capital,aprés çà c’est vraiment foutu,alors il faut sauver l’ue a n’importe quel prix jusqua la signature,ensuite?

    Bof,,Une fois sa mission mondialisatrice achevée,l’urope se dissoudra dans le néant.

    ça explique les appels d’Obama cette semaine

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  4. aec

    06/05/2010

     

    LUTTE CONTRE L’HIPPOPHAGIE

     

    NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

     

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  5. Anonyme

    06/05/2010

    @ Grepon

    J’entends à l’instant sur CNBC que Timothy. Geithner souhaite augmenter la participation financière des USA au sein du FMI pour aider la Grèce…

    Votre gouvernement est fou !!! Il est temps que vous stoppiez les démocrates et leur folie !

    Amicalement,

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  6. Magny

    06/05/2010

    L’héritage grec est discutable : oui , oui … comme tout en ce bas monde , ou de l’art d’enfoncer les portes ouvertes …

    Le socialisme culte de la mort ? Pas directement , c’est plutôt un culte de l’infantilisme qui transforme un adulte sain en proie facile pour les prédateurs . Un monde sans guerre , un monde sans ogives nucléaires , un monde sans faim , un monde sans chômage , un monde sans inégalités , un monde sans injustice … bonne nuit les petits !

    Inexplicable que les Troyens aient fait entrer le cheval dans leurs murs ? Oui , inexplicable , comme tout ce qui est étudié les fesses sur sa chaise , avec un bon recul confortable , et bien à l’abri . L’ubris s’empara de la cité quand elle vit ses ennemis accepter sa défaite ( en apparence , mais l’homme aveuglé par ses passions voit toujours ce qu’il veut voir ) . Ce fut la fête d’une victoire fantôme autour d’un idole grosse d’une armée de glaives qui allait mêler les ténèbres avec la mort . L’héritage grec discutable ? Oui , discutons-en justement tellement il nous éclaire sur nos actuels aveuglements , toutes ses victoires tellement fantasmées , tout ce village mondial qui fête la fin de l’histoire autour du Veau d’or … 

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  7. grepon le texan

    06/05/2010

    Pour savoir pour qui sonne la cloche apres les PIIGS, il n y a que a suivre l’espace suivant, pratiquement heure par heure…

    Les etats providences europeenne vont imploser dans un ordre previsible, par des mechanismes previsibles.  Ils ne peuvent jamais payer leurs dettes, pour ne pas parler des droits acquis:

    http://www.zerohedge.com/article/cds-traders-verdict-uk-deep-shit-are-france-and-deutschland

    Reggie Middleton a ecrit plus d’une vingtaine d’articles sur l’implosion de l’euro, tous chiffre de facon professionnel.  Pour quelques sous vous pouvez avoir acces a son avis comment profiter de la situation, tres previsible, de Zeropa:

    http://boombustblog.com/

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