Dangereuses illusions africaines de Macron

Posté le janvier 16, 2018, 5:14
16 mins

Le Président de la République Emmanuel Macron a effectué un voyage en Afrique, les 28 et 29 novembre derniers.

Il a eu raison de se rendre en Afrique et de souligner l’importance de ce continent, pour son propre développement, mais aussi au regard des enjeux géostratégiques qu’il représente pour la France et l’Europe.

Coutumier des discours-fleuves, le Président Macron a abordé de très nombreux sujets : de la colonisation à l’aide au développement, en passant l’extrémisme religieux ou la démographie.

Sur chacun de ces sujets, il a adopté des positions tranchées, parfois excessives, qui risquent de se révéler à l’avenir autant de pièges diplomatiques, du fait de leur caractère irréaliste.

C’est ainsi qu’il commet une faute en flattant l’opinion publique des Africains par sa déclaration : « Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes du colonialisme sont incontestables. »

Assimiler le colonialisme à un crime contre l’humanité, c’est pratiquer le révisionnisme historique, mais c’est surtout alimenter la haine des esprits revanchards animés par un racisme anti-blanc.

De tels propos ne sont pas de nature à apaiser les relations franco-africaines, bien au contraire.

De plus, le Président de la République, en attaquant l’aide publique française au développement qui irait trop peu sur le terrain, passe par pertes et profits le travail de dizaines de milliers de coopérants français qui n’ont ménagé ni leur peine ni leur passion pour éduquer, soigner, former des générations de cadres africains.

Lancer un appel pour faire barrage à l’extrémisme religieux est certes louable, mais illusoire pour combattre le prosélytisme intégriste musulman. Ce n’est pas le genre de discours qui peut être compris par des fanatiques.

En matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, comment ne pas également être étonné du coup de chapeau donné au Rwanda ? Rappelons que le Président du Rwanda a du sang français sur les mains, qu’il a joué les apprentis sorciers dans le déclenchement du génocide au Rwanda en 1994 en donnant l’ordre d’abattre l’avion du Président Juvénal Habyarimana. Il vient d’ailleurs de commander à un cabinet américain d’avocats une étude sur les responsabilités françaises dans le génocide, afin d’occuper le terrain médiatique et de créer un écran de fumée pour masquer ses propres responsabilités.

Il s’agit là d’une faute qui s’inscrit dans les bons gestes du ministère des Affaires étrangères mais qui resteront vains. Ce n’est pas acceptable !

Une autre faute, tout aussi impardonnable, est de prôner le retour des œuvres d’art et d’affirmer sans ambages : « Je veux que d’ici 5 ans, les conditions soient réunies pour la restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain en Afrique »
C’est ouvrir une boîte de Pandore, alimenter une querelle culturelle d’autant plus inutile et dangereuse que l’art africain est un ambassadeur sans pareil pour ouvrir les jeunes Français au monde de l’Afrique.

Saluons, cependant, la vieille idée, déjà mise en œuvre, de visas spécifiques qui permettent des allers et retours entre la France et l’Afrique pour de jeunes Africains formés en France et qui, par leurs créations d’entreprises, concourent à la production de richesses profitables à l’Afrique et à la France.

De la même manière, souligner que le français est une langue tout autant africaine que française est une conversion inattendue d’Emmanuel Macron qui s’était adressé en « globish » à l’université de Berlin. Acceptons l’augure de sa conversion et saluons donc sa promotion de la francophonie.

Toutefois, le Président Macron est bien discret sur le défi majeur que constitue la croissance démographique de ce continent dont l’explosion provoquera de multiples tensions.

Il s’agit, certes, d’un sujet délicat qui touche à la religion, à la culture, mais il doit faire l’objet d’une priorité des programmes de coopération. À défaut, l’Afri­que court à la catastrophe et ses répercussions s’étendront jusqu’aux pays européens.

En somme, trop d’illusions gouvernent la vision présidentielle de la politique africaine, comme le fameux engagement, répété à l’envi mais jamais tenu, de porter à 0,55 % du revenu national brut l’aide publique au développement. Il est vrai que les promesses ne valent que pour ceux qui les reçoivent.

Trop de romantisme imprègne le discours du Président ; le retour de bâton des désillusions est certain.

 

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8 réponses à l'article : Dangereuses illusions africaines de Macron

  1. BRENUS

    25 janvier 2018

    Il n’y a rien a comprendre a l’Afrique. Elle est telle qu’elle est avec ses points forts et ses points faibles et c’est toujours une erreur de vouloir juger les pays africains à l’aune de la mentalité européenne. Dans le monde moderne, beaucoup de pays d’AFRIQUE sont principalement handicapés par a) une prolifération lapinesque de la population, b) l’équation insoluble de vouloir vivre avec tous les atouts et moyens de la modernité en conservant mordicus des coutumes qui n ‘ont souvent plus lieu d’être . En résumé ils ont une mentalité différente de la notre pour l’essentiel et peut être la leur est préférable dans leur contexte. Comme ils sont très loin d’être idiots ils savent toujours dire à un visiteur important ce qu’il a envie d’entendre, tout en pensant, selon la formule consacrée “envoyez seulement” . Quoi, mais du fric mon bon. Eventuellement quelques infrastructures comme le métro d’Abidjan casqué par les toubabous, alors que le reseau francillien part en couilles un peu plus chaque jour. De la sorte, Micron vient d’accepter d’élargir le regroupement familial en France , non seulement aux enfants et parents, mais aux frères et soeurs. Pourquoi pas aux cousins de sorte que ce serait open bar pour l’Afrique entière. L’obtention de documents de famille là bas, ça s’arrange avec un petit ou gros cadeau. “TIENS MON FRERE FAIT NOUS FAIT”. D’ici a ce que nos “décideurs” se mettent à la colle avec des beautès exotiques dont certaines se qualifient de “boutique mon cul”, ça va arranger les affaires.

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    • quinctius cincinnatus

      29 janvier 2018

      la seule chose à comprendre c’ est que, ce que nous, ” européens ” appelons la ” Corruption “, est le fonctionnement normal de la société civile et donc politique africaine : un ” chef ” africain c’ est un peu comme les ” barons brigands ” de l’ an 800 ; un bon baron laisse un peu moins de 50 % de ses ” prélèvements ” et de ses ” commerces ” ( en Afrique : la drogue, les armes, l’ essence etc … ) à la population qui viendra alors lui baiser la main et le pied

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  2. quinctius cincinnatus

    18 janvier 2018

    Tintin au … Congo … qui est … l’ ogre ?

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    • quinctius cincinnatus

      18 janvier 2018

      c’ était un complément à Brenus

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  3. BRENUS

    18 janvier 2018

    L’Afrique profonde et mystérieuse…. comme disait l’autre vieux missionnaire grand amateur de moussos.

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  4. vozuti

    17 janvier 2018

    Jacques Myard est un authentique révisionniste lorsqu’il évoque le génocide du rwanda.
    il faut rappeler que Mitterrand et son ministre des affaires étrangères juppé ont aidé activement les hutus auteurs du génocide et les ont évacués vers le congo avec leur armée lorsqu’ils se sont trouvé encerclés, après 3 mois de combats, par l’armée tutsi dirigée par l’actuel président du rwanda.
    près d’1 million de tutsis ont été massacrés pendant ces 3 mois,10000 par jours !
    macron a bien raison de prendre ses distance avec ce crime abject perpétré par juppé et mitterand.
    quant à l’hypothese selon laquelle l’actuel président du rwanda aurait donné l’ordre d’abattre l’avion du Président Juvénal Habyarimana,elle s’est avérée fausse et n’était qu’une fabrication destinée à tenter de dédouaner juppé et mitterand.

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    • quinctius cincinnatus

      17 janvier 2018

      Jacques Myard est une grande gueule qui aurait tant voulu jouer son Pasqua du Nord

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  5. quinctius cincinnatus

    17 janvier 2018

    de Gaulle lui-même ne comprenait rien à l’ Afrique : il est vrai que c’ est plutôt l’ Armée d’ Afrique qui a contribué à la Libération de la France que les ” réfugiés patriotiques ” londoniens et cela ne se pardonne pas !

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