Les « merveilles » du « printemps arabe »

Posté le juillet 31, 2013, 10:24
11 mins

La France a mené naguère une politique arabe cohérente qui consistait à entretenir de bonnes relations avec les dirigeants arabes des pays méditerranéens et du Moyen-Orient, Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Égypte, Hafez puis Bachar el-Assad en Syrie, et Saddam Hussein en Irak. Avec Kadhafi en Libye, les relations étaient moins sereines en raison des visées expansionnistes du « Guide » sur le Tchad. Mais le dialogue était cependant possible, le pétrole expliquant bien des choses…

Sans doute, ces « chefs arabes » avaient-ils une conception très personnelle de la démocratie et ils n’étaient sûrement pas désintéressés. Mais ils savaient diriger leur pays constamment menacé par l’anarchie. L‘ordre régnait, le développement, avec la participation des Occidentaux, était réel. Le niveau de vie des populations s’étaient sensiblement amélioré. Chirac, en visite en Tunisie, déclarait avec raison que la première des libertés est de permettre au peuple de manger à sa faim.

Ces « dictateurs », comme dit la presse, avaient pris la suite de la colonisation qui en quelques décennies avait fait passer ces pays du Moyen Âge à la modernité. Souve­nons-nous. En 1931, la mission Citroën, de Beyrouth à Pékin – la croisière jaune – était saluée dans tout le Moyen Orient. On lui présentait les armes et le futur empereur d’Iran, de la dynastie des Pahlavi, le chah in chah aryameha (le roi des rois et la lumière des Aryens) sollicitait l’honneur de parcourir à bord de l’un des véhicules Citroën quelques dizaines de kilomètres.

L’Algérie, en 1830, vague possession de l’empire ottoman, survivait dans le désordre, la pauvreté et l’esclavage, pratiquant la piraterie maritime au profit des potentats locaux. Les Barbaresques avaient même réussi, au XVIIe siècle, à arraisonner un navire de la marine royale et à capturer son commandant, le chevalier de Beaujeu, réduit en esclavage. En 1950, l’Algérie était un territoire pacifié et moderne. Les entreprises y étaient nombreuses et prospères, les voies de communication construites par la France excellentes. L’islam y avait assurément sa place, mais c’était un islam apaisé et endigué, un peu comme s’il avait délaissé cette rigidité qui le maintient au VIIe siècle. C’était les temps anciens où Charles Martel, le maire du palais, repoussait à Poitiers en 732 – on en était encore aux Mérovingiens – l’invasion arabe démontrant que l’islam est une religion conquérante, agressive et totalitaire. Tous les écoliers français savaient cela autrefois.

Bref, tout n’allait pas si mal avec les Arabes. Mitterrand se rendait souvent chez Moubarak et Bachar el-Assad présidait le défilé du 14 juillet, en 2008, accompagné de sa charmante épouse…

Mais, patatras, voilà que Nicolas Sarkozy, alors président de notre république, fut pris soudainement d’une idée aussi désastreuse que stupide. Il allait répandre la démocratie dans les pays arabes qui, illuminés par la pensée sarkozyste, connaîtraient la paix, la prospérité, le printemps et ses fleurs, en un mot un bonheur enchanteur. Pour le guider dans cette radieuse aventure, Nicolas avait ses conseillers, tout imprégnés de valeurs républicaines, démocratiques et philosophiques, en particulier son grand vizir à chemise blanche. Nicolas partit donc en guerre contre Kadhafi. Il était Alexandre le Grand. On préparait les lauriers d’or pour ceindre le front du génie guerrier. On préparait la victoire et ce fut le désastre.

La Tunisie vit entre troubles, assassinats et instabilité permanente. La Libye n’est plus qu’un vaste territoire livré à l’anarchie. Les tribus et les katibas se battent entre elles. L’ambassadeur américain, pourtant favorable à l’islam et au printemps, a été assassiné par des islamistes, après qu’il eut été sodomisé et le consul honoraire de France à Tripoli vient d’échapper miraculeusement à des tirs de fusils automatiques qui ont constellé sa voiture. Il a filé se réfugier à l’ambassade de France à Tunis, où justement François Hollande en visite officielle, célébrait l’islam, religion d’amour et de paix « parfaitement compatible avec la démocratie » !…

Au sud, la Libye disloquée est le sanctuaire, la base de départ et l’arsenal des islamistes qui opèrent au Mali où l’armée française est enlisée pour des années par 40° à l’ombre.

En Égypte, c’est maintenant le chaos. Seuls les milliards de dollars versés par les États-Unis et surtout les monarchies du Golfe retardent l’effondrement du pays. En attendant, les Coptes (10 % de la population) sont assassinés (10 ces jours-ci) et leurs églises incendiées

La Syrie est devenue le royaume de la barbarie. 250 000 morts et disparus en moins de deux ans. Les rebelles, dont 80 % sont affiliés à Al Qaïda, commettent les pires atrocités. Gilles Keppel, bon connaisseur de l’islam et des pays arabes, vient de déclarer au « Monde » : « On a tous vu ce rebelle en armes qui a coupé le foie de son adversaire qu’il avait fait éviscérer. Contrairement à ce qu’on a dit, il s’agissait du foie, pas du cœur et il ne l’a pas mangé, mais mordu. Ce geste a une signification religieuse, liée aux guerres du Prophète. Dans la culture islamique, le foie est l’équivalent du cœur et l’acte de le mordre a une claire signification mythique… » Voilà ce qu’applaudit et soutient la « patrie démocratique des droits de l’homme ». Faut-il être ignorant et dépourvu de jugement à ce point, pour aider des gens pareils contre le président légitime de la Syrie qui, assurément, n’est pas un enfant de chœur, mais à qui Sarkozy faisait, il n’y a pas si longtemps, la cour, en lui envoyant à plusieurs reprises le secrétaire général de l’Élysée et son conseiller diplomatique en signe, sinon d’allégeance, du moins d’amitié ! Tout cela est d’une incohérence hors du commun.

Je pourrais continuer aussi et parler de l’Irak où les Américains ont commis une très grave erreur en éliminant Saddam Hussein qui était un barrage contre l’expansionnisme fanatique des ayatollahs iraniens. Aujourd’hui, en Irak passé sous la domination chiite, la guerre de religion entre sunnites et chiites provoque deux attentats par jour. 570 personnes ont été tuées là-bas en 3 semaines.

Pratiquement, pour ce qui nous concerne dans l’immédiat, ce chaos arabe et musulman multiplie les demandeurs d’asile. 61 000 demandes d’asile ont été présentées en 2012. Entre 2008 et 2012, elles ont augmenté de 75 %. Les derniers chrétiens d’Orient finiront par se réfugier en France. Ils auront tout perdu parce que la France a trahi sa mission séculaire de les protéger.

Pour terminer, une réflexion. François Hollande a révélé au cours de son allocution du 14 juillet que « la croissance était là », au moment même où l’agence de notation Fitch supprimait le triple A de la France, une agence dont tous les experts soulignent que les dirigeants socialistes sont incompétents. Les propos de François Hollande me font penser à cette marchande de poisson dont les produits ne paraissaient pas très frais, mais qui disait haut et fort : « Achetez mes poissons, voyez comme ils sont beaux. » Évidemment, elle n’allait pas dire : « Achetez mes poissons, ils sont pourris. » Bien sûr, François Hollande ne va pas dire : « Nous ne sommes bons à rien, la croissance est finie et pour longtemps. » Eh bien, il y avait quelques imbéciles pour acheter les poissons de la marchande, comme il y a d’autres imbéciles, peu nombreux il est vrai, qui croient ce que dit ce pauvre François Hollande…

9 réponses à l'article : Les « merveilles » du « printemps arabe »

  1. Serge-Jean P.Peur

    23 août 2013

    Comparer le printemps arabe au difficile avènement démocratique dans notre vieille Europe ne doit pas faire oublier un problème de taille:l’Islam qui contrairement au catholicisme “doit” (en position de force) régir le politique,les moeurs et la vie privée.Avec ça,je ne donne pas cher de la laïcité,quant à la liberté…
    La démocratie ne sera plus qu’une étiquette (voir le cas irakien).

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  2. HOMERE

    7 août 2013

    Oser comparer les situations avec 200 ans d’intervalle est un outrage à l’histoire et une méthode malhonnête.Nos révolutions ont été conduites par des nationalistes alors que nous assistons à des soulèvements inter religieux et inter ethniques sous tendus par un racisme exacerbé dans toute l’Afrique.L’argument matérialiste pour les peuples arabes est secondaire car ce qui est en jeu c’est la prééminence de l’islam et sa survie en tant que système politique.Les oppositions n’étant pas conduites par une cohérence politique,il s’ensuit une anarchie revendicatrice mélangeant tout et son contraire.Nul ne sait vraiment ce que veulent ces peuples si ce n’est que d’acquérir des biens qu’ils sont incapables de produire et d’acheter.Les oligarques ne sont pas seuls corrompus puisque ,ayant disparus,la corruption s’étend de plus belle.
    L’Afrique s’effondre sous les coups redoublés de la religion et de l’incurie chronique de ses dirigeants.Incapables d’identifier leurs vrais ennemis et ainsi de les combattre,les peuples africains préfèrent migrer vers des cieux plus réceptifs à leur problème,d’ou notre problème.
    Malgré des millions de victimes,l’Europe est restée une puissance première alors que l’Afrique n’a jamais compté en tant que continent politiquement,socialement,industriellement et culturellement développé.Plusieurs siècles encore seront nécessaires……

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  3. Jaures

    3 août 2013

    “la première des libertés est de permettre au peuple de manger à sa faim.”. Sauf que c’était bien loin d’être le cas. Les dictateurs arabes ont laissé leurs peuples sciemment dans l’indigence et l’ignorance. Les islamistes ont ainsi pu asseoir leur popularité en apportant des secours et en dénonçant la corruption du pouvoir. Les occidentaux genre Lambert n’ont jamais compris qu’à soutenir les dictateurs on se mettait les peuples à dos et on risquait de récolter bien pire. A financer Battista on a eu Castro, à soutenir le shah on a eu les mollah.
    Maintenant, nul ne sait ce qui sortira à terme des printemps arabes. Qui, au soir du 14 juillet 1789, pouvait prédire la Terreur, le Directoire et l’épisode napoléonien ? On s’effarouche devant les atrocités commises mais de quoi fûmes nous capables lors de nos propres guerres civiles ? La révolution libyenne a fait 30 000 morts. A-t-on oublié qu’il y en eut 20 000 en 1 semaine pendant la Commune de Paris ? Et avec les armes de l’époque ! Si Assad est toujours debout c’est grâce au soutien de Poutine, de l’Iran et du Hezbollah. Une victoire de ce triumvirat offrirait une belle perspective !
    La guerre actuelle est semblables à celles que nous avons connues durant des siècles en Europe et en Amérique: conflits de religions et de territoires. Tous les hommes étant faits de la même boue, c’est avec la même sauvagerie qu’ils s’entretuent. Nous n’avons aucune leçon à donner, seulement à espérer que la facture humaine sera moins lourde que ce que fut la nôtre après des siècles de guerres civiles et de conflits mondiaux avec au bout la shoah et le goulag.

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    • quinctius cincinnatus

      12 août 2013

      comme vous ne connaissez rien au ” Monde Arabe ” ( si compliqué pour un esprit occidental qui ne juge que par la déclaration des droits de l’Homme et les Lumières, du marxisme ou de l’Economie, ce qui in fine revient au même ) , si Bachar el Assad tient bon c’est AUSSI et SURTOUT parce qu’il a le soutient des membres des communautés confessionnelles minoritaires qui n’ont pas envie d’être sous la coupe ( c’est le cas de le dire ) des ” sunnites “

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  4. quinctius cincinnatus

    3 août 2013

    il y a de cela quelques temps un journaliste des ” 4 V² ” ( dont je ne citerai pas le nom …puisque je l’ai, charitablement, ce qui n’est pas mon habitude, oublié ! ) titrait son article :

    ” L’Irak une guerre gagnée ! ”

    Je pense que seul @ Jaurès, qui aime tant à fouiller dans les poubelles intellectuelles à condition qu’elles soient de ” Droite ” , pourra identifier sans faute ce ” visionnaire ” de la géo-politique moyenne orientale !

    merci à lui et merci aux ” 4 V² ” si elle pouvaient nous proposer des lectures plus ” objectives ” … la feuille y gagnerait en crédibilité politique !

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  5. Marc

    2 août 2013

    Ce désastre est l’œuvre principale de Nicolas Sarkozy qui a initié l’allégeance aux Etats-Unis, lesquels poursuivent leur propre politique en utilisant leurs “alliés”, qu’il s’agisse du Moyen Orient que de l’Europe, et cela uniquement pour leurs propres intérêts économiques. Ce qu’il est intéressant de remarquer c’est la voie spécifique, et révélatrice, empruntée par les USA pour mettre à leurs mains les décideurs. François Hollande avec son équipe de bras cassés n’a pas le charisme nécessaire. Les pays ont les politiciens marionnettes qu’ils méritent, et du point de vue des USA ils auraient bien tord de s’en priver, malheureusement pour nous.

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  6. Julien

    31 juillet 2013

    Excellent article,

    un grand merci

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    • 1 août 2013

      Bien vu ! Nos interventions ont été désastreuses. On a lache sur le monde des monstres sanguinaires, qui étaient enchainés par ces “dictateurs” que nous avons assassinés.
      Bientôt ce terrorisme va s’installer chez nous. Et nos politiciens chouchoutés feront l’autruche.

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      • 1 août 2013

        Nous sommes entrés en décroissance insidieusement depuis l’euro, et plus fortement depuis le nouveau président et son équipe, à preuve le panier de la ménagère qui doit s’alléger chaque jour.

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