La grande faute africaine de la France

Posté le mai 04, 2011, 12:00
16 mins

La France est le seul pays développé à être à ce point impliqué en Afrique, le continent du chaos. Comment expliquer ce phénomène ?

Pour répondre à la question, il faut remonter à la deuxième guerre mondiale. En 1940, la France fut vaincue en quelques semaines par les armées allemandes, la plus grave défaite de notre longue histoire. Cette défaite désastreuse, honteuse et lamentable, dont on subit encore les conséquences, était due en partie aux politiciens de gauche qui gouvernèrent la France avant la guerre.

On était contre l’armée, contre les « galonnards », les marchands de canons, ces canons et autres armements que l’on distribuait aux communistes et anarchistes espagnols.

Toujours est-il que la France écrasée voulait se raccrocher à quelque chose de positif et ce quelque chose qui n’avait pas sombré corps et biens, c’était l’empire colonial. On vit donc le maréchal Pétain d’un côté, le général de Gaulle de l’autre, se disputer la possession de ces colonies, restes de la grandeur passée, où le général de Gaulle cherchait une assise territoriale à son mouvement de résistance. Ce fut l’attaque de Dakar qui échoua, Félix Éboué gouverneur du Tchad qui se rallia, la conférence de Brazzaville, la reconstitution d’une armée avec des Africains que l’on recruta dans les savanes et les forêts, Leclerc, Koufra, le général Juin et ses Marocains… Ainsi croyait-on effacer la défaite. L’illusion est le meilleur des psychotropes !

Puis, vinrent très vite les indépendances imposées par Staline et Roosevelt. Il fallut s’y faire, s’adapter sans rien lâcher espérait-on. Ce fut donc l’Union française, la Commu­nauté, la Francophonie. Ce n’est pas que le général de Gaulle tenait les populations noires en haute estime. Mais il laissait faire Foccart qui veillait à « maintenir l’empire ». On en est arrivé ainsi à des cirques aussi ridicules que stupéfiants, par exemple le sacre napoléonien de Bokassa – sa couronne et son carrosse payés par la République, c’est-à-dire le contribuable qui n’était pas, lui, au dîner d’apparat donné à l’Élysée en l’honneur de Bokassa (qui appelait le général de Gaulle « mon papa » !).

Plus sérieux furent les milliards engloutis dans le « développement des pays en voie de développement », avec, il est vrai, « retour rapide sur investissement »… C’est ce qu’on appelle communément la corruption.

Comme il fallait bien protéger tout ce petit monde coloré, fidèle et agité, dans un continent livré au désordre permanent, on envoya l’armée française un peu partout. Nos militaires sont aujourd’hui 12 000 en Afrique dans des opérations aux noms variés, Épervier, Boili, Licorne… À Dakar, Libreville, N’Djammena, en Centrafrique, à Djibouti et à Abidjan, le « fleuron de l’empire ». Tout cela avait, et a, un coût énorme et, très logiquement, alimente une émigration vers la France telle que le conseil représentatif des institutions noires (le CRAN) estime que les Noirs sont en France plus de 2 millions, sans compter tous les heureux bénéficiaires de la double nationalité (cf. « La politique africaine de la France » dans le n° 774 des 4 Vérités du 14 janvier 2011).

Aucune puissance ex-coloniale, ni la Grande-Bretagne, ni le Portugal, ni la Belgique, n’a une telle politique.

Hormis les attachés militaires des ambassades et les forces de l’ONU, il n’y a pas un seul soldat anglais, portugais ou autre en Afrique, pas plus qu’il n’y a d’« Allemagna­frique ». Et, pourtant l’Allemagne a du pétrole, de l’électricité et du cacao. Il n’y a que la « Françafrique », aux résultats que l’on connaît.

Tout ceci ne suffisant pas, on a vu tout récemment un chef de guerre exceptionnel qui décida d’un revers de la main de s’imposer en Libye : Nicolas Sarkozy lui-même qui, tel Dioclétien et Mussolini, s’éleva contre le colonel Muammar Kadhafi, un dictateur assurément, que notre chef avait pourtant honoré en lui permettant de planter sa tente de Bédouin avec toilettes mobiles incorporées, dans les jardins de l’Élysée, et de chasser le faisan (heureusement pas autour de l’Élysée, mais à Rambouillet).

Tout ceci est risible, mais ce qui ne l’est pas, c’est que l’initiative impulsive, et au fond électoraliste, de Sarkozy est en train de tourner, sinon à la catastrophe, du moins à l’impasse. Notre ex-ami Muammar, assassin bien connu, comme d’ailleurs de nombreux chefs d’États, se défend et le voici pas très loin de Benghazi, capitale de la démocratie tribale de l’est libyen – où, espérons-le, il ne mettra pas la main sur BHL, le nouvel émir de la Cyrénaïque.

J’ajoute que notre engagement aux côtés des combattants libyens de la liberté a déjà donné lieu à 3 bavures connues qui ont provoqué de nombreuses victimes, insurgés et simples civils. Curieuse façon de les protéger ! Nos pilotes s’étaient trompés de cible…

De plus, et c’est grave, se trouvent aux côtés des insurgés libyens que nous soutenons, des commandos d’Al Qaïda qui ont profité de l’aubaine pour mettre la main, m’assure-t-on sur des missiles sol-air. Et ce n’est pas fini.

Au plan diplomatique, la Russie et la Chine (ce qui n’est pas rien) ont condamné les frappes aériennes, sans compter d’autre pays très réservés quant à l’initiative française. Le secrétaire général de l’OTAN, dont 6 membres seulement (sur 28) participent aux opérations, vient de déclarer qu’il ne saurait y avoir de solution militaire en Libye.

Un mot aussi du coût de ces opérations. Les Américains ont révélé qu’en s’abstenant de participer à la guerre, ils économisaient 47 millions de dollars par jour ! Un seul missile Scalp (la France en a utilisé 11 en Libye, à la date du 5 avril) coûte 1,5 million d’euros pièce…

Un mot encore sur le « fleuron de l’empire » – je veux parler de la Côte d’Ivoire. Après des mois de guerre civile, d’une sauvagerie inouïe, telle que je ne me permettrai pas de la décrire ici, Abidjan, capitale de 5 millions d’habitants, est dévastée. Tout a été pillé (les débits de boissons en premier lieu !) par les armées de Laurent Gbagbo et d’Allassane Ouattara, qui sont en réalité des bandes de pillards abrutis d’alcool, surarmés (et par qui ?). Dans les dépôts de vivres d’Action contre la faim, des tonnes de produits alimentaires ont été intégralement pillées. Il n’y a plus rien, ni eau, ni électricité. Un terrible désastre humanitaire, ont déclaré les ONG.

Tout cela parce que le pouvoir a été accaparé en Côté d’Ivoire, par le chef de l’ethnie Bété – de l’Internationale socialiste, s’il vous plaît, soutenu par les ténors du socialisme français, dont Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de Mitterrand. Ce Gbagbo qui a commandité le meurtre de plusieurs Français ! En face de lui, Alassane Ouattara, plus présentable, chef de la démocratie musulmane, dont les bandes ont massacré dans l’ouest du pays des centaines d’hommes de femmes et d’enfants qui n’étaient pas musulmans. Les Dioulas n’aiment pas les Guérés.

Il n’en demeure pas moins que Ouattara est très lié aux dirigeants français. Il se dit l’ami de Martin Bouygues, de Jacques Attali, de Laurent Fabius, et surtout de Nicolas Sarkozy, à qui il téléphone tous les jours et dont il a obtenu 400 millions pour payer ses fonctionnaires. Ce n’est pas fini. Au jour où je rédige cette chronique, le 28 avril, le combat continue dans les quartiers Yopougon et Abobo d’Abidjan, habités par l’ethnie de Gbagbo.

En guise de conclusion, je rapporterai ce que je viens d’entendre d’un immigré tunisien, un jeune de condition modeste : « Je me suis sauvé, parce que maintenant en Tunisie, c’est pire qu’avant. C’est le chômage, l’anarchie, et toujours la corruption… »

Bref, il est évident que l’engagement de la France en Afrique est totalement contraire à l’intérêt national. Au devoir d’ingérence, il faut substituer le devoir de prudence et d’honnêteté. À moins d’être attaqué et directement menacé, on ne gagne jamais à faire la guerre. Un tel aventurisme finit toujours mal. Espérons que Sarkozy n’engagera pas des militaires sur le terrain en Libye, nous conduisant peu à peu à une nouvelle guerre d’Algérie.

Il serait temps alors que le peuple français qui n’a jamais été consulté en cette affaire, dise au chef de l’État : « ça suffit ! Retourne à Neuilly ou à Ben­ghazi ! » 

2 réponses à l'article : La grande faute africaine de la France

  1. LE - ROUX

    09/05/2011

    Il n’y a pas grand chose à ajouter au texte.

    Ce que je peux simplement insinuer, c’est que le Colonialiste n’ a jamais enrichi le PEUPLE de FRANCE. Je ne peux plus ECRIRE Français. Le peuple conquérant de l’ILE de FRANCE est un mort vivant encore.

    C’est la même CLASSE SOCIALE à l’origine des colonisations avec le coup de l’éventail du BEY d’ALGER , qui a organisé la décolonisation tragique en ALGERIE tout en conservant ses intêrets.

    La FRANCE AFRIQUE de de GAULLE LE PROUVE;

    Il est triste que des mouvements dits NATIONAUX n’ aient  jamais su rebondir à l’occasion, dans les circonstances actuelles du tsunamie DEMOGRAPHIQUE que l’on nous prépare à accepter et non à

     combattre.

    Bon Courage et vive le réduit BRETON..

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  2. Alex

    04/05/2011

    Non, pas même à Neuilly, Sarkozy est déchu à Neuilly, c’est un divers droite qui a remporté la Mairie de Neuilly, pas le candidat UMP soutenu par Sarkozy !

    A Neuilly la haine contre Sarkozy et l’UMP s’y exprime ouvertement dans les bars et salons… Sarkozy mène une politique de tous les socialismes, socialisme d’immigration et socialisme économique.

    A Neuilly, c’est d’avoir promis une politique de droite et d’avoir mené une politique de gauche, qui est vécu comme une humiliation, là où précédemment, Chirac lui, ne promettait rien et se contentait d’être socialiste.

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