La Turquie, l’Iran, la Russie et l’Occident face à la révolution syrienne

Posté le juillet 16, 2012, 12:00
5 mins

Des tensions croissantes. Jusqu’où ?

La Syrie a abattu un avion de reconnaissance turc qui s’était introduit un court instant dans l’espace aérien de Damas. L’appareil aurait été en période de test et l’Otan réprouve cette bavure syrienne.

Déplorons, certes, la mort des deux pilotes, mais ne soyons pas naïfs : Ankara ne pouvait expérimenter de nouveaux équipements dans une zone aussi sensible. Les essais s’effectuent toujours sur le territoire national. Pour nous, l’appareil effectuait une mission de reconnaissance visant à tester les radars syriens et il a été abattu par un missile russe.

En fait, la révolution syrienne dépasse le cadre national et implique, d’une part, la Turquie et, d’autre part, l’Iran et la Russie. Pourquoi ?

En ce qui concerne la Turquie, elle se sent concernée pour deux raisons : l’histoire, d’abord, car Liban et Syrie faisaient partie de l’Empire ottoman jusqu’en 1922, ce que nous avons rappelé dans une de nos chroniques. La sociologie ensuite, car les 2/3 de la population syrienne sont sunnites comme les Turcs.

En ce qui concerne l’Iran, elle veut défendre sa minorité chiite proche de ses alliés libanais.

Quant à la Russie, alliée de longue date de la famille Assad, elle bénéficie de facilités maritimes et fournit aide financière et militaire.

Depuis quelques années, la région subit les conséquences de l’affaiblissement géopolitique américain en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et dans les Emirats. En réalité, nous assistons à l’émergence et à la résurgence de trois facteurs : l’arrivée des nouvelles générations issues du boom démographique, la renaissance des vieilles rivalités chiites/sunnites, les mannes pétrolières et gazières essentielles à l’approvisionnement de l’Europe, de la Chine et des Etats Unis.

La France et le monde occidental doivent cesser de regarder ces révolutions du Moyen Orient avec un regard compassionnel, comme s’il s’agissait de troubles à l’occidentale se terminant par un changement de majorité politique. Nous assistons à des révolutions d’une dimension sans précédent historique : nous devons les analyser avec une lucidité excluant nos concepts de nationaux vivant avec un PIB vingt fois supérieur avec ce qui existe au sud de la Méditerranée.

Or leurs élites ne cherchent pas, pour la plupart, à moderniser leurs pays mais à émigrer vers des régions compatibles avec leur formation ! Le phénomène est déjà flagrant au Liban, en Syrie et en Tunisie.

Ne jouons pas les apprentis sorciers en fêtant des révolutions qui préparent des lendemains pires que ces dictatures tans décriées. Attention à l’anarchie qui risque de guetter ces régions avec la possibilité de guerres régionales qui risquent de proliférer en s’ajoutant à la crise financière que doit résoudre en priorité l’Europe.

L’addition des crises oblige à une mobilisation des énergies dont nos gouvernants doivent prendre conscience. Nos chroniques cherchent la vérité, les vérités : aidez-nous à les faire connaître.

Hubert Beaufort

Avec l’aimable autorisation de Radio Notre-Dame

4 réponses à l'article : La Turquie, l’Iran, la Russie et l’Occident face à la révolution syrienne

  1. quinctius cincinnatus

    18/07/2012

    @ Jean l’Alsacien

    P.S.A. avait une importante usine de montage en Iran , pays dans lequel Peugeot vendait des dizaines de milliers de voitures par an … l’embargo a fait fermer cette unité  au bénéfice des voitures importées de Chine
    d’autre part si la famille Peugeot s’est montrée pusillanime dans le choix d’une alliance avec un autre constructeur on ne peut lui reprocher , A LA DIFFERENCE DE RENAULT CONTROLE PAR L’ETAT , d’avoir maintenu ses sites de production sur le TERRITOIRE NATIONAL …  en sachant que Renault n’est en relative bonne santé que grâce à Nissan Motor  !
    quant au P.S.G. en véritable sportif  que je suis je considère qu’il s’agit d’une équipe pour " beaufs multiculturels " et  il en va de même pour " l’oême "!

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  2. HansImSchnoggeLoch

    17/07/2012

    <<quinctius>>
    Entre PSG / Quatar et PSA / Iran il faudra à l’avenir mieux choisir. Normal 1ier a lui retenu les mauvais choix stratégiques de PSA ainsi que les éhontés dividendes aux actionnaires.
    Que peut-il reprocher à PSG de s’être fait acheter.

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  3. F

    17/07/2012

       " Bavure Syrienne", dites vous M. de Beaufort. Mais ce n’est pas une bavure. Sauf à considérer que le succès d’une action volontaire que l’on a faite pour cela et sans dégâts collatéraux est une bavure… Alors il faut qualifier chaque mise en orbite par Ariane de "bavure"?…

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  4. quinctius cincinnatus

    17/07/2012

    Curieusement parmi les " belligérants " Monsieur de Beaufort " oublie " " notre " allié qatari  ( sans oublier les autres petro-monarchies du golfe ) ! Vous savez celui qui achète nos palaces , le P.S.G. de Seine Saint Denis ( ce qui est un moindre mal ) , qui entre dans le capital de nos sociétés à technologies avancées ( Dassault ) , qui bénéficie de faveurs fiscales " helvétiques "et qui est dispensé de respecter les recommandations de l’Administration des Monuments Historiques …  qui envoie ses troupes d’élite et ses commandos en Libye , en Syrie …  pour la " bonne cause " , celle des " révolutions " islamiques mais elles … sunnites …
    Croire que la brève incursion d’un F16 turc dans l’espace aérien syrien n’est pas une provocation ( en même temps qu’un test de la défense anti-aérienne de ce pays ) relève de la désinformation … en sachant de plus que l’embargo contre l’Iran a fini de déstabiliser …  P.S.A. !
    Alors les bons sentiments universalistes , personnellement je m’en moque !

    de Fabius ou  de B.H.L. ou de Kouchner   où trouvez une différence ?

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