Mitterrand de son propre aveu

Posté le janvier 24, 2010, 12:00
6 mins

Président de la Ve République, c’était probablement le dernier dinosaure de la IVe. Le souvenir de François Mitterrand éveille parfois, même à droite, des nostalgies : le temps qui a fui est toujours le bon vieux temps. Le livre de Pierre Bussière, Le Meilleur de Mitterrand, contradictions, piques et prédictions, rafraîchira la mémoire de ceux qui entretiennent de tels regrets.

Le Mitterrand qui apparaît au fil des citations, intelligemment replacées dans leur contexte et rapprochées par l’auteur, correspond mieux au redoutable politicien que nous avons connu et qui est en bonne partie responsable de l’actuel état de la France : cultivé, retors, matois, méchant, cynique, opportuniste, revoilà l’homme à la rose.

Voici quelques exemples, tirés du travail de Pierre Bussière. A propos de l’argent :

« L’argent, toujours l’argent. L’argent roi. L’argent qui coule de tous côtés, (…) l’argent, l’argent, partout l’argent. Eh bien moi, je préfère tendre la main aux travailleurs, plutôt qu’aux maîtres de l’argent. » (mars 1978).

En 1992, écrit Bussière, Bernard Tapie, affairiste s’il en est, entre au gouvernement :« Il représente une réussite, c’est cela qu’on lui reproche. » (juin 1992). « On ne va quand même pas l’accabler parce qu’il a réussi. » (idem).

En politique étrangère : « Un homme comme Brejnev est un homme de paix, je le crois. » (début décembre 1979) ; « Sans aucun doute. Quelques jours plus tard, le 27 décembre, l’Union soviétique de Brejnev envahit l’Afghanistan. », commente Pierre Bussière.

Sur l’immigration, en 1987 : « (…) Ce brassage perpétuel, c’est la France. (…) Lorsque l’on a la chance d’appartenir à un pays comme le nôtre et que des minorités viennent s’agréger à notre vie nationale, n’ayons pas la prétention de les dominer mais profitons de la chance de tirer de leur propre culture ce qui nous permettra d’enrichir la nôtre. » Et le 8 décembre 1989 : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. (…) La France n’est pas une terre d’immigration. »

Sur les communistes : « Ma politique d’alliance avec les communistes consiste à les faire disparaître. » (Il faut laisser le temps au temps, Presse de la Cité, 1995).

Sur la pureté : « Vous êtes purs parce que vous n’avez pas eu l’occasion de ne pas l’être. » (Convention des jeunesses socialistes, décembre 1975.)

Pour faire bonne mesure, l’auteur consacre un chapitre aux vacheries dont Mitterrand honorait ses contemporains, parfois assez jolies, comme ces jugements sur Charles Pasqua : « C’est un Fernandel triste » ; Rocard : « Il est comme du Chatterton qui se colle au veston quand on l’a décollé du doigt. » Balladur : « C’est un bourreau chinois aux lacets de soie ».

A propos de ce dernier, il prédisait : « Il trahira tout le monde comme il a trahi Chirac. Il ne le fait pas exprès vous savez. C’est plus fort que lui. Il a la trahison en lui. » Ce qui n’était d’ailleurs pas si méchant, dans la bouche d’un Mitterrand qui disait en 1993 à Jacques Attali : « Cela dit, est-ce grave de trahir ? Pas tant que ça : "Ce serait dommage que tant de trahisons ne soient pas récompensées." »

Pierre Vautrin

Pierre Bussière, Le Meilleur de Mitterrand, Ed. Grancher, 180 p., 13 €

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Une réponse à l'article : Mitterrand de son propre aveu

  1. Anonyme

    25/01/2010

    Il eut raison en tout cas de compter sur les bobos – de droite autant que de gauche – pour asseoir sa postérité sur des attitudes et des propos souvent empruntés autant à des célébrités qui l’inspiraient de toute évidence, qu’à sa propre intelligence. Magistral exemple d’opportunisme et de manipulation, voilà à quoi se réduit le grand homme.

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