Françafrique, encore et toujours…

Posté le novembre 26, 2014, 10:34
9 mins

François Hollande avait assuré, lors de sa campagne de 2012, qu’il supprimerait la « Françafrique », c’est-à-dire les ingérences de la France en Afrique et la corruption qui les accompagne.

En réalité, non seulement il n’a rien supprimé, mais il a aggravé une politique scandaleuse pratiquée depuis des décennies.

Dès 1940, De Gaulle a cherché une assise territoriale autre que Londres et s’est donc tourné vers les colonies, essentiellement l’Afrique noire. Ce fut la tentative de débarquement à Dakar qui échoua en septembre 1940 ; Félix Éboué, un Antillais gouverneur du Tchad, transformé en icône ; puis la conférence de Brazzaville et quelques autres opérations de même nature ; puis un Africain, Sénégalais, Ivoirien, Nigérien, etc., dans le gouvernement français, sans interruption de 1945 à 1960.

La décolonisation survint, imposée par les Soviétiques et les Américains, qui apporta aussitôt la confusion et le désordre chez des peuples dont la mentalité est totalement étrangère au système démocratique et électoral que l’Occident lui-même a adopté il n’y a pas si longtemps.

Ce fut donc très vite, comme on pouvait le prévoir, le chaos et la corruption à tous les niveaux de ces nouveaux États factices.

C’est ainsi que l’Afrique noire a connu 86 coups d’État depuis les années 60, dont 48 en Afrique francophone – cet « empire » que Jacques Foccard, au nom du général de Gaulle, a tout fait pour maintenir sous de multiples déguisements constitutionnels…

Ces coups d’État ont toujours eu lieu selon la même feuille de route. Un général prend le pouvoir. Il tue ses prédécesseurs et, tant qu’à faire, une bonne douzaine de comparses. Puis, aussitôt, il se met à édifier sa fortune en pillant le pays, et d’abord « l’aide au développement » sortie de la poche du contribuable français, ce qui lui permet d’avoir des comptes en banque un peu partout dans le monde, d’acheter des châteaux en France et une série d’appartements à Paris et en Suisse. Ces performances lui permettent d’attendre le prochain coup d’État dont il sera la victime argentée, éventuellement exfiltrée par la France, afin d’éviter que le président déchu ne se mette à parler… C’est ce qui vient de se passer au Burkina Faso, le « pays des hommes intègres » !

Le champion toutes catégories dans ce festival meurtrier et grotesque est la République centrafricaine, ex Oubangui-Chari, qui a offert au monde l’« empereur » Bokassa. Le journaliste Pierre Péan lui a consacré un livre en 1977, où l’on apprend (p. 30) que Bokassa, fidèle soldat de la France libre qui appelait De Gaulle « mon papa », fit arrêter au lendemain de son coup d’État un certain colonel Banza qui lui portait ombrage. Il le tortura lui-même sur la table du conseil des ministres et là, écrit Péan, « s’acharna sur le malheureux avec une lame de rasoir jusqu’à ce que mort s’ensuive ». C’était un conseil des ministres à l’ordre du jour chargé !

Plus pittoresque encore fut la décapitation du chef de la police dont on avait arraché les yeux avant de l’égorger. Le « président » eut alors l’idée de présenter la tête du malheureux dans les écoles, pour que l’on sache qu’il ne fallait point le contrarier. Il fallut la prière instante et, sans doute, infiniment respectueuse de l’ambassadeur de France à Bangui pour amener Bokassa à renoncer à son projet « humanitaire » et éducatif. Cet ambassadeur, Jean Français, décrit fort bien, dans un livre paru en 2004, la sauvagerie du personnage. Il n’empêche que le personnage sauvage en question fut reçu en grande pompe à l’Élysée, au vif déplaisir du général de Gaulle, irrité par cet « abruti de soudard », mais qui laissait faire parce qu’ «en Afrique, tout se tient »…

C’était déjà, là, un beau tableau, qui s’assombrit et se compliqua encore avec l’irruption de l’islam, s’appuyant sur les populations musulmanes qui peuplent une bonne partie de l’Afrique francophone.

L’erreur, aussi gigantesque que criminelle, consista à inventer le « printemps arabe » et, notamment, à assassiner Kadhafi, à fournir aux rebelles noirs et touaregs armes, munitions, et bases armées en Libye. On sait quel fut l’auteur principal d’une telle erreur…

Bref, l’armée française est engluée au Mali, après être intervenue, depuis 50 ans, à peu près partout en Afrique, y compris au Rwanda – où, pourtant, il n’y a pas de pétrole, mais où les Hutus massacrèrent 800 000 Tutsis sous les yeux de l’armée française !

Il faudrait des livres pour raconter toutes ces opérations et ces turpitudes. Citons le dernier en date : « La guerre de la France au Mali », de Jean-Christophe Notin, qui décrit fort bien le bourbier où s’enfonce notre armée à coups de pertes humaines et de milliards d’euros.

On notera que la Grande-Bretagne, qui fut la principale puissance coloniale en Afrique, n’y entretient pas un seul militaire. La France, elle, en a 4 000 en opérations.

Il va sans dire que la « Françafrique » s’accompagne d’une corruption historique qui va des valises de billets en grosses coupures dans le sens Afrique-Paris (voir « La république des mallettes » de Pierre Péan) à de formidables achats immobiliers rapportés en détail par la presse. Par exemple, on lit dans le « Magazine du Monde » du 17 mars 2012 que, dans les sous-sols de son appartement de 550 m2 à Courbevoie, Wilfried Sassou Nguesso, le neveu du chef d’État de Brazzaville, collectionne les voitures de grand prix, tandis que le tonton Sassou se contente de 24 biens immobiliers en France – moins que le clan Bongo du Gabon, dont feu le président Omar avait fait l’achat d’une Aston Martin dorée à l’or fin, sans oublier l’allume-cigares et les embouts de ceintures de sécurité (comme nous l’apprend le « Monde » du 12 novembre 2014) !

Or, nombre des habitants de ces deux pays vivent péniblement avec moins d’un dollar par jour. L’humanitaire, le développement, la démocratie, en Afrique, ya qu’ça d’vrai !

Voilà ce qu’est la « Françafrique », ce domaine commun de la droite et de la gauche corrompues. Eh bien, Messieurs, franchement, bravo pour vos goûts coloniaux et, ceci s’ajoutant au reste, bravo pour tout !

Christian Lambert

 

 

 

4 réponses à l'article : Françafrique, encore et toujours…

  1. JEAN SANS PEUR

    27/11/2014

    Pour la petite histoire “croustillante”, l’« empereur » Bokassa était anthropophage. Il disposait dans son grand frigo américain d’enfants congelés, plus tendres, qu’il appréciait particulièrement…. Pour celui qui serait intéressé je pourrais indiquer quel est le meilleur morceau… Mon père, qui était directeur des mines d’uranium, a eu de nombreuses réunions et diners d’affaires avec ce sinistre individu qui se vantait de tout cela ! Nos politiques en sont totalement responsables et n’ignoraient pas ces faits…

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  2. Alain

    27/11/2014

    En 1940, De Gaulle était un peu seul à Londres. C’est Weygand ,ministre de la guerre de Pétain qui a préservé une partie de l’armée, avec de Lattre, Juin et Leclerc, Frère, en Afrique ( qui resista à Dakar) qui allait devenir la 1 ere Armée. Leclerc seul n’a rejoint De Gaule que pour ne pas le laisser seul au débarquement de Juin.
    En 42 , la prise de pouvoir par de Gaulle à Alger était loin d’être écrite et c’est Darlan qui a facilité le débarquement des américains en Afrique du Nord.

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  3. Hervé Boismery

    27/11/2014

    Une description cynique mais authentique d’une triste réalité, depuis plus d’un demi-siècle…
    La décolonisation de l’ ex- Afrique française…Probablement une des pages les plus sombres de notre Histoire, essentiellement imputable à De Gaulle, à son système et à ses héritiers, de Droite comme de Gauche.
    « Le mal que font les hommes vit après eux, le bien est souvent enseveli avec leurs cendres ».

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  4. vozuti

    26/11/2014

    d’accord avec Christian Lambert.
    IL y a un mot qui résume la politique de la France(intérieure et étrangère) depuis des décennies,c’est le mot CORRUPTION.
    La plupart des français refusent de comprendre que cette corruption de nos dirigeants engendre le chaos et le crime,et pas seulement en France.Cela peut aller jusqu’à soutenir un génocide(Rwanda) ou bien déclencher une guerre pour assassiner un dirigeant qui nous protégeait des islamistes et de l’immigration subsaharienne (Kadhafi).

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