Comprendre Poutine

Comprendre Poutine

Essayer de comprendre son adversaire vaut mieux que de l’insulter. C’est en tout cas plus efficace pour l’emporter sur lui, si on en est capable.

Vladimir Poutine – qui aura bientôt 70 ans – venait d’avoir 37 ans quand s’est écroulé le mur de Berlin (9 novembre 1989). L’officier du KGB était alors en poste à Dresde, dans l’Allemagne de l’Est de l’époque, Mikhaïl Gorbatchev étant président de l’URSS. Laquelle, deux ans plus tard, disparaissait à son tour.

On sait qu’il a gardé de cette époque, où son pays était encore l’un des deux « grands », une durable nostalgie et un vif sentiment d’humiliation. M. Poutine faisait très certainement partie de cette majorité de Soviétiques qui ne partageait pas, avec le secrétaire général de son parti, cette conviction profonde de la faillite d’un système inefficace.

On a peut-être oublié que, dans la foulée de la chute du Mur, la réunification des deux Allemagne n’avait rien de certain. L’Occident, et en particulier les Allemands de l’Ouest, ont même craint une intervention des chars russes, comme précédemment en Hongrie, en Pologne ou en Tchécoslovaquie.

C’est Helmut Kohl, et personne d’autre, qui obtint alors, pacifiquement, la réunification de l’Allemagne. Sur l’encyclopédie numérique Wikipedia, on peut lire aujourd’hui : « Il restera notamment dans l’histoire pour avoir forcé la main de Mikhaïl Gorbatchev et George Bush, les dirigeants soviétique et américain, mais aussi de ses alliés européens, comme François Mitterrand, afin que la RDA anciennement communiste rejoigne la RFA en 1990, moins d’un an après la chute du mur. »

On n’a jamais rien sans rien.

Le chancelier allemand dut mettre, profondément, la main à la poche, tandis que l’ensemble des pays de l’OTAN s’engageait, semble-t-il, à s’interdire toute extension à l’est.

On a vu que cet engagement – s’il a été pris à l’époque – n’a pas du tout été respecté. Près de la moitié des 30 pays membres de l’OTAN sont d’anciens territoires de feu le pacte de Varsovie, ou de l’Europe de l’Est ex-communiste !

Vladimir Poutine, autocrate non-communiste, qui est resté, dans sa tête, à l’heure d’une confrontation permanente est-ouest, peut considérer que sa position s’est beaucoup affaiblie. En outre, il tient pour une fable le credo répété par les membres de l’OTAN soutenant qu’il s’agirait d’un pacte défensif – mais nettement offensif en Serbie (1999), en Libye (2011) ou en Afghanistan (2021) ! Depuis longtemps, Poutine prépare donc une occasion de reprendre l’avantage sur l’Occident.

La situation en Ukraine, depuis près de 10 ans, lui a semblé être le moment attendu.

Entre 2013 et 2017, l’Ukraine est en effet passé d’une alliance de libre-échange avec les États de la CEI, dirigée par la Russie, à un traité de libre-échange, signé avec l’ensemble des 31 pays membres de l’UE ou de la CEEA, Communauté européenne de l’énergie atomique. La Russie considère donc que le gouvernement de Kiev a changé de camp depuis plusieurs années.

Dans le même temps, des territoires à la fois russophones et russophiles ont fait le choix de rester dans l’orbite russe. La Crimée a été annexée après avoir fait sécession en 2014, tandis que deux territoires du Donbass, républiques autonomes autoproclamées, sont sous les bombes de l’armée de Kiev depuis huit ans.

Les gouvernements de Kiev et celui de Moscou refusaient de se parler. Le premier bombardait les territoires sécessionnistes du Donbass, tandis que le second les alimentait en armes, pour se défendre, avant que Poutine lance son offensive, le 24 février dernier.

Essayer de comprendre ne veut pas dire approuver, bien sûr.

L’autocrate Poutine semble avoir un temps été tenté par l’instauration en Russie d’un système plus libéral – au plan économique, en tout cas.

Il a vu, comme tout le monde, la renaissance de la Chine, communiste et capitaliste. Mais sur l’échiquier politique, le parti du président Poutine n’est pas seul, le nouveau parti communiste de la fédération de Russie arrive en deuxième position. Poutine fait taire ses opposants démocrates, mais cohabite à la Douma avec ce parti communiste.

Seul Poutine sait, peut-être, quels sont ses objectifs de guerre.

Rappelons-nous qu’entre le 24 mars et le 10 juin 1999, il a fallu 78 jours aux 786 avions de L’OTAN, après 34 765 missions, pour faire plier le président Milosevic. La Russie, pro-serbe, n’est pas intervenue, officiellement. De même, l’Occident, en Ukraine…

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(5) Commentaires

  • quinctius cincinnatus Répondre

    Le conflit ukrainien vient de révéler brutalement aux autorités ( dites ) compétentes, et aux spécialistes de la Défense, que l’ Armée Française n’ était pas  » préparée  » pour un combat ( dit )  » de haute intensité  » en raison du fait que c’ est une armée programmée pour des interventions [ extérieures ] sans transports aériens de troupes en nombre suffisant faudrait il ajouter
    Comme d’ autre part nous ne fabriquons plus d’ armes personnelles ( y compris les mitrailleuses ) pas davantage que de munitions et que nous sommes ainsi entièrement dépendants de  » ressources extérieures  » nous ne pouvons pas même défendre de façon INDEPENDANTE et EFFICACE nos territoires d’ Outre Mer et leur important domaine maritime malgré un récent effort fait en faveur notre Marine de Guerre

    10/03/2022 à 14 h 29 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    Une information factuelle :
    Une information factuelle :
    lors de la conférence de  » l’ U.S.A. – Ukraine fundation qui s’ était tenue à Washington D.C. le 13 / 12 / 2013 , la Secrétaire d’ Etat Victoria Noland avait révélé que CINQ milliards d’ U.S. $ avaient été dépensés  » pour  » l’ Ukraine [ par le Gouvernement américain ] depuis 1991 sans en donner la destination  » … donc dès la chute de l’ U.R.S.S les E.U. avaient bien l’ intention de faire de l’ Ukraine une  » colonie  » américaine et Zelenski est simplement le dernier pion américain dans la parie d’ échec entre les U.S.A. et la Fédération de Russie
    Pour mémoire rappelons que l’ Ukraine a un P.I.B. par personne trois fois inférieur à celui russe et qu’ elle est classée au 130 ième rang ( sur 180 ) dans la lutte contre la corruption
    il est alors fort possible que cet argent soit allé en grande partie dans la poche des oligarques mafieux ukrainiens et qu’ ils aient servi à la  » Révolution Orange « 

    10/03/2022 à 10 h 15 min
  • Laure Tograf Répondre

    Comme disait un viel oncle : il n’y a pas a tortiller du Q pour chier droit.
    Les interrogations perpétuelles et contradictoires qui fusent de partout concernant la motivation de Poutine, les avis des experts de l’expertise (comme il y eu et a encore des professionnels de la profession au cinoche),; tout cela alimentant les machines a baver – et accessoirement le beurre dans les épinards, à coup de cachets, de zigotos comme « l’espion-colonel KGB » qui ne peut s’empêcher d’ouvrir sa gueule quand les autres parlent –
    Prenez une carte de la région comprenant la Russie et tous les ex républiques soviétiques d’avant 1989. Voyez celles qui ont été captées par l’Otan – autant dire les US – Presque toutes en dépit des assurances mensongères US de ne pas le faire. Maintenant c’est fait et il est probable que des missiles y soient installés en direction de Moscou. La Russie est encerclée. La marionnette US ukrainienne beugle pour avoir lui aussi son Otan et ce qui ira avec, nous traitant de mauvais cons pour ne pas nous faire atomiser à sa place.
    Il est assez logique de se mettre dans la peau de Poutine qui n’entend pas se faire « sepukku » ni revoir la Russie raillée de partout comme au temps de cet ivrogne d’Eltsine lachant tout au « pompé » rigolard, Clinton, tandis que les crapules dépouillaient le pays.
    Macron va profiter de la situation, c’est sur. Mais, pour lui, le moyen avenir et beaucoup moins sur : quand les peureuses cesseront leur cirque et que le peuple français sera affamé, jupiter aura surement très envie de »prendre son pied la route », comme on disait jadis, pour se tirer vite fait en laissant la merde aux gueux

    10/03/2022 à 1 h 20 min
    • quinctius cincinnatus Répondre

      Célinien le vieil oncle

      10/03/2022 à 14 h 37 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    Peut être que Vladimir Poutine a jugé tout simplement que PLUS tard ce serait TROP tard !
    Guy Millière est bien silencieux ces temps derniers

    09/03/2022 à 18 h 23 min

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