L’occident, le journal et le déclin de la pensée

Posté le février 20, 2012, 12:00
9 mins

Le relativisme dont on nous rebat les oreilles à droite n’est pas nouveau. A la fin du XIXème siècle les esprits lucides tirent un constat auquel les guerres mondiales ne changeront rien : l’histoire est terminée.

La presse se vante des révolutions arabes et de leurs guerres civiles qui tuent à tout-va. Cela relève de l’irresponsabilité, de la complicité de crimes et de la médiocrité intellectuelle. Cette montée de la médiocrité comme dit Novalis qui en fait le synonyme du mal absolu, est complètement liée à la presse (qui rime avec paresse et avec presse justement). Un observateur injuste mais très précis note à la Belle époque que la presse se développe avec la police de la pensée, comme aujourd’hui avec l’ordre nouveau du web et de l’informatique :

Richelieu, dont le génie a tant de rapports avec celui du prince de Bismarck, avait compris le premier le parti qu’un homme politique pouvait tirer d’une presse qu’il dirigerait et il avait encouragé Renaudot, le créateur du journal en France.

La presse fatigue l’esprit et le modifie sans cesse. La morale s’effondre donc, avec, à la Belle époque toujours, des cas comme celui du président Jules Grévy qui sera chassé comme le président Wulff aujourd’hui pour trafic de hochets (légions d’honneur). Notre observateur, toujours :

Aujourd’hui, Grévy gracie pêle-mêle, entre deux carambolages, les parricides, les empoisonneurs, les assassins de vieilles femmes et d’enfants. Il a raison. Une société qui supporte les infamies auxquelles nous assistons depuis six ans est déchue même du droit de punir.

Je trouve cette observation très juste : c’est pourquoi il est indécent, en des temps eschatologiques, de demander à la justice de faire son travail ou de jouer au dur. La presse a liquéfié l’opinion et tout relativisé au nom de l’humanitarisme, que notre auteur nomme « sympathisme », qui annonce les théories d’Audrey Hepburn dans Funny Face.

Ici nous touchons à un point que nous avons déjà indiqué et sur lequel nous aurons encore à revenir : l’affaissement incontestable de l’intelligence française, le ramollissement partiel qui se traduit à la fois par un sympathisme vague qui consiste à aimer tout le monde et par une sorte de haine envieuse qui nous pousse à nous détester entre nous. C’est le cas de certains déments qui déshéritent leurs enfants et accablent de bons procédés les étrangers.

Haïr son prochain et aimer son lointain : c’est tellement plus facile à l’époque de la télévision ! Si j’allais faire un tour dans les favelas au lieu de saluer ma vieille voisine ! Le crétinisme se répand, lui, à l’échelle industrielle. Notre auteur note toujours, en se référant à deux philosophes allemands, un marxiste et un nationaliste allemand (époque napoléonienne) :

Lassalle lui-même a constaté combien était mince le fond intellectuel de la bourgeoisie dont les opinions sont fabriquées par les gazettes. « Celui qui lit aujourd’hui son journal, écrivait-il, n’a plus besoin de penser, d’apprendre, d’étudier. Il est prêt sur tous les sujets et se considère comme les dominant tous. » Il y a soixante ans que Fichte, dans une espèce de vision prophétique qui n’omettait aucun détail, a peint ces lecteurs « qui ne lisent plus de livres, mais seulement ce que les journaux disent des livres, et à qui cette lecture narcotique finit par faire perdre toute volonté, toute intelligence, toute pensée et jusqu’à la faculté de comprendre. »

Rien de nouveau sous le soleil, comme dit l’autre. J’avais déjà cité le comte Tolstoï, qui quelques décennies avant voyait ce moule de médiocrité médiatique se répandre dans la pourtant très autoritaire Russie des tsars (qui avait aboli la peine de mort et laissa filer les bolcheviks !) dans l’ouverture magique d’Anna Karénine :

Le journal que recevait Stéphane Arcadiévitch était libéral, sans être trop avancé, et d’une tendance qui convenait à la majorité du public. Quoique Oblonsky ne s’intéressât guère ni à la science, ni aux arts, ni à la politique, il ne s’en tenait pas moins très fermement aux opinions de son journal sur toutes ces questions…

Enfin je donnerai à méditer cette belle conclusion de notre bon auteur, qui publie cette observation :

L’on peut dire que ce qui fait l’immoralité des jours actuels ce n’est pas tant le nombre des coquins qui volent que le nombre des honnêtes gens qui trouvent tout simple que l’on vole.

L’Européen moyen, contribuable et taillable à merci, vient de se faire voler sans barguigner trois mille milliards par les banksters et ses gouvernements. Le Français réélira Sarkozy ou prendra Hollande faute de mieux (DSK et ses milliards). Pas d’affolement donc. Je me souviens d’une phrase, exactement la même, de Jean-François Revel propos de Tapie et de l’électeur mollasson qui aimait « la fripouille qui le dépouille » !

Je laisse notre colérique et pessimiste journaliste conclure :

Chacun a le pressentiment d’un immense écroulement et s’efforce de fixer un trait de ce qui a été, se hâte de noter ce qui demain ne sera plus qu’un souvenir.

Ces lignes sont été écrites en 1885 ; et nous sommes toujours là ! Ce qu’il a de bien avec notre système, c’est qu’il fait bien durer le plaisir de l’Apocalypse. La maladie d’Alzheimer se chargera du reste dans notre monde vieillard.

7 réponses à l'article : L’occident, le journal et le déclin de la pensée

  1. Anonyme

    22/02/2012

    Oui, sans doute… j’ai voulu faire un rapprochement entre le barbare qui ne produit pas la civilisation et qui veut simplement l’utiliser et l’intellectuel qui a la même attitude. Sans doute le rapprochement n’était-il pas heureux. Il n’empêche que ce sont les mêmes. Des chasseurs-cueilleurs à l’état de quasi-nature d’un côté et des chasseurs-cueilleurs en col blanc de l’autre. Je suis autodidacte. J’ai été tour à tour maçon, charpentier, ouvrier d’usine, moniteur d’auto-école, puis fonctionnaire. Je n’ai jamais vu autant de gens aussi incultes, inutiles et suffisants que chez les fonctionnaires… pas chez tous bien sûr, mais leur nombre est effrayant… surtout chez les gauchistes pour lesquels être efficace, productif, être utile à la collectivité, bref « servir » les autres comme le font tous les travailleurs manuels est considéré comme un genre de colonialisme, d’exploitation, de crime de lèse-majesté. Ils sont puants de snobisme et s’imaginent être très peuple parce qu’ils sont de gôôôôche ! Le gros-gros-gros, le très gros, le très-très gros problème en France, c’est le travail manuel. Il y a une espèce de snobisme ambiant en France et partout en Occident d’ailleurs qui veut que le travail manuel soit quelque chose de honteux, de rabaissant, d’immonde… quelque chose que l’on doive éviter à tout prix à ses enfants. C’est cela et uniquement cela qui plombe l’occident… LE SNOBISME. Tout le monde veut avoir des enfants brillants, très brillants, intelligents, très intelligents, doués très doués, des exceptions, des princes et des princesses à protéger de tout et à écarter absolument du reste de la population… mais voilà… ça, c’est très rare ! Le grand talent, la grande intelligence, ça ne court pas les rues. Qu’à cela ne tienne, on va faire semblant. On va vite les retirer de la circulation, pour faire croire… Pour cela tous les moyens vont être bons: diminution du niveau des études pour que tout le monde entre en Fac, création de myriades d’emplois publics bidons, piston à gogo, placards dorés pour incapables, promotions voies-de-garage, etc, etc, etc… Comment faire pour supprimer les dizaines et les dizaines de millions de SNOBS qui plombent l’Occident et qui sont prêts à tout pour que leurs princes et leurs princesses des mille et une nuits ne travaillent surtout pas de leurs mains. Berck, pas beau, vilain caca, pas-touch’ ! Ils sont même prêts pour cela à sacrifier le pays dans sa totalité. Ils sont prêts à foutre en l’air 2000 ans de civilisation, d’efforts et de souffrances, foutre en l’air une ethnie, une nation, une culture… qu’importe !… l’important pour eux c’est de paraître, paraître, paraître… c’est d’être les parents de vrais petits génies en sucre vanillé, guimauve et pâte d’amandes… l’important c’est surtout que leurs enfants ne travaillent pas de leurs mains. C’est pas du SNOBISME ça ! Plus il y aura de singes-papous et de vautours-bédouins dans le pays, moins il y aura de risque que leurs chers « sucres-d’orge » se cassent un ongle. Pour cela ils ne cessent de trompéter à tous les vents qu’on manque de main d’œuvre. C’EST FAUX, ARCHI-FAUX ! De la main d’œuvre on en a ! Il y en a plein les lycées, plein les facultés, plein les administrations, plein certains bureaux de grosses boîtes. Ni le maçon, ni le charpentier, ni le paysan n’est un con. Il y a toujours des impondérables, toujours des problèmes nouveaux qui se présentent dans une journée de travail, quelle qu’elle soit. Problèmes pour lesquels le simple savoir-faire ne suffit pas. Il faut aussi à ce moment-là une belle dose de patience, d’observation, d’ingéniosité, de créativité, bref d’intelligence dont la plupart de nos « intellos » et nos « barbares » sont dépourvus. Il faut à tout prix revaloriser le travail manuel. Revaloriser le travail manuel c’est redonner fierté et amour-propre à nos jeunes. Ils se sentiront enfin utiles. Il y aura sans doute moins de riches, moins de très riches, moins de très-très riches, moins de super-hyper-riches, moins de supers-hypers-mégas riches… mais il y aura aussi moins de fainéants, moins de PENSEURS, moins de déboussolés, moins de gauchistes, moins de dépressions et moins de suicides. On n’a pas besoin de tous ces bédouins et ces aborigènes qui viennent faire éclater notre cohésion sociale. De plus, leurs enfants ne sont pas « bêtes » au point de ne pas s’apercevoir des immenses privilèges de nos enfants qui peuplent les garderies pour fils à papa que sont devenus lycées, collèges, facultés et administrations-bidons. LEURS enfants ont en permanence sous les yeux l’exemple de l’incompétence, de la paresse et de l’inutilité de NOS enfants… pas de tous, mais de la majeure partie… bel exemple ! Comment voulez-vous qu’ils n’aient pas envie de rien foutre eux aussi et que de temps en temps ils ne soient pas enragés ! Tant qu’on fera venir des papous pour éviter à nos fifils et à nos fifilles de salir leurs petites mimines, on aura de gros, de gros-gros problèmes, de très gros problèmes. La solution est tout simplement d’avoir un peu de considération pour le travail manuel. C’est LA solution. L’UNIQUE solution. Il n’y en a pas d’autres puisque tous nos problèmes viennent de là: DU TRAVAIL MANUEL ! Mais aura-t-on le courage de ne plus « planquer » d’urgence nos enfants et de les faire ENFIN travailler de leurs mains. Bac + ceci, bac + cela… arrêtons un peu ! On sait très bien que tous ne sont pas des génies ou des foudres d’intelligence ou de talent… eux-mêmes le savent. Non seulement on ne leur rend pas service, mais on ne rend pas service à la Nation. Il faut que les examens redeviennent ce qu’ils étaient : des barrages pour filtrer les meilleurs et qu’ils cessent d’être ce qu’ils sont aujourd’hui : des tremplins pour les médiocres. Si on arrive à faire accepter à tous nos SNOBS, sans trop les effaroucher, que leur fils n’est pas un super-cerveau et n’a pas non plus un grand talent… bref qu’il est normal… et que le travail manuel a une certaine noblesse, contrairement aux postes-bidons, ils cesseront alors de tout faire pour le planquer et d’en faire un parasite de plus. Le problème de la main-d’œuvre allogène qui… appelons un chat un chat… nous désidentifie et nous tire vers le bas, sera alors vite résolu. Bon vent ! Et retour à l’envoyeur ! Mais il va d’abord falloir botter les fesses de nos snobs qui mènent la barque: la majeure partie des avocats, juges, chirurgiens, professeurs, docteurs, officiers supérieurs, chefs d’entreprises, hauts fonctionnaires, maires, députés, sénateurs, ministres et jusqu’au chef de l’État, pour qu’ils finissent enfin par admettre que leurs enfants sont ordinaires, normaux, bref qu’ils sont comme tout un chacun, et que: ils doivent participer à la construction du monde dans lequel ils vivent, même manuellement. C’est un devoir, et ce n’est pas si terrible que ça. Ils ne s’en porteront que mieux. Le Snobisme… c’est vraiment le mal du siècle !…

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  2. BORGAL

    21/02/2012

     

    Dites-moi l’anonyme "Net.co", où donc avez-vous été la pêcher votre philosophie  "manualiste"   ?

    Dans un kit d’initiation pour maçon débutant …..   ?

    Ou chez MAO DZE DOUNG  ?   ????

    LE BARBARE n’est pas celui qui rêve d’être et de rester comme vous dites "spectateur" (= dites-vous l’intellectuel )…..  ainsi donc le Barbare, c’est l’intellectuel (??!)……..

    Le Barbare rêve tout simplement de monter sur la scène (contrairement à ce que vous prétendez), et de S’EMPARER DES OUTILS que d’autres ont créés avant lui …………….. c’est juste avant qu’il ne prétende que c’est LUI qui a inventé les outils en question  !  ! (la situation est donc bien plus grave que tout ce que vous pouvez imaginer)

    Cordialement

    Borgal

     

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  3. Jaures

    21/02/2012

    Erratum: il fallait lire bien sûr après la victoire de Napoléon, non sa chute. Pardonnez ce lapsus calami.

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  4. Jaures

    21/02/2012

    Effectivement, tout cela est un air connu. Hegel pensait déjà que la chute de Napoléon marquait la fin de l’Histoire. Saint-Augustin stigmatisait les jeunes qui, selon lui ne savaient plus apprendre "ni respecter leurs maîtres".
    De fait, aujourd’hui on se plaint que nos enfants préfèrent l’ordinateur plutôt que regarder la télé en famille. Nos parents se lamentaient que nous préférions la télé au cinéma. Quand le cinéma apparut, on critiquait les jeunes qui ne lisaient plus. Mais quand le livre se diffusa largement’ on se désola qu’il remplace les contes et les prières.
    Cessons d’annoncer la décadence et l’Apocalypse. Ce sont là les fantasmes de gens qui ne veulent pas se voir vieillir et qui souhaiteraient tant que le monde s’achève au moment précis où on les enterre.

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  5. Daniel

    20/02/2012

    Lire c’est 80 % du cerveau qui est actif, quand regarder la télé en occupe 20%. Encore faut-il discerner le vrai du faux également dans les livres. Pensons aux rémunérés de l’Education Nationale qui savent lire les mots mais n’intègrent pas leur sens humain, jusqu’aux politiciens qui  font du mensonge une qualité (dont une forte proportion d’enseignants et autres fonctionnaires: à quand les quotas?)
    On peut apprendre surtout si on aime apprendre et encore mieux si on aime la vérité …( et surtout pas 4 vérités à la fois puisqu’au moins 3 risquent d’être des mensonges ou des erreurs!…).  
    L’évolution positive globale des humains passe par des creux de vagues qui paraissent désespérants pour l’espèce si on a le nez sur le guidon. Compte tenu des immenses changements qui sont en train de survenir dans le monde entier, il est probable que le creux de vague n’est pas suffisamment atteint pour la prise de conscience qui s’annonce.

    Les seuls sujets importants et communs ne sont pas les "mauvais" choix de ceux qui sont différents. Ce sont les choix de société qui permettent de vivre ensemble dans des conditions de respect général .
     

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  6. Anonyme

    20/02/2012

    Tout cela est très vrai Nicolas, mais le gros, l’immense problème de notre civilisation comme d’ailleurs celui de toutes les civilisations est celui de la perte de notre « manualité ». Ne cherchons pas midi à 14heures : une civilisation n’est rien d’autre qu’une multitude d’outils conçus, inventés et créés et leur utilisation bien entendu. La civilisation égyptienne c’était des dizaines de milliers d’outils, la civilisation grecque et romaine c’était des centaines de milliers d’outils, quant à la civilisation occidentale, ce sont des millions. Les barbares de l’Egypte ancienne accouraient en Egypte pour posséder ces outils, ceux de la Grèce ou de Rome accouraient aussi en Grèce ou à Rome pour la même raison… posséder ces outils. Les barbares sont de simples spectateurs de la civilisation. Tout ce qui les intéresse c’est voir le spectacle. Ils n’ont absolument aucune idée, aucune conscience du pourquoi et du comment du décor, de la scène, des coulisses, du texte, des rôles, et des répétitions… mais ils veulent voir la pièce… ils l’exigent. Ils estiment que leur place est dans la salle et pas sur scène. Si l’on veut les faire descendre sur scène ils se révoltent, c’est un crime de lèse-majesté. D’ailleurs les rares qui acceptent se révèlent très vite incapables de reprendre les rôles et abîment tant la pièce qu’elle finit par ne plus être jouée. Malheureusement, il n’y a pas que les barbares qui sont spectateurs. Il y a aussi les intellectuels, au sein même de la civilisation… tous ceux qui trouvent normal que leur assiette soit pleine tous les jours, que leur voiture démarre au quart de tour, que les routes soit belles, que les paysages soient propres et beaux, que l’eau coule quand ils tournent un robinet, que la lumière s’allume quand ils actionnent un interrupteur, qu’un cachet leur fasse passer le mal à la tête, qu’un chirurgien les opère, qu’une infirmière les soigne, qu’un policier ou un soldat les protège… pour eux tout est normal. Leur télévision, leur ordinateur, leur téléphone portable, l’avion, le bus, le train, la voiture ou le métro qui passe, leur brosse à dent, leur papier hygiénique, leurs chaussures, leur montre ou leur slip… tout est normal. L’intello, c’est-à-dire le spectateur de la civilisation est quelqu’un de cultivé ou pas mais pour qui le monde matériel dans lequel il vit va de soi. Pour lui, comme pour le barbare ce monde lui est dû, le plus naturellement du monde. Et comme en général le spectateur est un brave type et qu’il est très fier de raconter à tous les vents la pièce qu’il a vue et qu’on joue tous les jours sous ses yeux… il invite l’humanité entière à venir assister au fabuleux spectacle. La troupe de théâtre est fatiguée et vieillissante. Elle demande de l’aide mais personne ne veut s’abaisser à descendre sur scène, sauf quelques curieux sans grand talent. Alors, plus personne ne conçois, n’invente, ne crée, ne produit, le spectacle est de plus en plus mauvais… il y a immensément plus de spectateurs que d’acteurs, autochtones ou étrangers, et, un jour… le rideau tombe… la civilisation s’écroule. Les intellectuels égyptiens, grecs, romains ont été les fossoyeurs de leur civilisation comme les nôtres sont les fossoyeurs de la nôtre. Il est urgent de remettre le travail manuel au rang qu’il mérite, c’est-à-dire sur un pied d’estal. Le chirurgien qui vous sauve la vie est un manuel, l’ingénieur de la NASA qui prépare sa fusée aussi, celui qui a conçu et construit votre voiture, votre appartement aussi… Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin ou le chimiste qui invente un nouveau médicament SONT des manuels… au même titre que celui qui a semé le blé, que celui qui l’a moulu et que celui qui a fabriqué votre pain… Ni les grands penseurs ni les politiciens ne vous font manger ou vous protègent. Tout ce qu’ils font c’est faciliter l’invasion du pays par des millions de spectateurs, comme eux, dont on n’a que faire. La salle est comble. Il y a trop de bruit, de tapage. On ne s’entend plus et quelques bagarres éclatent ici et là. Il est temps de revaloriser le travail manuel et de lui redonner la noblesse qu’il a toujours eue et qu’il a encore. Il est temps de vider nos universités de tous les étudiants-bidons, professeurs-bidons, chercheurs-bidons, et nos administrations de tous les fonctionnaires-bidons, tous « spectateurophiles », puis, d’en remplir nos champs, nos usines et nos chantiers… C’EST VITAL ! L’intellectuel est le cholestérol de la civilisation. Il se développe dans les voies principales à mesure qu’elle vieillit, jusqu’à les obstruer et… un jour… c’est l’infarctus.

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  7. SMALL BARTHOLDI

    20/02/2012

    L’arbre se juge à ses fruits, dit-on.

    Le demi-siècle qui précède la Grande Guerre a de quoi faire pâlir d’envie tous les Claude Guéant de la terre. Qu’on en juge : en ce court laps de temps, les Européens et Américains ont inventé l’ampoule, l’avion, la voiture,  le vélo, la moto, les chemins de fer transcontinentaux, le cinéma, le téléphone, la bande dessinée, la pellicule photo, les effets spéciaux, la science-fiction, le roman policier, le western, les plus beaux buildings new-yorkais, le Sacré-Coeur et le Trocadéro, les grands romans russes, et même les principes de la fusée spatiale. J’arrête là, je pourrais remplir dix pages. A cette époque, on réinventait chaque jour le monde, sans jamais être esclave de la technique.

    On explorait le grand nord russe ou canadien, on conquérait les deux Pôles, on escaladait les Pyrénées sans piolets ni crampons, on franchissait les Montagnes Rocheuses. On parcourait l’Afrique, l’Alaska et le Groenland. Puis on rentrait chez soi retrouver sa Pénélope.

    Les Français réinventaient la République et la Reine d’Angleterre était impératrice des Indes.

    Depuis un siècle, quoi ? Des améliorations, parfois spectaculaires. Et depuis trente ans ? Le téléphone portable, et voilà tout : c’est pour ça que tous les gamins l’ont greffé dans la main, c’est tout ce qui leur reste d’inédit dans une époque épuisée.

    Car pour le reste, nous sommes devenus un néant sans fond. Au lieu de vous enfoncer dans le nihilisme, apprenez plutôt cette époque bénie à vos enfants. En ce temps-là, les Français n’avaient pas besoin de petites phrases de ministres pour accomplir de grandes choses.

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