Comment on maquille les vérités qui dérangent

Posté le décembre 13, 2009, 12:00
8 mins

Les mathématiques sont une science exacte, dit-on ; en ce cas, les statistiques ne doivent pas faire partie des mathématiques… Les gouvernements s’arrangent avec les chiffres et les faits au mieux de leurs intérêts électoraux. D’où la nécessité de disposer d’observatoires indépendants, capables de corriger les tripatouillages du pouvoir.

Aux Etats-Unis, avec une destruction de 11 000 emplois en novembre, le taux de chômage, qui était de 10.2% le mois précédent, est redescendu à 10 %. C’est le phénomène incroyable que vient d’annoncer le Bureau du Travail. Comment une destruction d’emplois, aussi minime soit-elle à l’échelle de la nation américaine, peut-elle conduire à une régression du chômage ?

Avec 15,4 millions de chômeurs officiellement déclarés, une décrue de 0.2 % du chômage équivaut à 30 800 personnes. On en déduit qu’avec 11 000 emplois perdus le mois dernier, l’économie américaine a réussi la prouesse de remettre 30 800 personnes au travail. En poursuivant cette logique absurde, chaque emploi détruit équivaut donc à la création de trois nouveaux emplois. Tel est le miracle accompli par l’ange noir de la Maison Blanche.

Dean Baker, du Center for Economic and Policy Research, a donné une explication du phénomène. La destruction d’emplois en octobre aurait été exagérée et les statisticiens l’ont corrigé le mois suivant. Cela ne saurait restaurer la confiance de l’opinion publique.

Les statistiques du marché de l’emploi sont trop sensibles pour être confiées à une agence gouvernementale. De même, en France, l’ancien premier ministre ayant fait de l’emploi son cheval de bataille pour gagner l’élection présidentielle, les statisticiens de l’INSEE furent soumis à une rude pression de sa part pour parvenir à de bons chiffres…

Officiellement, le taux de chômage est de 10% outre-Atlantique. Mais il existe aux Etats-Unis beaucoup d’instituts de recherche indépendants qui donnent des chiffres moins lénifiants. Ainsi Alan Abelson, l’éditorialiste du Barron’s Magazine, fait-il état de 17.2% de chômeurs, si l’on veut bien inclure les gens radiés des statistiques de l’agence gouvernementale. Il y aurait 26 millions de chômeurs et non pas quinze recensés par le Bureau du Travail.

Le tripatouillage pour parvenir au résultat escompté

On se rapproche inexorablement de la Grande Dépression avec son cortège de 25% de chômeurs de la population active. A l’époque, il n’y avait pas autant de fonctionnaires qu’à présent pour «affiner» les statistiques dans le sens voulu par le gouvernement. Mais comment en irait-il autrement lorsque les élus ne s’intéressent qu’à leur réélection ?

Tout est question de paramètres, que l’on inclut ou non, pour parvenir au résultat souhaité. C’est ce que nous ont appris les messages électroniques échangés par des scientifiques à la recherche de l’improbable réchauffement climatique lié à l’activité humaine. Lorsqu’on est payé pour obtenir une preuve, aussi ténue soit-elle, on ne peut pas décevoir son commanditaire en disant qu’il n’y a aucun lien entre la cause (CO2) et l’effet (réchauffement de l’atmosphère)…

De même, en France, après l’explosion de l’usine d’azotes fertilisants à Toulouse, survenue dix jours après les attentats de New York et de Washington, le gouvernement français de l’époque avait-il écarté, d’emblée, l’hypothèse d’un attentat commis par un musulman de l’usine qui avait eu la bonne idée d’enfiler sept caleçons.

Un policier en charge de l’enquête avait eu cette phrase savoureuse : « A Paris ils veulent un accident, ce sera donc un accident ! » (1) On ne saurait être plus complaisant avec le pouvoir, même si cela va à l’encontre de la recherche de la vérité ou d’un respect minimum à l’égard des victimes et de leurs familles durement éprouvées par cette tragédie.

« Paris vaut bien une messe » avait déclaré Henri IV pour accéder au trône de France. « Les victimes de Toulouse valent bien la paix civile en France », pouvait-on conclure des déclarations précipitées d’un gouvernement affolé à l’idée que la piste islamique soit envisagée par des enquêteurs. Dans cette triste affaire, le gouvernement n’a pourtant fait que reculer le curseur d’un inévitable choc de civilisation. (2)

Bernard Martoia
  1. Marc Mennessier, AZF un silence d’Etat, éditions du Seuil

  2. (2) Samuel Huntington, The clash of civilizations, éditions Simon & Schuster

7 réponses à l'article : Comment on maquille les vérités qui dérangent

  1. Stopencore

    17/12/2009

    Quoi, quoi, quoi? Les politiques ont encore des scrupules face à leurs résultats ? Sans blagues, même les banquiers en ont moins… avec l’argent des autres en plus… alors avec des voix, ce devrait être plus simple… surtout qu’il suffit de revoter, jusqu’à obtenir le résultat escompté, dans notre démoncratie. Mais non , si j’ai tout compris, il ne faut pas que cela s’arrange, tout est plus juteux dans un big bordel… et plus personne ne se bouge. Le Chômage, c’est du tout bénef sans effets secondaires, sauf pour les banquiers lorsque plus personne ne peut rembourser les intérêts du crédit… Alors, les banquiers demandent de l’aide aux politiques, qui ne demandent qu’à assurer leurs descendances avec nos impôts, parce que nos enfants sont redevables de sommes astronomiques irrécupérables. Donc les politiques emprunts encore plus aux banques, qui demandent plus d’aides, donc plus d’impôts et quand l’inflation et la croissance ne sont plus suffisantes, certains se déclarent en faillite pour effacer l’ardoise, et tout peu recommencer. Vous préférez une bonne guerre ? Pas de problèmes, mais c’est à nos risques et périls… Franchement, ne pensez-vous pas qu’il serait temps, enfin, d’arrêter le massacre ? de grandir un petit peu plus ? Non? Eh ben continuons… d’y croire, comme les politiques, comme les banquiers, comme presque tous, mais de grâce, n’appelons pas cela science économique, merci. Les maths sont trop belles pour tricher, les hommes sont les seuls à mentir, pires, à se mentir…

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  2. HansImSchnoggeLoch

    16/12/2009

    <<On pourrait en dire autant à propos des "modèles de prédiction climatique" très en vogue en ce moment.>>
    Les modèles sont ce qu’ils sont et peuvent être perfectionnés avec de l’apprentissage et du temps. On ne peut pas en dire autant des données qui alimentent ces modèles. Le professeur Phil Jones du CRU de l’uni d’East Anglia doit en connaître un bout sur ce sujet. Mais je crains fort qu’il ne soit pas trop loquace en ce moment, d’ailleurs les données brutes ont d’après lui été perdues ce que personne n’osera douter sans risquer d’être banni en slip et sans eau dans la vallée de la mort.

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  3. isocrate

    15/12/2009

    NON!  les statistiques ne font pas partie des mathématiques. Bien sûr que non. Ce qui relève des mathématiques, c’est la théorie des probabilités qui est une approche particulière de la théorie de la mesure, Les méthodes  "stastistiques",   sont des outils de calcul qu’il convient d’utiliser en toute connaissance de cause. Point. 
     En mathématiques, "on dit ce qu’on dit,  et on ne dit pas ce qu’on ne dit pas", c’est ce qui les différencie   des autres "sciences", plus ou moins exactes.
    j’ajoute que la plupart des gens qui "font des stats" n’ont strictement aucune idée de la façon dont on les appliquent,  ni de leur validité. L’ordinateur et les programmes statistiques y incluent sont  pour eux une boite noire. Quoiqu’on y mette, il en ressort toujours un "résultat" – la plupart du temps erroné, ce qui n’empêche pas d’ergoter dessus comme si’l s’agissait d’une parole d’Evangile sous prétexte que "ça sort de la machine".
    Ainsi la quasi totalité des "résulats" statistiques obtenus par les sciences "humaines" notamment  sont totalement erronés  simplement parceque les méthodes statistiques   utilisées le sont à tort et à travers.
    Inutile de dire que toutes les actions politiques qui en découlent sont elles aussi totalement erronées.
    On pourrait en dire autant à propos des "modèles de prédiction climatique" très en vogue en ce moment.

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  4. lecteur

    15/12/2009

     

    ————————

    1

    POUR le chômage et les statistiques , toujours encore le livre excellent de feu SAUVY

    ————————- 

     

    2   idem : Mr Sarkôzy y nagy-bocsa et sa clique UMPS ne  représentent en fait que 10 % des électeurs !

        les 16 % de mrs Cohen-Bendit et Bové en 2009 , avec 60 % d’abstentions ne sont que 6 % environ

       ( tapant au clavier , je n’ai pas refait le calcul exact )

       and so …

    ————————————

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  5. HansImSchnoggeLoch

    14/12/2009

    <<Le taux trouvé est mathématiquement exacte mais les données mises en rapport sont celles du statisticien.>>
    Par exemple celles de l’insee *) si souvent citée par cet intervenant omniscient.

    *) institut national des statistiques épurées et éditées que l’univers entier envie tellement à la France.

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  6. Gérard Pierre

    14/12/2009

    Benjamin Disraeli, le talentueux chancelier de l’échiquier de la reine Victoria, avait coutume de distinguer trois types de mensonges :

    -> le mensonge crapuleux, qui consiste à dire le contraire de la vérité

    -> le mensonge par omission (…… si chère à nos compagnes, ajoutait-il)

    -> les statistiques.

    L’intérêt des statistiques est, pour ce qui est de mentir, de permettre la formule " trois en un "

    Exemple à travers l’expression du suffrage lors d’une élection de parents d’élèves dans un collège ou dans un lycée : 1200 familles sont conviées à choisir entre deux fédérations, 60 familles seulement s’expriment. 10 bulletins sont blancs ou nuls. 26 voix se portent sur la fédération "A" et 24 sur la fédération " B ".

    " A " est déclaré vainqueur par 52% des voix contre 48% à son concurrent ! …… alors qu’en réalité " A " ne représente réellement qu’à peine plus de 2% des familles ! Le mensonge statistique consiste, ici, à faire prévaloir l’absurdité du droit sur la légitimité.

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  7. Jaures

    13/12/2009

    Pour que le taux de chômage baisse avec une destruction de 11 000 emplois, il suffit d’en créer plus de  11 000 ou que la population active baisse.

    La statistique du chômage n’est pas une donnée mathématique mais de sciences humaines qui , elles, ne sont pas exactes. La statistique est un rapport entre données. Le taux trouvé est mathématiquement exacte mais les données mises en rapport sont celles du statisticien.
    La définition même du chômage est une donnée controversée, le taux de chômage est donc, lui-même, discutable.

    En fait, chaque pays utilise les différents niveaux de chômage pour sa propre communication.

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