Au secours du goulag cubain

Posté le janvier 07, 2015, 11:27
5 mins

Le 27 mars 2014, au Vatican, le Pape Fran­çois et Barack Obama seraient tombés d’accord sur des projets importants : mettre fin à « l’isolement » de Cuba et, dans la foulée, fermer la prison militaire américaine de Guantanamo.

De fait, le 10 décembre, Obama annonçait la fin de l’embargo américain commencé en 1961 contre Cuba.

Cuba était, jusque-là, soutenu économiquement par le Vene­zuela, qui avait pris le relais de la défunte URSS, mais qui se trouve lui-même privé de revenus par la récente baisse du prix du pétrole. Il suffisait donc d’attendre que ce fruit pourri qu’est la dictature cubaine tombe de lui-même.

Mais c’eût été sous-estimer les idéologues de gauche qui rè­gnent actuellement et blâment systématiquement l’Amérique pour tous les maux de la terre, y compris ceux des pays totalitaires. Le mensonge officiel est que Cuba est « pauvre » parce que l’Amérique l’affame par ses sanctions injustifiées. Et, pour redresser ce tort, il aura fallu la médiation du premier pape issu d’Amérique latine.

Le relativisme moral a tellement gagné nos sociétés que beaucoup seront enclins à approuver une décision présentée comme « humanitaire ». D’autres voudront y voir une libéralisation économique bienvenue qui ne pourra qu’amener un changement politique. Ils se leurrent.

La réalité nous force à plus de sobriété :

– Le Vatican s’affirme (et c’est inquiétant) comme un État d’abord politique – de gauche –, avec un pape qui semble voir le communisme comme le prolongement naturel d’une « doctrine sociale de l’Église » qui ne figure toutefois dans aucun des Évangiles. Il s’inquiète d’un « capitalisme débridé », mais jamais de la résurgence d’un socialo-communisme furieux qui n’a produit que des désastres économiques et humains. Jamais on ne l’a entendu dénoncer la dictature sanglante des frères Castro, la torture institutionnalisée, le manque total de libertés élémentaires, à commencer par celle de partir…

– On a un président américain, censé être le garant de la constitution et le défenseur du monde libre, qui passe un accord avec Raul Castro, ennemi des États-Unis (mais pas ennemi d’Obama…), pour soi-disant « normaliser » un État qui est tout, sauf normal.

Et cela, en concertation avec un État étranger, le Vatican, mais sans avoir consulté le congrès des États-Unis, tant Obama est certain que même ses opposants n’oseront pas sérieusement le contrer.

On peut d’ailleurs douter que le nouveau congrès, qui est entré en fonction le 3 janvier, fasse mieux que le précédent, puisque les chefs républicains accommodants n’ont pas été remplacés. Le soi-disant « accord historique » ne fait rien pour le peuple cubain, rien non plus pour l’Amérique, mais il va coûter cher aux contribuables américains.

– Les profiteurs seront les gros intérêts commerciaux américains (qui ne manqueront pas de remercier les politiques par leurs largesses) et les autorités cubaines qui se voient blanchies et renflouées.

L’Île continuera d’être isolée, tant que l’État policier durera. Il ne peut y avoir ni accès à l’internet, ni véritable économie de marché dans une dictature communiste type Cuba ou Corée du Nord.

Les sanctions n’ont jamais isolé Cuba, comme le prouve un tourisme de mauvais goût qui ne rapporte rien aux 11 millions de Cubains, mais elles avaient au moins l’utilité de rappeler que ce régime appartient à un « Empire du Mal » qui subsiste en divers endroits. Nous assistons à une démarche purement idéologique, qui vise à nier le mal et le bien, sinon à les inverser.

Nous sommes en pleine dystopie soixante-huitarde.

Reagan avait habilement acculé l’Union soviétique à la banqueroute, provoquant son implosion. Obama vient de faire tout le contraire : il offre une bouée de sauvetage à un régime moribond, tout en faisant table rase de son passé criminel.

Évelyne Joslain

3 réponses à l'article : Au secours du goulag cubain

  1. sécotine

    08/01/2015

    Je crois que Obama rêve s’il pense que Raul Castro va desserrer la corde autour du cou des Cubains. Preuve ? entre Noel et le jour de l’an une cinquantaine de « dissidents » ont été arrêtés.
    J’oubliais, il n’y a pas de prisonniers politiques à cuba, que des délinquants de droit commun.
    Quant à l’embargo il n’a jamais géné les caciques du pouvoirs, et les marchés triangulaires ont toujours existé.
    (j’ai été en poste à La Havane dans les années 70)

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  2. DESOYER

    08/01/2015

    Le problème est délicat.
    C’est une ânerie de fermer Guantanamo, mais d’un autre côté, il faudra bien débloquer la situation à Cuba un jour ou l’autre.

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