Entretien avec Evelyne Joslain : Obama contre les valeurs occidentales

Posté le juin 15, 2010, 12:00
8 mins

Votre livre sur Obama* vient d’être réédité, au moment où la réforme de santé était adoptée. Toute la presse parle d’un succès pour Obama. Cela n’infirme-t-il pas votre analyse ?
Pas du tout. Vous devez savoir qu’on ne peut pas se fier à ce que la presse raconte. C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les États-Unis. Prenez la catastrophe pétrolière dans le Golfe du Mexique. Pas un mot sur le silence d’Obama et le fait qu’il ait attendu 9 jours pour se déplacer, mais des gros titres comme : « Obama annonce que BP paiera. » BP paiera, si elle déclarée coupable, parce que c’est la loi et non parce qu’Obama est admirable de détermination ! Et pas un mot non plus sur un fait embarrassant : c’est l’administration Obama qui a signé en 2009 des dérogations aux mesures de sécurité auxquelles toutes les compagnies de forage en mer étaient tenues…

Mais la réforme de la santé n’est-elle pas tout de même un authentique succès ?

Non. D’abord, parce qu’elle a été adoptée par des tactiques législatives contestables. Le plan n’a été ni « voté », ni « adopté », mais « décrété voté ». C’est tout à fait dans l’esprit de nos leaders de l’Union européenne qui, agacés par les résultats « incorrects » des référendums, ont tous trouvé des moyens « légaux » de contourner la volonté populaire. Ensuite, parce que ces abus de pouvoir visent à déposséder le secteur privé au profit d’un État hypertrophié. Obama engage l’Amérique sur la voie des nationalisations, mais même ce « capitalisme d’État » n’est qu’une étape vers un socialisme mondial.

Ne faut-il cependant pas souhaiter à Obama de réussir à développer davantage les relations avec le reste de la planète que ne l’avait fait George Bush ?
Il ne faut souhaiter à Obama de « réussir » que si l’on souhaite cette « transformation radicale » qu’il a entreprise et qui est, en fait, une destruction méthodique de l’Amérique. Beaucoup d’Européens trouvent cela souhaitable. À tort, car l’Amérique (l’Amérique conservatrice s’entend !) reste le dernier rempart contre un effondrement du bloc occidental. Et tout ceci est basé sur la fausse prémisse que l’Amérique était haïe du fait de Bush. C’est archi-faux. Bush était effectivement haï par la « communauté internationale », mais l’Amérique était haïe bien avant lui.

Vous parlez d’une renaissance conservatrice. Pour­riez-vous nous donner des détails sur ce mouvement conservateur ?
Cette renaissance conservatrice s’affirme. On en trouve des échos dans les journaux anglais, allemands… Rien en France ! Il s’agit d’un mouvement de fond, commencé au lendemain du plan de relance d’Obama. Cette opposition spontanée s’est amplifiée au fil des ingérences étatiques.
Le mécontentement est bien plus large que l’électorat conservateur, puisqu’il comprend tous les déçus d’Obama : des indépendants et aussi des démocrates « qui n’ont pas voté pour ça ». Les protestataires se disent souvent apolitiques, mais ils vont forcément devoir élire des candidats conservateurs ou républicains. Ils n’ont jusqu’ici aucun représentant officiel, même s’ils manifestent leur enthousiasme pour quelques figures du parti républicain, comme Sarah Palin.
Les élections de novembre vont nous révéler de nouvelles personnalités. Pour le moment, la droite américaine n’a pas de candidat pour la présidentielle de 2012. L’heure est tellement grave que les think tanks conservateurs saluent la vague populiste protestataire. Pour ma part, depuis le « coup d’État législatif » appelé « réforme de la santé », je me demande si les forces de la liberté peuvent triompher. Même si l’Amérique parvient à se débarrasser de ce fléau en 2012 (c’est-à-dire si Obama ne « décrète » pas que les 12 millions d’immigrés clandestins pourront désormais voter), il est à craindre que ses fondations aient été irréversiblement ébranlées – un peu comme les fondations du christianisme dans nos démocraties décadentes…

*Évelyne Joslain
Obama
De la déconstruction de la
démocratie en Amérique

Les 4 Vérités Éditions
270 pages – 22 € (+ 5,50 € de port)
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4 Vérités-DIP
18 à 24, quai de la Marne
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3 réponses à l'article : Entretien avec Evelyne Joslain : Obama contre les valeurs occidentales

  1. Jean-Bernard Brisset

    11/04/2016

    Félicitations à Madame Evelyne Joslain pour sa prestation du lundi 11 avril sur Radio Courtoisie. Je partage entièrement sa vision politique sur les Etats-Unis. Comme elle, je comptais sur la victoire de Donald Trump mais la confrérie des George Sorros va constituer un barrage difficile à franchir. Une victoire de Trump aurait pu constituer un tsunami politique dont les vagues n’auraient pas manqué de se répandre jusqu’en Europe.

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  2. ékoulé maneng

    16/06/2010

    Je suis Camerounais et vis au Cameroun. N’aillant pas une oreille assez fine et un cerveau assez rapide pour écouter la BBC -bien que je sache lire assez bien l’anglais, je suis obligé de me rabattre sur RFI pour me tenir au fait de l’actualité internationale. Je savais depuis bien longtemps que cette chaîne désinformait régulièrement. Plusieurs fois, j’ai été agacé par l’incompétence de bon nombres de ses journalistes dans des bulletins d’information. Mais ce que vient de révéler Evelyne Joslain à propos de la catastrophe pétrolière au US me laisse dans le désarroi. Comment RFI peut-il être aussi malhonnête et dissimuler des faits compromettant pour leur idole à qui elle n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible.
    Obama yes we can va d’imposture en imposture. Cela ne me surprend pas vraiment…Vais-je reprocher à un chien d’aboyer? mais que des médias et des journalistes dans une certaine unanimité se rendent complices de son entreprise m’attriste et me révolte.  Il en est ainsi de Sébastien Stehli, journaliste au Figaro et auteur du blog hagiographique Obamazoom, qui prétend que c’est  W. Bush et Cheney qui sont responsables de la catastrophe. Je parie que ce "journaliste" se triture encore le cerveau pour trouver les raisons de la mauvaise santé de la presse écrite.
    Merci pour l’éclairage, Evélyne Joslain.

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  3. ékoulé maneng

    16/06/2010

    Je suis Camerounais et vis au Cameroun. N’aillant pas une oreille assez fine et un cerveau assez rapide pour écouter la BBC -bien que je sache lire assez bien l’anglais, je suis obligé de me rabattre sur RFI pour me tenir au fait de l’actualité internationale. Je savais depuis bien longtemps que cette chaîne désinformait régulièrement. Plusieurs fois, j’ai été agacé par l’incompétence de bon nombres de ses journalistes dans des bulletins d’information. Mais ce que vient de révéler Evelyne Joslain à propos de la catastrophe pétrolière au US me laisse dans le désarroi. Comment RFI peut-il être aussi malhonnête et dissimuler des faits compromettant pour leur idole à qui elle n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible.
    Obama yes we can va d’imposture en imposture. Cela ne me surprend pas vraiment…Vais-je reprocher à un chien d’aboyer? mais que des médias et des journalistes dans une certaine unanimité se rendent complices de son entreprise m’attriste et me révolte.  Il en est ainsi de Sébastien Stehli, journaliste au Figaro et auteur du blog hagiographique Obamazoom, qui prétend que c’est  W. Bush et Cheney qui sont responsables de la catastrophe. Je parie que ce "journaliste" se triture encore le cerveau pour trouver les raisons de la mauvaise santé de la presse écrite.
    Merci pour l’éclairage, Evélyne Joslain.

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