Fallait-il intervenir contre Kadhafi ?

Posté le mars 23, 2011, 12:00
6 mins

Vendredi 18 mars, le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a décidé de créer en Libye une zone d’exclusion aérienne, afin de désenclaver l’insurrection qui ravage le pays depuis un mois environ. Les acteurs principaux de cette décision seront les Occidentaux (États-Unis, Grande-Bretagne, France…) et quelques pays arabes comme le Qatar…

Je note quelques points ridicules ou inquiétants.

Primo. Comme toujours depuis quelques années, toute intervention militaire occidentale se doit de se cacher sous une ap­parence « humanitaire » ! Nous allons donc peut-être intervenir pour épauler de pauvres bougres désarmés aux prises avec de méchants mercenaires sous les ordres de l’horrible Kadhafi ! Ne sommes-nous pas assez mûrs pour pouvoir admettre que cette intervention devrait d’abord servir nos intérêts ? La liesse rebelle actuelle semble porter aux nues la France et son président : pouvons-nous espérer que le prochain gouvernement libyen se fera le client de nos Rafales très vite oubliés par le Guide révolutionnaire ? Plus globalement, la réaction de l’ONU a fait baisser très sensiblement le cours du baril de pétrole : une instabilité trop longue en Libye semble ainsi être un frein à nos politiques énergétiques

Secundo. Le diktat onusien exclut toute intervention terrestre. Or, tout spécialiste en matière militaire sait que des frappes aériennes peuvent être guidées par des militaires, issus le plus souvent des Forces spéciales, déployés préalablement au sol pour orienter les aéronefs sur leur cible. Agissant sous la bannière de New-York, toute présence officielle d’un combattant étranger est formellement prohibée. Les Occidentaux auront donc recours aux Services spéciaux, comme le Service Action de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Leur mort étant par définition inconnue, leur disparition possible est donc « permise » !

Tertio. Les opinions européennes sont promptes à épauler les autres, même militairement, à condition que les « bons » ne soient pas touchés. Or, qui sont les « bons » ? Les éventuelles victimes « collatérales » de nos frappes, nos pilotes qui en mission de guerre courent des risques, les combattants fidèles au Raïs dont les corps déchiquetés heurteront sans doute nos âmes sensibles… Oui, la guerre, même aérienne et « sophistiquée », est cruelle !

Quarto. Tout le monde semble découvrir maintenant le visage de l’horrible colonel Kadhafi au pouvoir depuis septembre 1969. Je rappelle que nos troupes ont combattu, directement ou par alliés interposés, les armées libyennes au Tchad pendant plus de vingt ans (1968-1972, 1978, 1983, 1986), que le dirigeant libyen a accueilli sur son territoire les hordes terroristes du monde entier comme l’IRA, l’ETA, les mouvements dissidents palestiniens, tout cela sous l’œil bienveillant de Moscou… Plusieurs fois, son existence a été mise en cause par nos dirigeants : les présidents Valéry Giscard d’Es­taing et Ronald Reagan avaient préparé une attaque visant à détruire l’appareil contenant le chef arabe… Mais le 10 mai et l’arrivée de Mitterrand aux affaires ont eu raison du projet. Cinq ans plus tard, en avril 1986, un raid aérien mené depuis la Grande-Bretagne (Mitterrand s’opposant d’ailleurs au survol de notre espace aérien) a encore visé à supprimer Kadhafi.

Quinto. Tout le monde s’accorde à dire que nos forces militaires doivent aider « le pauvre et l’orphelin » ? Mais tout le monde déclare aussi qu’il faut faire des économies et que la Défense doit faire de même. Nos concitoyens doivent savoir (et hélas, je pense qu’ils s’en moquent) que les budgets militaires européens ne cessent de décroître, et que nos pilotes, pour ne citer qu’eux, vont voir leurs heures de vols d’entraînements réduites. Et donc à plus ou moins long terme leur efficacité…

7 réponses à l'article : Fallait-il intervenir contre Kadhafi ?

  1. Anonyme

    27/03/2011

    Thanks, SAS, pour ta petite histoire. Interessante et probablement assez véridique. Si t’as tes entrées, tu ne pourrais pas m’arranger un petit rencard perso et privé avec Gaddaf? Juste pour une p’tite discussion au sujet d’UTA 772… Merci, ton Altesse, prends bien soin de toi.

    Mancney

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  2. Chris du Fier

    26/03/2011

     

    Le cheikh et nous.

    Après avoir brossé dans le sens du poil le chameau de Kadhafi à l’ Élysée tout en espérant lui faire passer nos Rafales pour des mirages, voilà que notre président et ses conseillers semblent se montrer les plus virulents de la meute pour aller virer de dessous sa tente le cheikh de Numidie. Une remake de la prise de la smala d’ Abdel Kader par le duc d’ Aumale en quelque sorte..

    Se prendrait-il pour Louis-Philippe ?… On a déjà eu Balladurian qui se prenait pour Louis XVIII et Chichi qui nous la jouait le dernier des Mérovingiens, cela suffit pour de vrais républicains.. Non ?

    Oui mais voilà !.. se rapprocher de la perfide Albion et de leurs cousins du nouveau monde pour mener à bien cette très républicaine chevauchée aérienne ne semble pas être du goût de nos nouveaux freunds et la teutonne de service à la porte de Brandebourg nous le fait savoir d’ une manière ferme et zérieuse : NEIN… Remarquez que cela vaut mieux que le Nacht Parisss qu’ ils avaient l’ habitude d’ hurler il y a encore peu de temps. !!

    Et elle n’ est pas la seule dans cette posture en Europe. Les Suisses qui ont bien plus de raisons que nous de se méfier de ce cheikh là et de son rejeton ne sont pas tentés par l’ aventure Élyséenne. Ni d’ ailleurs bon nombre d’ autres peuplades mineures du continent… Alors.. A quelle sauce allons-nous être mangés cette fois-ci ?.. Sarkozy a t-il oublié Fachoda, les plages de Dunkerque, l’ expédition de Suez et autres gracieusetés et roueries que nos partenaires anglo-saxons, tous frères en démocratie nous ont infligé ?

    Et puis franchement ! Des ‘manifestants’ enturbannés qui se baladent avec une Kalachnikov à l’ épaule et gueulant Allah o akbar sous les palmiers devraient quand même nous interpeller quant à leur désir réel de démocratie… A ce sujet, je viens d’ apprendre qu’ Al Qaida venait de se joindre à la meute sarkozienne pour tenter de virer le cheikh. Les zaméricains se rapprocheraient-ils de Ben Laden, leur ancien allié du temps de la virée des Popof en Afghanistan ? De nouveaux amis en somme. Plus on est de fous plus on rigole disaient nos anciens.

    Ils ont même été chercher la roue de secours. Remarquez qu’ elle n’ était pas bien loin, comme par hasard !. Heureusement que cette organisation existe sinon il faudrait l’ inventer. OTAN ou pas OTAN ? Allons, on veut les mêmes qui bombardaient Belgrade il n’ y a pas longtemps. Les Numides vont apprécier, autant que les Serbes..

    J’ ai comme un léger malaise lorsque je passe à la pompe pour remplir mon tracteur..Là je ne rigole plus, mais alors plus du tout. Va falloir que j’ augmente encore le prix de mes légumes. Merci monsieur le Président et les chefs de l’ UMP… Ah au fait, Dimanche prochain c’est le deuxième tour des cantonales….. J’ ai pas bien suivi cette polémique politicarde-politicienne très parisienne sur le front républicain et l’ autre front….Que faire Grand Dieu ?.. Qui choisir ?.. Il y a quand même de quoi se taper le Front sur le mur.

    Maman !.. prépare la barque et mes cannes, le lac sera calme Dimanche et la féra m’ attend..

    Allez, Arvi Pà.

    Chris du Fier Hautre Savoie, l’ autre pays de la résistance.

    24 Mars 2011

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  3. Rita Pitton

    25/03/2011

    Bonjour à tous ,
    Je vous fais un résumé  de l’excellent texte (un peu long ) de Jean Bricmont  . A l’école j’étais toujours première en  résumé .

     1) Droit d’ingérence ??? Incompatible avec la paix dans le monde et dessert les causes humanitaires qui sont des prétextes .L’impérialisme humanitaire ce n’est qu’un prétexte pour faire accepter l’intervention et ça légitime par la ruse le droit d’ingérence.

    2)  La Résolution de l’ONU a été votée à l’encontre des principes de la Charte des Nations Unies car il n’y a aucune menace extérieure dans le conflit libyen . Ill s’agit d’une insurrection armée et tous les gouvernements répriment ce type d’insurrection .

    3) On reproche les morts civils à Khadafi ???? mais que font les Israéliens à Gaza et les US en Irak , en Afghanistan ??????

    4)Le conflit libyen n’a rien d’exceptionnel : il y en a à Gaza , à Bahrein , et au Congo il y en eut  il y a quelques années où il s’agissait pourtant  d’un conflit extérieur et l’ONU n’avait rien fait pour sauver des millions de vie .

    5) Une grande caractéristique du droit  d’ingérence est donc le non -respect du droit international classique .

    6) Les pays qui sont dans la ligne de mire des US vont automatiquement renforcer leur armement . La Russie pourtant pas désarmée va renforcer son armement.Et si la Libye avait l’arme nucléaire elle n’aurait jamais été attaquée .Ex : la Corée du Nord . On créé donc des logiques de guerre  à long terme .

    7) NB   Après cette  intervention le nouveau gouvernement libyen sera évidemment prisonnier des intérêts occidentaux .

    8) Sachez qu ‘en Libye Khadafi avait accepté un cessez le feu et proposé l’envoi des observateurs internationaux . Mais les fouteurs de guerre ont rejeté cette proposition et aussi celle de médiation de Chavez  pourtant suivie de nombreux pays d’Amérique du Sud ainsi que de l’OUA . Sale guerre quand tu tiens ces impérialistes !!!

    9)Et ces  gens de gauche dans leur petit coin  n’ont RIEN compris et dénoncent  " l"horrible Alliance Bolivarienne " qui soutient Khadafi !!! Mais ces dirigeants latinos sont au pouvoir avec d’énormes responsabilités et l’ingérence des US c’est leur grand problème . Ils veulent s’émanciper à raison de la  tutelle  US .

    10) Voyez ce scénario : les peuples européens  qui voient l’Islam comme une menace voient leurs pays se battre en Cyrenaïque pour des insurgés criant "ALLAH ACKBAR " Contradictoire tout ça !!

    11) Le FN s"oppose à raison à cette guerre et évoque la menace des flux migratoires . Allez FN  pour 2012 .

    12) La Tunisie et l’Egypte pourraient désormais être hostiles à Israel et pour protéger Tel Aviv  les Occidentaux veulent se débarrasser de l’Iran , de la Syrie , de la Libye .Et  ils bombardent la Libye pour commencer . Vade retro Satanas .Amen

    14) La politique d’ingérence nécessite un budget militaire et les US ont un budget militaire délirant !!

    Conclusion de Jean Bricmont
    Il faut une autre vision politique pas celle des guerres et des embargos avec leurs conséquences désastreuses .La meilleure alternative est la COOPERATION avec les différents pays quelque soient les régimes .Les idées circulent à travers le commerce (pas celui des armes évidemment )et les choses peuvent évoluer sans guerre.Amen

    Conclusion spirituelle de Rita
    Eh oui la Nature s’est montrée violente au Japon en secouant les entrailles de la Terre et voilà que les hommes de nature mauvaise prennent le relais en bombardant par ingérence lourdement la Libye !!  Quand la Nature attaque c’est un désastre et quand les brutes humaines passent à l’attaque on entend le bruit  du tonnerre et et on voit des éclairs .
    Oui l’homme a été crée avec le concours de ces Forces androgynes et violentes de la Nature et sa finalité c’est de sortir  de ces Forces contraires ténébreuses pour évoluer vers la Transcendance .

    A BON ENTENDEUR  …………………………………

    Merci de votre attention   R.I .T .A   http://ritapitton.over-blog.com

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  4. Rita Pitton

    25/03/2011

    Bloquée ????

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  5. WatsonCorsica

    24/03/2011

    Bravo oeildevraicon, ta tout compris sur les Arabes…

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  6. sas

    24/03/2011

    Coulisse de l impensable…..orchestré par un droit commun déjà condamné

    Libye : histoire secrète de la résolution 1973

    juppé.jpg

    Alors que les débats se multiplient sur la résolution 1973 et son interprétation, voici l’article que je publie cette semaine dans "le Nouvel Observateur" sur ce texte historique et le rôle que la France a joué pour son adoption.

    New York, mercredi 16 mars au matin : la représentante américaine aux Nations unies, Susan Rice, est furieuse. Dans la nuit, elle a concocté un projet de résolution sur la Libye. Elle voulait le déposer au secrétariat du Conseil de Sécurité, le mettre « au bleu », comme on dit dans le jargon onusien. Mais, surprise, son homologue français l’a prise de vitesse : plus tôt dans la matinée, Gérard Araud a déjà fait « bleuir » un texte similaire. Premier arrivé, premier servi, c’est la règle ici. Ce sera le texte français et non l’américain que les « grands » vont voter. Il deviendra la résolution 1973. Rice appelle Araud et lui lance : « Tu m’as volé ma résolution. »

     

    Les Français sont heureux du coup qu’ils viennent de réussir mais se méfient de Susan Rice. Elle est l’une des théoriciennes du nouveau « leadership moral des Etats-Unis », dont Obama a fait un thème majeur de sa campagne. Cette diplomate fera tout pour que Washington s’attribue la paternité de cette résolution qui, pour la première fois dans l’histoire, autorise des frappes en vertu de la « responsabilité à protéger» des populations civiles.
    Pas question de laisser à Susan Rice la vedette pendant la séance du vote. Après discussion avec Nicolas Sarkozy Alain Juppé décide d’annuler le voyage qu’il doit entreprendre le lendemain à Berlin et de filer à New York. Officiellement, il s’agit de convaincre les derniers réticents du Conseil. Mais on veut surtout faire savoir au monde que c’est la France qui a porté le texte – et non les Etats-Unis. Le voyage du ministre des Affaires étrangères, qui n’est pas sans rappeler celui de Villepin en 2003 juste avant la guerre en Irak, sera un succès.

    Revirement à 180 degrés
    Les Français n’auraient pas apprécié de se faire coiffer sur le poteau par les Américains. «Cela aurait été vraiment injuste, dit un responsable à Paris. Depuis deux semaines, nous poussions et ils nous faisaient lambiner.» Au début, pourtant, la Maison-Blanche est en pointe. Le 23 février, une semaine après le début de la rébellion, Barack Obama déclare que Kadhafi «doit partir». Il assure que « toutes les options sont envisagées» et que ses « conseillers y travaillent jour et nuit». « On s’est dit : l’Amérique veut lancer une intervention militaire, raconte un officiel français. En fait, ce n’était que de la gesticulation. Obama pensait qu’il lui suffirait de hausser la voix pour que Kadhafi tombe, comme Moubarak. Il n’était pas prêt à faire la guerre. Nous ne le savions pas. »

     

    Si bien que, le lendemain, Alain Juppé, encore ministre de la Défense, emboîte le pas du président américain. Il confie que, lui aussi, souhaite le départ du Guide. Pour la diplomatie française, c’est un revirement à 180 degrés, après son refus de toute ingérence en Tunisie et en Egypte. Cette fois, on va aider les révolutionnaires. On travaille à une zone d’exclusion aérienne avec les Britanniques. A peine installé au Quai, Alain Juppé en discute le 3 mars avec son homologue britannique William Hague. On pense que l’intervention est proche. Mais, quelques heures plus tard, c’est la douche froide.

     

    Devant le Congrès, le patron du Pentagone, Robert Gates, déclare que les partisans d’un troisième front contre un pays musulman relèvent de l’« hôpital psychiatrique ». «Nous voilà dans la mouise, dit un responsable français. Après avoir exigé le départ du dictateur, les Américains nous abandonnent au milieu du gué. » Le spectre d’une nouvelle Bosnie plane. Comment éviter un nouveau Srebrenica ? Comment bousculer les Américains et les autres ?

    Une idée émerge ce même 3 mars, à 22 heures. On la doit à Bernard-Henri Lévy L’intellectuel est à Benghazi, où il vient de rencontrer les leaders du Conseil national de Transition (CNT), à peine créé. Il appelle Nicolas Sarkozy qu’il connaît depuis presque trente ans. BHL demande au président de recevoir à l’Elysée des émissaires de la rébellion. « Tu dois voir ces Massoud libyens» dit-il, en référence au mythique chef afghan, sans que ce soit bien sûr de la comparaison. Sarkozy flaire le coup qui pourrait l’aider D’ailleurs, cela fait plusieurs jours qu’il veut entrer en contact avec les rebelles. Via un convoi humanitaire, le Quai-d’Orsay a discrètement dépêché un diplomate à Benghazi pour prendre contact avec les chefs de l’opposition. Mais l’émissaire secret n’arrivera que le lendemain. Or le temps presse. Sarkozy accepte la proposition de BHL. On verra bien.

     

    Le jeudi 10 mars, BHL et ses trois Libyens sont à l’Elysée. Ils sont très attendus. Car il est plus urgent que jamais de secouer la communauté internationale. Sur le terrain, la situation militaire de l’opposition a empiré. Et la veille Obama, incapable de départager les deux camps qui s’affrontent à propos d’une action armée, a décidé qu’il était urgent d’attendre.

    Convaincre Obama
    Sarkozy décide de jouer le tout pour le tout. Avec son accord, les émissaires de Benghazi annoncent que, première mondiale, Paris reconnaît le CNT comme seul interlocuteur. BHL ajoute que la France est prête à mener des opérations militaires contre Kadhafi, seule si nécessaire. L’annonce provoque un tollé mais elle porte, y compris aux Etats-Unis. Le lendemain, l’influent sénateur Lindsey Graham déclare que, sur le dossier libyen, l’Amérique devrait être aussi «audacieuse» que la France. Puis deux anciens candidats à la Maison-Blanche, le démocrate John Kerry et le républicain John McCain, demandent que les Etats-Unis agissent « avant qu’il ne soit trop tard». Mais le Pentagone résiste. Le directeur du renseignement militaire assure publiquement que Kadhafi va l’emporter sur les rebelles – sous-entendant qu’il n’y a plus rien à faire.

     

    La France place ses derniers espoirs en Hillary Clinton. La secrétaire d’Etat arrive à Paris le lundi 14 mars pour assister à une réunion informelle du G8. Au cours du dîner, le dossier libyen n’avance pas. L’Allemand Westerwelle ne veut toujours pas entendre parler d’une action militaire, pas plus que le Russe Lavrov. L’affaire semble entendue : il n’y aura pas de résolution à l’ONU Hillary rejoint son hôtel. Elle a accepté un rendez-vous avec un émissaire libyen, l’ex-ambassadeur de Kadhafi en Inde passé dans l’opposition, Mahmoud Djibril. Cette rencontre, organisée conjointement par BHL et l’émir du Qatar, va se révéler décisive.

     

    Apparemment, elle se passe mal. Hillary Clinton dit au Libyen que l’Amérique n’est pas prête à voter une résolution, que l’administration est trop divisée. Furieux, Mahmoud Djibril sort par une porte dérobée. « Il pensait que tout était foutu », dit BHL qui a assisté au début de l’entretien. Pourtant, dans son anglais parfait, le Libyen a fait mouche.

    Plus tard dans la nuit, la secrétaire d’Etat discute par vidéoconférence avec des conseillers d’Obama, dont l’ambassadrice Rice. Elle leur dit que la rébellion est dans une situation plus désespérée qu’elle ne l’imaginait, que si rien n’est fait Kadhafi l’emportera et que l’Amérique sera montrée du doigt, comme en Bosnie et au Rwanda. Elle leur fait part aussi de sa rencontre à Paris avec l’émir du Qatar : les Etats du Golfe, lui a-t-il expliqué, sont prêts à aider les Occidentaux militairement. La Ligue arabe a d’ailleurs, deux jours auparavant, donné son feu vert politique à une intervention. Selon Hillary, il faut y aller. Reste à convaincre Obama de passer outre aux réticences du Pentagone et de la CIA. En attendant, elle demande à Susan Rice de rédiger un projet de résolution « musclé ».

     

    Le lendemain matin, mardi, c’est chose faite. La représentante américaine présente à ses collègues de l’ONU le texte en question. Il va plus loin que la proposition française, qui, à ce stade, ne prévoit que l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne. Le projet de Rice autorise la future coalition à prendre « toutes les mesures nécessaires» contre l’armée de Kadhafi, c’est-à-dire à opérer des frappes sur des tanks ou des bunkers.

     

    Le soir, après un dîner officiel, le président américain convoque ses conseillers. Dans la journée, les hommes de Kadhafi ont pris Ras Lanouf. Ils menacent Benghazi d’un bain de sang. Obama dit qu’il est temps d’agir Comment ? Robert Gates ne veut pas d’une simple zone d’exclusion aérienne, qui, selon les militaires, ne sert plus à rien. Susan Rice lui répond que son projet va plus loin. Obama tranche : on y va. Il demande au chef d’état-major de lui présenter ses plans. Et il ordonne à sa représentante à l’ONU de déposer officiellement sa version « musclée » dès le lendemain, pour un vote, si possible, jeudi.

     

     A la sortie de la réunion, Rice annonce la bonne nouvelle à son homologue français, Gérard Araud : le président est d’accord, il faut y aller, on dépose notre résolution dès demain. Araud ne veut pas se laisser doubler. Comme il sait que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont eux aussi favorables à des frappes, il décide de rédiger en catastrophe un nouveau texte qui comportera le paragraphe de Rice sur « toutes les mesures nécessaires » et aura donc le soutien américain. Il le fait « bleuir » à la première heure.

     

    Mais il y a encore des réticents. Les Chinois ne veulent pas se mouiller. Ils font savoir que, comme ils président le Conseil de Sécurité ce mois-ci, ils s’abstiendront. Les Russes, eux, exigent que l’on exclue toute intervention au sol. Nicolas Sarkozy appelle Dmitri Medvedev et lui assure que le texte français le mentionnera explicitement. Le patron du Kremlin est satisfait : son représentant s’abstiendra. Le chef de l’Etat téléphone ensuite à Dilma Roussef, la nouvelle présidente du Brésil. Elle ne veut toujours pas voter oui. Le Brésil s’abstiendra donc également. Comme quatre autres pays irréductibles.

     

    Reste l’Afrique du Sud. Si elle ne vote pas oui, le Nigeria prévient qu’il fera de même, et la résolution n’obtiendra pas les neuf voix nécessaires à son adoption. C’est la panique à la mission française. Quand Alain Juppé entre dans la salle du Conseil le jeudi 17 mars à 18 heures, Pretoria semble encore hésiter. Son représentant à l’ONU n’est toujours pas là. Va-t-il venir ou s’abstenir ? Va-t-on avoir la majorité ou non ? Le Sud- Africain finit par apparaître et vote oui. La résolution est adoptée. La France vient de remporter une splendide victoire diplomatique. Juste après, à minuit heure de Paris, Sarkozy annonce la bonne nouvelle à Bernard-Henri Lévy. Et samedi, ce seront des Rafale qui survoleront en premier le ciel libyen.

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  7. oeildevraicon

    23/03/2011

    Aujourd’hui, ils sont dans la rue pour acclamer les occidentaux et tirent en l’air.

    Hier, ils étaient dans la rue pour se réjouir du sabotage et de la chute de deux avions
    de ces sous-chiens d’occidentaux.

    Demain, ils seront dans la rue et pointeront leurs fusils sur les occidentaux parce-que on interdira
    les prières de rues.

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