La Françafrique en Centrafrique

Posté le janvier 01, 2013, 7:00
9 mins

La Centrafrique, aujourd’hui, est le type même de l’échec absolu de la décolonisation et de la politique française en Afrique depuis les indépendances, un stupéfiant mélange d’erreurs, de prétention, et de corruption. Tous les observateurs informés condamnent cet étonnant manque de jugement aux résultats désastreux.

La république centrafricaine, appelée naguère Oubangui-Chari, est un territoire plus étendu que la France. De l’ouest à l’est, il y a 1 500 km à parcourir. Peuplée de populations bantoues peu évoluées – quelque 5 millions d’habitants –, cette colonie était autrefois considérée comme la Cendrillon de l’empire. On n’y attachait pas grande importance, jusqu’au jour où l’actuel ministre des Armées a découvert que la Centrafrique était un territoire de la plus haute importance stratégique, au carrefour du Sahel, de l’est africain et des Grands lacs – affirmation pittoresque sortie tout droit de l’imagination de ce brave Breton qu’est Yves Le Driant, devenu soudainement expert ès Afrique.

Toujours est-il est que la colonisation avait créé en quelques décennies dans ce pays en partie recouvert de forêts une administration efficace. Dans tous les districts et régions, les administrateurs des colonies avaient créé des écoles, des hôpitaux, des dispensaires, des tribunaux, un service postal. Chaque année après la saison des pluies, les routes étaient remises en état et parfaitement entretenues. Les sociétés indigènes de prévoyance (SIP), dans chaque district, aidaient les agriculteurs de multiples façons. Les grandes endémies, la maladie du sommeil, la lèpre, avaient été éradiquées. L’ordre régnait, le développement était réel. Les brutalités contre les indigènes étaient très rares, quoi qu’en disent maintenant les militants de la repentance préfabriquée. Je rappelle – point d’histoire – que c’est par l’Oubangui que passa la mission Marchand pour arriver en 1898 à Fachoda, au Soudan, face aux Anglais. On fut alors à deux doigts d’entrer en guerre contre l’Angleterre. Dans l’extrême est de l’Oubangui, des tombes de militaires français, morts des « fièvres » comme on disait à l’époque, attestent de cette aventure.

Le bilan de la colonisation était donc parfaitement positif, lorsque survint une double catastrophe : l’indépendance et la dé­mocratie importée, c’est-à-dire qu’aux divisions ethniques et tribales ancestrales, Paris ajouta les divisions politiques avec distribution d’armes de tous calibres à des armées d’opérette tout juste capables de défiler une fois par an et de fomenter des coups d’État à répétition (cf. « La malédiction africaine », n° 916 du 8 novembre).

L’Oubangui, devenu République centrafricaine, après un discours grandiloquent prononcé sur place par Malraux lui-même, montra aussitôt l’exemple en donnant au monde un empereur qui savait crier « Vive de Gaulle ! » et dont le sacre napoléonien, payé par le contribuable français, fit rigoler la terre entière. L’empereur finit par se prendre pour Jésus-Christ ou l’un de ses apôtres ressuscité. Il se promenait dans Bangui en soutane et carburait au vin rouge. On comprend que le général de Gaulle ait été irrité par ce cirque, disant, paraît-il, à Foccart : « Mais enfin, Foccart, foutez-moi la paix avec cet abruti ! »

Depuis l’empereur des forêts, le chaos s’installa en RCA, comme dans presque toute l’Afrique et aujourd’hui au Soudan du Sud. J’ajoute que la faune sauvage était exceptionnelle en Oubangui. C’est là que l’on trouvait les plus beaux éléphants d’Afrique, qui ont été décimés au fusil-mitrailleur après l’indépendance pour « faire de la viande ». C’était un apport nutritif important pour la population. Il a disparu.

Tout s’est ainsi dégradé, coup d’État après coup d’État, pour aboutir en mars dernier à l’invasion de bandes de pillards musulmans venus du Tchad et du Darfour, pour tuer, violer, voler et piller. Or, en 1950, il n’y avait pratiquement pas de musulmans dans ce pays, sauf quelques éleveurs et commerçants sur sa frontière nord. Il n’y avait en RCA aucune mosquée. On ignorait même ce que ce mot voulait dire. Mais, en 50 ans, les musulmans du Tchad se sont infiltrés, finissant au fil des années par constituer une importante minorité dans un pays plus riche que les déserts du Nord Tchad, une évolution qui s’inscrit dans l’islamisation de toute l’Afrique.

Engagée au Mali où elle est empêtrée dans un conflit alimenté par l’arsenal de Kadhafi passé aux djihadistes qui ont leurs bases dans ce qui reste de la Libye, l’armée française est maintenant, de surcroît, prise au piège de la Centrafrique. C’est à Bangui que François Hollande a commis la faute d’aller rencontrer, voici 15 jours, le « président de transition », légitimant ainsi le chef des bandes musulmanes qui cherchent à tuer les soldats français. C’est, d’ailleurs, une chance que notre pauvre Hollande n’ait pas été la victime de ces voyous surarmés qui entouraient l’avion présidentiel et que les militaires français présents ont eu toutes les peines du monde à écarter. Imagine-t-on le général de Gaulle commettant une telle bévue en se plaçant dans un pareil guêpier – et quand je parle de « guêpes », c’est une façon de parler !

On en est là. L’armée française s’est fait piéger et nul ne sait comment elle va s’en sortir. Notre armée est condamnée à ménager le Tchad dont elle est tributaire au Mali, alors que le Tchad est à l’origine de l’invasion musulmane en Centrafrique ! Un bel imbroglio ! « Tout le processus politique français est par terre, écrit le Figaro du 26 décembre. » C’est ce qu’on appelle pudiquement une situation complexe ; les militaires, plus directs, parlent d’un « merdier sans nom ».

Nos amis européens, qui se gardent bien de se lancer dans de telles aventures tropicales, en ricanant sous cape, nous souhaitent bon courage et promettent d’envoyer des fleurs lors des prochaines obsèques nationales de militaires français aux Invalides.

Pourtant, tout n’est pas négatif en cette tris­te affaire. Un lecteur des « 4 Vérités », M. Jules Copat, l’a bien vu dans le n° 921 : « On se doit de féliciter notre président, écrit-il. C’est en effet un homme qui voit loin. Il envoie nos troupes s’entraîner au Mali et en République centrafricaine pour qu’elles soient parfaitement opérationnelles dans quelques années à Aubervilliers, Trappes ou Vénissieux. Bravo ! »

Je rappelle à ce propos qu’en raison de la politique menée depuis plus de 30 ans, les Français seront minoritaires en France en 2060, remplacés par des populations afro-musulmanes. Que l’on me dise qui renversera cette évolution et comment !

 

 

 

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