À quoi servent les « machins » ?

Posté le 01 avril , 2014, 11:50
5 mins

Maintes fois, nous nous sommes interrogés sur l’utilité de l’ONU ou de l’UE, ces institutions, forcément impuissantes, mais suffisamment arrogantes pour ca­cher leur inefficacité !

Elles devaient prévenir les conflits, mais il fallait être bien naïf pour imaginer que minuscules et grands États pourraient s’unir pour imposer la paix, ou même seulement l’arrêt des combats quand ceux-ci étaient déjà engagés.

La piteuse situation de ces institutions face aux derniers développements en Ukraine donne raison à cet auteur corrosif du siècle dernier, Ambrose Bierce, selon lequel « l’ultimatum est la dernière exigence avant les concessions » !

Dans le cas d’espèce, il fallait admettre que la langue nationale est le premier ciment d’une nation et que, parfois, « les frontières sont des lignes imaginaires séparant les droits imaginaires de l’un, des droits imaginaires de l’autre » (ibidem).

Madame Carrère d’Encausse ne disait pas autre chose dernièrement sur les plateaux de télévision. Les rodomontades de MM. Hollande et Fabius, pour habituelles qu’elles soient, étaient contre productives.

Mais pouvons-nous faire le procès de ces institutions, sans faire le procès de la politique étrangère française depuis 50 ans ? De « grandes incapacités, à peine méconnues » l’ont conçue et l’entretiennent ! À la persistance des erreurs de M. Chirac et M. Sarkozy, il faut ajouter celles de M. Hollande qui va fournir des armes lourdes à l’armée libanaise, sachant pourtant qu’elles finiront dans les mains de fanatiques qui ne nous veulent aucun bien. Inutile de demander à ce président d’être obsédé par l’exemple de la Libye dont il affronte les conséquences au Mali et en Centrafrique.

Ces deux « machins », l’ONU et l’UE, ne suffisant pas, il s’en est fallu de peu qu’un nouveau soit créé : l’Union pour la Méditer­ranée ! Depuis, que « sont nos amis devenus », MM. Moubarak et Ben Ali ? Honnis aujourd’hui par nos « élites » et, en particulier, par M. Juppé, ministre il y a peu des Affaires étrangères, qui déclarait dans l’Égypte de M. Morsi (2011) : « La présentation qui est parfois faite de ce mouvement (des Frères Musulmans) mérite sans doute d’être révisée », ajoutant : « Nous nous sommes peut-être laissé intoxiquer quand on nous disait ces dernières années : “Les régimes autoritaires sont le seul rempart contre l’extrémisme”. » M. Jup­pé, nous dit-on, est encore « le meilleur d’entre nous » !

« Vers l’Orient compliqué, on ne peut voguer qu’avec des idées simples ». Ce qui se passe en Syrie nous révulse, mais n’est-ce pas justement cet Orient compliqué, là où même « Dieu ne reconnaît pas les siens », qui a calmé les ardeurs de MM. Obama et Hollande ? M. Juppé (bis repetita), qui admettant (enfin) l’inutilité de ces institutions, estimait que « se retrancher derrière le feu vert du conseil de sécurité, c’est en réalité se rendre complice de l’inaction ». Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine montre les dangers auxquels nous nous exposions avec une Syrie ayant la Russie comme alliée.

La Méditerranée est aussi le rêve de nos barons provençaux qui ont construit à grands frais la « villa de la Méditerranée » pour accueillir conférences et colloques, alors que l’utopie méditerranéenne s’achève dans la dystopie, l’utopie virant au cauchemar, quand des hordes envahissent l’enclave de Mélilla.

Tant que la diplomatie française n’aura pas éliminé son complexe irraisonné à l’égard des pays arabes, elle sera incapable de mener une politique cohérente en Orient et en Afrique. Tant qu’elle n’aura pas pris son indépendance à l’égard de l’Europe, l’indépendance d’un fils majeur, mais aimant et attentionné, son peuple grondera.

Gabriel Lévy

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Un commentaire sur : À quoi servent les « machins » ?

  1. Agathe

    9 avril 2014

    On n’arrête pas de créer des institutions internationales.
    Les anciens combattants de la guerres de 14-18, croyaient qu’elles devaient nous amener la PAIX, la fin de toutes les guerres…
    Politiciens, diplomates, gardez bien en mémoire ce que voulaient nos anciens, trop de sang a été et est encore versé.

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