Élections britanniques et guerre culturelle

Posté le octobre 15, 2014, 10:15
6 mins

La rupture entre les élites politiques et les peuples ne fait que se confirmer partout dans les démocraties occidentales.

En Grande-Bretagne, les partis dits « de gouvernement » (con­servateurs, travaillistes et libéraux-démocrates) voient le UKIP du populiste Nigel Farage grossir à leurs dépens.

Chez les conservateurs, c’est l’hémorragie de parlementaires. Depuis 2012, ils sont déjà une douzaine à avoir quitté Came­ron : l’un d’eux, Roger Helmer, est député UKIP au Parlement européen et un autre, Douglas Carswell, vient d’être élu premier député UKIP pour Clacton-on-Sea au Parlement de West­minster.

Il devient de plus en plus difficile à l’establishment conservateur de faire peur en clamant que se compromettre avec UKIP, c’est s’assurer un réveil amer avec Ed Milliband.

Chez Ed le Rouge, justement, on se réjouirait bien de la mauvaise fortune du rival, mais force est de constater que le UKIP provoque la défection de beaucoup d’électeurs. Et, pour les Lib-Dems, les centristes censés représenter la 3e voie (cette vieille lune !) dans la coalition au pouvoir, c’est la débandade bien méritée pour avoir trahi les électeurs par des prises de position carrément socialistes.

Malgré cela, aucun des trois chefs ne fait la bonne lecture des élections de 2014 : tous se lancent dans le déni et, bien sûr, la diabolisation.

Aucun n’a l’idée de se remettre en question. Pourtant, ce n’est pas une décision facile pour un élu de quitter son parti. Et le risque est gros : se représenter sous d’autres couleurs, c’est repartir à zéro, mais c’est donc aussi la preuve d’un réel courage politique et de principes doctrinaux plus forts que les intérêts personnels. Cela, hélas, les élites aux principes flexibles du Westminster Establishment ne peuvent seulement pas l’imaginer et elles ne comprennent pas davantage que les élus qui les lâchent ne font que rejoindre l’électorat national profond qui, avec son bon sens naturel intact, n’a que faire des différences insignifiantes entre fausse droite et vraie gauche.

Cameron aura-t-il l’instinct salvateur de négocier avec Farage en vue de l’élection générale de 2015 ? La partie s’annonce en tout cas aussi prenante qu’une série télévisée à succès.

Aux États-Unis, c’est encore plus marqué. Les républicains qui pactisent avec les démocra­tes (socialistes radicaux désormais) sont vus comme partie du problème du Beltway Establish­ment (ces élites des deux partis qui s’entendent entre elles sur le dos des électeurs-contribuables), si bien que les conservateurs constitutionnels (nés du mouvement Tea Party) parlent d’une reprise en mains du parti républicain.

Espérons que les élections du 4 novembre prochain puissent déjà leur rendre la direction du Sénat et donc du Congrès.

La stratégie de la guerre froide s’applique aussi à cette guerre culturelle que les fausses droites ont peur de mener – contain and rollback : « contenir » l’administration démocrate jusqu’en 2016, puis « refouler » les outrances de la sous-culture soixante-huitarde.

En France, une « révolution con­servatrice » serait, paraît-il, en cours. Il s’agit en fait d’un rejet de la loi Taubira qui, si louable soit-il, ne peut à lui seul accomplir une vraie révolution, après les dégâts causés par 45 ans de guerre culturelle. Ce rejet pourrait-il en être le déclencheur dans un pays où Valls est décrit comme ultra-libéral, tandis que Juppé se prétend audacieux réformateur fiscal en prônant cette solution pleine d’originalité : une alliance avec le centre ?

Et puis, où est la logique ? Les élus qui manifestent contre la GPA sont aussi, pour la plupart, des exaltés d’une gouvernance européenne qui a le pouvoir d’imposer cette même GPA aux ex-États souverains…

Il serait vital d’évacuer la notion même de « centre ». Car les centristes sont essentiellement des gens de gauche qui font la chochotte. Il y a, d’un côté, les forces de la destruction et, de l’autre, le bon sens. On est dans un camp ou dans l’autre et il n’y a pas de chaise au milieu !

Évelyne Joslain

4 réponses à l'article : Élections britanniques et guerre culturelle

  1. BRENUS

    16/10/2014

    Bravo. Message clair et plein de bon sens. Heureusement que notre pays a encore de femmes de qualité, face aux pleureuses des deux (voir trois) sexes.

    Répondre
  2. DeSoyer

    16/10/2014

    Vouloir rassembler les centristes, c’est vouloir transporter des grenouilles dans une brouette.
    Cela étant, pour être efficace, il faut être de droite. Ceci posé il peut y avoir parfois des divergences soit sur les objectifs à atteindre, soit sur les moyens de les atteindre ou les deux à la fois.

    Répondre
  3. Wàng

    16/10/2014

    Excellent article, un langage clair, merci. Cela me console du publi-article pour Naboléon Bonàrien de Guy Millière, qui m’avait habitué à beaucoup mieux.

    Répondre
  4. DA85

    15/10/2014

    Toutes mes félicitations pour cette définition des Centriste:
    « Gens de gauche qui font les chochotes »
    C’est très bien trouvé et ils sont ainsi parfaitement portraiturés. de vrais faux culs.

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)