La politique africaine de la France : chaos et corruption

Posté le janvier 11, 2011, 12:00
12 mins

Pourquoi nos gouvernements accordent-ils depuis des décennies une telle priorité à l’Afrique ? La réponse est simple. N’ayons pas peur des mots, il s’agit de corruption.

Force, en effet, est de constater que nos relations avec l’Afrique noire reposent sur un pacte de corruption multiforme entre les potentats africains riches de leur pétrole et les chefs d’État français.

Ce type de relations s’est aggravé avec l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981, ce qui, de façon tout à fait étonnante, a été longuement exposé et avec une inhabituelle franchise au cours de l’émission télévisée « Envoyé spécial » du 16 décembre dernier. Il était expliqué dans ce documentaire que les présidents Mitterrand, Chirac et Sarkozy avaient reçu beaucoup d’argent, surtout d’Omar Bongo, président de la République du Gabon, dont les matières premières ont fait un milliardaire (les campagnes électorales coûtent tellement cher !).

À ce sujet, François Hauter, grand reporter au Figaro, écrivait le 17 août 2007, dans un article qui n’a pas pris une ride : « Le Gabon, riche à milliards, n’est en fait qu’une débâcle, un pays exsangue et délabré… Pour autant, Omar Bongo, avec ses collègues, les autres vieux monarques de la région, est la caisse noire de la Ve République » (sic). Il va sans dire, ceci étant, que ladite Ve République ne peut évidemment rien refuser à de tels bienfaiteurs et, pour commencer, on annule leurs dettes d’État, au détriment du contribuable français – ce qui augmente d’autant la gigantesque dette de la France qui, elle, ne risque pas d’être annulée. Quant aux visas, pas question de refuser quoi que ce soit !

Il va sans dire aussi que les généreux donateurs sont protégés par l’armée française (au Gabon par exemple, à ma connaissance, par 700 hommes du 6e BIMa). En 50 ans, l’armée française est ainsi intervenue une quarantaine de fois pour porter secours aux pouvoirs africains en place avec des initiatives plus que malheureuses, notamment au Rwanda où la France est accusée de complicité dans un génocide qui a provoqué le massacre de 900 000 Tutsis et Hutus. Pourquoi cette ingérence ? Dans quel intérêt ?

Cette succession de fautes lourdes conduit évidemment à citer la Côte-d’Ivoire, cette « vitrine admirable de la colonisation française… » La presse exposant chaque jour la situation dramatique et ubuesque de ce pays maintenant ruiné, je me limiterai à quelques constatations. « En 10 ans, la Côte-d’Ivoire de Laurent Gbagbo a reculé sur tous les fronts. Elle ne peut pas tomber plus bas », écrit Michel-Henry Bouchet, professeur d’économie dans le « Monde » du 1er janvier. En réalité, le pire est à venir.

Le 6 novembre 2004, Laurent Gbagbo envoie 2 Sukkoï, avions de fabrication soviétique, pilotés par des mercenaires biélorusses, bombarder une installation militaire française. 9 soldats français sont tués. Et que voit-on ? Les socialistes français au plus haut niveau témoigner leur solidarité, leur admiration, leur encouragement, leur affection, à l’auteur de ces meurtres de militaires français. On a même vu, tout récemment, un ancien ministre des Affaires étrangères de Mitterrand, se rendre à Abidjan, pour « conseiller son vieil ami Laurent Gbabgo » condamné à l’unanimité par la communauté internationale. Je précise que, si la Côte-d’Ivoire se classe désormais au 154e rang des pays corrompus (c’est-à-dire parmi les plus corrompus du monde), le président auto-proclamé ivoirien doit avoir encore quelques « disponibilités » pour manifester sa re­connaissance à des amis aussi « dévoués ».

Mais quittons cette Afrique sub-saharienne que fut tant gâtée par les gouvernements français qui se sont succédé depuis 1950. Sait-on à ce propos qu’avec l’argent public, la France a légué à ses colonies au moment des indépendances, 50 000 km de routes bitumées, 215 000 km de pistes toutes saisons, 18 000 km de voie ferrée, 63 ports, 196 aérodromes, 2 000 dispensaires équipés, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments étaient gratuits. En 1960, 3,8 millions d’enfants étaient scolarisés en Afrique noire ; 16 000 écoles primaires et 350 écoles secondaires, collèges ou lycées fonctionnaient. En 1960 toujours, 28 000 enseignants français, soit le 8e de tout le corps enseignant national, exerçaient sur le continent africain (Cf. Henri Neyrac, La Nou­velle revue d’histoire, automne 2010). De cet effort extrêmement onéreux, il ne reste pas grand-chose et, finalement, il ne restera rien…

Ceci souligné, il faut évoquer l’autre chapitre du dossier : les progrès considérables d’Al Qaïda au Maghreb islamique, au Sahel et dans la frange septentrionale des États d’Afrique noire de l’ouest. En décembre dernier, l’armée algérienne a dû engager blindés, artillerie, aviation, pour tenter de réduire les islamistes d’AQMI retranchés en Kabylie en particulier dans la région de Sidi Ali Bounak, à 100 km d’Alger. Je rappelle que, pour AQMI, l’objectif final est la France !

Enfin, on ne peut ignorer que les islamistes d’Al Qaïda participent allègrement au trafic de drogue qui, partant d’Amérique du Sud, transite désormais par l’Afrique subsaharienne à destination de l’Europe. Il s’agit de tonnes, je dis bien de tonnes, de cocaïne. Le « Monde » en date du 1er janvier titre sur toute une page : « Le Mali, carrefour du trafic de cocaïne ». Une société connue, qui sert de couverture aux trafiquants, est logée à Bamako dans le même immeuble que l’Union européenne !

Aux revenus de ce trafic, s’ajoutent les rançons versées pour la libération passée (et à venir) des otages chrétiens que les islamistes enlèvent sans problème. Ils ont l’embarras du choix, ce qui leur permet d’acheter armement et puissants véhicules.

En guise de conclusion, je formulerai deux observations. En premier lieu, et à la décharge des Africains, il faut se souvenir que l’idée de nation a mis des siècles à se former en Occident. Les Africains sont encore à mille lieues de cette idée. Pour eux, ne comptent que le clan familial et l’ethnie ; les frontières imposées par le colonisateur n’ont aucun sens. Le chef de l’État est pour eux le « chef », le trésor public est son trésor personnel. Quant à la démocratie, c’est un mot creux. Ce n’est qu’un artifice rhétorique pour discours. Depuis les indépendances, l’Afrique a connu 180 coups d’État !

Enfin, le chaos en Afrique est, comme nul ne l’ignore, l’une des principales causes de l’émigration de 2 millions d’Africains qui déjà vivent en France aux frais des Français. Il en arrive quelque 200 000 nouveaux chaque année. La logique élémentaire impose de dire qu’il se passera bientôt en France, ce qui se passe aujourd’hui en Afrique. On en a tous les jours un aperçu prometteur…

2 réponses à l'article : La politique africaine de la France : chaos et corruption

  1. dsz

    12/01/2011

    Le concept de nation en Europe occidentale a été combinée à une véritable culture de puissance, ce dont les élites africaines ne disposaient plus au moment des indépendances, car le colonialisme marque bien une rupture! Cela fait pourtant toute la différence au final.

    Ajoutons que nous avons pris notre part, en accord avec les américains, pour éradiquer toute forme de régime naissant à caractère socialiste ou communiste… Là où cela devient terrible pour ce continent, où l’on trouve des Francophones en grand nombre (plus en RDC qu’au Québec), donc de personnes respectueuses de la langue française (à l’invers de Sarkozy), c’est que Mitterrand et les socialistes n’avaient pas de politique africaine autre que celle léguée par leurs prédécesseurs…

    Aujourd’hui encore, nous avons des intérêts vitaux en Afrique (qui sont attaqués) mais il est vrai que notre partition doit être sérieusement remaniée. L’ IRC fait des propositions en ce sens;

    http://www.la-france-contre-la-crise.over-blog.com

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  2. Mossambi

    12/01/2011

    On ne peut être plus clair. Ni plus éclairé! Juste dans l’analyse.
    Le plus ahurissant dans l’histoire est que la remise en cause de tout ce petit trafic ne semble pas devoir prendre fin. Les prétendants aux trônes, parvenus, se dépêchant de renoncer à leurs promesses de démantèlement d’une françafrique – parait-il – nourricière. Et le manège de continuer…

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