L’Europe de la défense, utopie d’Emmanuel Macron

Posté le 11 décembre , 2018, 5:28
16 mins

Le Président Macron a récemment tenu des propos sur la défense européenne qui ne peuvent passer inaperçus et qui dénotent une singulière méconnaissance des réalités, sauf à rêver tout haut dans un délire utopique (et, surtout, avec la volonté affirmée d’abuser les Français).

Selon lui, « on ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Il faut nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis. »

La première réaction qui vient à l’esprit – lequel ne peut être qu’un esprit insolent – pourrait être : Rien que ça, et d’ajouter sèchement : « Fermez le ban ! »

Mais que lui est-il passé par la tête, à ce cher Jupiter ? Est-il toujours dans les nuages de l’Olympe et en apesanteur pour ignorer les réalités bien connues de tous ceux qui se sont occupés du sujet ?

Mais qu’en pensent nos chers partenaires européens qui n’ont de cesse – il convient de le rappeler – d’acheter des matériels américains ?

L’article 42-7 du Traité de Lisbonne est explicite à ce sujet :

« Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres.

Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. »

Tout est dit : nos chers partenaires – en dehors de l’Irlande et de la Suède neutres – sont dans l’OTAN et n’ont nulle envie d’en sortir. Leur défense, c’est l’OTAN et rien d’autre ! Ils ont d’ailleurs aliéné leur indépendance dans la volonté de l’Oncle Sam.

Cette clause n’a pas été introduite dans le traité de Lisbonne par la seule volonté de l’Angleterre et, si certains pensent que le Brexit peut changer la donne, ils se trompent lourdement. Tous les pays de l’Est y tiennent mordicus et n’ont d’yeux que pour l’OTAN.

L’attitude de Trump est-elle de nature à changer les choses ?

Que nenni ! Le Président américain grogne comme ses prédécesseurs sur les efforts insuffisants des pays européens, mais il n’a jamais dit qu’il allait sortir et laisser tomber l’Europe, comme certains eurobéats naïfs l’espèrent, se disant que les Européens seront alors au pied du mur et devront prendre leurs responsabilités.

La réalité est tout autre : l’OTAN est la première organisation POLITIQUE en Europe et elle est gouvernée par un logiciel américain. Ce n’est pas demain la veille que Washington va y renoncer, quelles que soient les foucades de l’actuel locataire de la Maison blanche. Faire payer oui, partir non !

Surtout, le prétendu repli de l’Amérique sur elle-même est impossible dans la nouvelle donne géostratégique du village planétaire : tout ce qui surviendrait de grave en Europe aurait des répercussions sur les États-Unis qui ne peuvent l’ignorer. La crainte d’une Amérique isolationniste appartient à un temps révolu.

Mais poursuivons l’analyse du côté européen et français.

Une défense européenne suppose un axiome de base : une unité politique, sans même parler de gouvernement européen, car une armée doit recevoir des ordres clairs et ne peut être engagée que sur une décision politique.

Le Président Macron appelle de ses vœux une souveraineté européenne. Voilà une idée d’avenir et qui le restera longtemps : c’est une pure chimère !

Je me souviens parfaitement ce que nous a dit Jacques Delors en commission des affaires européennes à l’Assemblée nationale, le 6 avril 2011 : « Il n’y aura jamais de politique étrangère commune ; la conception de l’Europe puissance est une utopie du Quai d’Orsay ».

Y a-t-il néanmoins une voie ?

La réponse est celle de la coopération et surtout du renforcement de nos moyens nationaux.

La défense de l’Europe passe d’abord par le maintien de notre crédibilité militaire, de notre force de frappe nucléaire dont la décision de mise en œuvre éventuelle ne peut être partagée, sauf à perdre toute crédibilité.

L’Europe de la défense est loin des idées d’Emmanuel Macron qui veut prendre ses rêves pour des réalités.

Mais les faits sont têtus et la réalité le rattrapera.

 

La version longue de cet article est disponible ci-dessous pour les abonnés :

 

Le Président Macron vient de tenir des propos sur la défense européenne qui ne peuvent passer inaperçus et qui dénotent une singulière méconnaissance des réalités sauf à rêver tout haut dans un délire utopique et surtout avec la volonté affirmée d’abuser les Français.

Selon lui ” on ne protègera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne …il faut nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ”

La première réaction qui vient à l’esprit – lequel ne peut être qu’un esprit insolent – pourrait être : rien que ça, et d’ajouter sèchement ” fermer le ban ” .

Mais que lui est-t-il passé par la tête à ce cher Jupiter, est-il toujours dans les nuages de l’Olympe et en apesanteur pour ignorer les réalités bien connues de tous ceux qui se sont occupés du sujet ?

Mais qu’en pensent nos chers partenaires européens qui n’ont de cesse – il convient de le rappeler – d’acheter des matériels américains ?

L’article 42-7 du Traité de Lisbonne est explicite à ce sujet :

” Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire , les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies. Cela n’affecte n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres.

Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en oeuvre.”

Tout est dit : nos chers partenaires – en dehors de l’Irlande et de la Suède neutres – sont dans l’Otan et n’ont nul envie d’en sortir , leur défense c’est l’OTAN et rien d’autre ! Ils ont d’ailleurs aliéné leur indépendance dans la volonté de l’Oncle Sam.

Cette clause n’a pas été introduite dans le traité de Lisbonne que par la seule volonté de Angleterre, et si certains pensent que le Brexit peut changer la donne, ils se trompent lourdement; tous les pays pays de l’Est européens y tiennent mordicus et n’ont d’yeux que pour l’OTAN .

L’attitude de Trump est-elle de nature à changer les choses ?

Que nenni ! Le Président américain grogne comme ses prédécesseurs sur les efforts insuffisants des pays européens, mais il n’a jamais dit qu’il allait sortir et laisser tomber l’Europe comme certains eurobéats naïfs l’espèrent, se disant que les Européens seront alors au pied du mur et devront prendre leurs responsabilités.

La réalité est tout autre : l’OTAN est la première organisation POLITIQUE en Europe et elle est gouvernée par un logiciel américain, ce n’est pas demain la veille que Washington va y renoncer, quelles que soient les foucades de l’actuel locataire de la Maison blanche. Faire payer oui, partir non !

Surtout, le prétendu repli de l’Amérique sur elle-même est impossible dans la nouvelle donne géostratégique du village planétaire : tout ce qui surviendrait de grave en Europe aura des répercussions sur les Etats-Unis qui ne peuvent l’ignorer. La crainte d’assister à la résurgence d’ une Amérique isolationniste appartient à un temps révolu. Cette menace, si elle brandie par des Américains, est une menace en peau de lapin !

Mais poursuivons l’analyse du coté européen et français.

Une défense européenne suppose un axiome de base : une unité politique sans même parler de gouvernement européen car une armée doit recevoir des ordres clairs et ne peut être engagée que sur une décision politique.

Le Président Macron appelle de ses voeux une souveraineté européenne , voilà une idée d’avenir et que le restera longtemps , c’est une pure chimère !

Je me souviens parfaitement ce que nous a dit Jacques Delors en commission des affaires européennes à l’Assemblée nationale le 6 avril 2011:

” Il n’y aura jamais de politique étrangère commune; la conception de l’Europe puissance est une utopie du Quai d’Orsay”.

L’Union européenne est une union hétérogène et vouloir en faire un bloc est une faute qui ne peut qu’exacerber les différences et les antagonismes.

Y- a – t- il néanmoins une voie ?

La réponse est celle de la coopération et surtout du renforcement de nos moyens nationaux.

La défense de l’Europe passe d’abord par le maintien de notre crédibilité militaire, de notre force de frappe nucléaire dont la décision de mise en oeuvre éventuelle ne peut être être partagée sauf à perdre toute crédibilité dissuasive…

En matière de coopération, créer de nouveaux systèmes d’armes est une voie parfaitement possible mais paradoxalement, elle ne doit pas se limiter aux seuls pays européens dont les compétences industrielles ne sont pas suffisantes pour couvrir tout le champ de développement des équipements projetés.

La France ( Safran ) a su développer avec General Electric ( GE ) un moteur d’avion qui est un succès mondial sans équivalent, l’Europe n’est pas en matière industrielle un passage obligé !

De plus, pour réussir une coopération ii est indispensable qu’il y ait un pilote dans l’avion qui détermine les missions de chaque industriel . Toute coopération
fondée sur un principe d’égalité politique est vouée à l’échec .

Enfin, la question des exportations hors Europe est une question délicate, l’exportation des armements est un sujet très sensible qui relève de la politique étrangère mais aussi de considérations de politique intérieure.

La France et l’Allemagne avaient conclu un “accord ” en décembre 1971 et février 1972, arrangement Debré – Schmidt, alors ministres de la Défense, stipulant ” qu’aucun des deux gouvernements n’empêchera l’autre d’exporter …des matériels d’armement issus de développement ou de production menés en coopération.”

Or l’Allemagne en 2014 a bloqué l’exportation par la société MBDA des missiles antichars Milan ER et la commande de VAB Mark 3 de Renault Trucks défense vers un pays du Golfe !

Aujourd’hui, l’Europe de la défense est loin des idées d’Emmanuel Macron qui veut prendre ses rêves pour des réalités; pis encore, en exposant en permanence des utopies, il ne peut que braquer nos partenaires qui le considèrent de plus en plus comme un agitateur, donneur de leçons arrogant !

En paraphrasant Ernst Jünger, il apparaît que tout chef d’Etat se doit de créer une utopie lorsqu’il a perdu le contact avec la réalité.

Mais les faits sont têtus et la réalité le rattrapera…

9 Commentaires sur : L’Europe de la défense, utopie d’Emmanuel Macron

  1. quinctius cincinnatus

    24 décembre 2018

    le Général Castres ancien chef des opérations extérieures , officier des Troupes de Marine, grand amoureux de l’ Afrique, vient de faire un périple dans 5 pays africains en bus, taxis collectifs, bennes à camion de T.P. etc … ( Maroc, Mauritanie, Mali, Sénégal, Guinée ) voici ses conclusions :

    ” il y a une impossibilité de DESTABILISER durablement l’ ORGANISATION des djihadistes ”

    alors vous pensez bien qu’ en Irak en Syrie et en Afghanistan

    en Syrie et en Irak la seule solution c’ est un pont terrestre iranien et une autonomie kurde ce que ne veulent ni Israël pour le premier ni la Turquie pour la seconde !

    en Afrique c’ est un pont Maroc, Mauritanie, Sénégal, Tchad là où on trouve de véritables soldats … des musulmans !

    Répondre
    • BRENUS

      24 décembre 2018

      Si, selon vous, les “véritables soldats” sont les musulmans que vous adorez, alors, appelez les à se débarrasser eux mêmes de la peste djihadiste dont vous prétendez les préserver, plutot que voir crever tranquillement les “petits blancs” qui vous font tant horreur et nous laissent l’addition. Après tout, il s’agit bien de leurs territoires dont ils ont su purger les quelques européens qui avaient eu l’illusion de faire partie du décor. Personne ne vous reprochera de vouloir vous frotter a à l’afrique, comme un autre bien connu, mais il faut assumer ses choix et ne pas faire la pute en permanence. Réciproquement je plaide pour un “retour à la maison” de toutes ces supposées chances qui sont devenues des boulets . E.T. maison….

      Répondre
  2. IOSA

    19 décembre 2018

    Comme Pétain, la meilleur défense contre l’ennemi, c’est de l’installer à l’intérieur et d’être assimilé à l’envahisseur.

    Répondre
    • IOSA

      19 décembre 2018

      Refaire une ligne Maginot avec nos canons pointés sur l’Amérique, c’est possible si l’Europe est gouverné par l’islam.

      Répondre
  3. HansImSchnoggeLoch

    12 décembre 2018

    Avec ses quelques tanks rafistolés et la plupart de ses avions sans réacteurs Macron veut défendre l’Europe.
    Les Européens ne sont pas convaincus, surtout après sa piètre performance contre les gilets jaunes.
    Ils préfèrent les joujoux de l’Oncle Sam qui eux sont opérationels.

    Répondre
  4. Alain PROTTE

    12 décembre 2018

    L’Europe de la Défense, c’est installer l’Allemagne au Conseil de Sécurité de l’ONU et lui donner un droit de regard sur une force de dissuasion nucléaire française européanisée.
    Est-ce réaliste de prétendre à cela au nez de la Russie et des Etats-Unis, à moins qu’ils aient perdu la mémoire.
    D’autant que le Japon suivrait immédiatement.
    Dans le Brexit, ce que la Grande-Bretagne ne veut surtout pas, c’est la nucléarisation de l’Allemagne.
    Histoire, mémoire et souvenir ne sont pas morts. Il devrait, à ce sujet, réétudier les thèses de son maître à penser, le philosophe RICOEUR confrontées aux réalités de la mémoire européenne.
    A l’ENA où l’on travaille les idées, la réalité est une abstraction.
    Si bien que les propositions de MACRON dans ce domaine pourrait bien être de la fumisterie. Quoiqu’il méprise et déteste tellement ces incultes “gaulois” criminels et colonialistes qu’il aimerait bien les priver de tout crédit à l’international et les voir disparaitre dans le métissage.
    A moins que dans la suprême modestie qu’il ne parvient pas à dissimuler, il veuille être “le chef” de plus rien.

    Répondre
    • quinctius cincinnatus

      14 décembre 2018

      ” à l’ E.N.A. la réalité est une abstraction ”

      excellent

      je l’ utiliserai avec votre permission

      Répondre
  5. quinctius cincinnatus

    12 décembre 2018

    il est évident qu’ Emmanuel Macron veut faire partager , et surtout à l’ Allemagne, le poids colossal de notre budget militaire

    le problème est que nous ne sommes plus les ” décideurs “. déjà qu’ avec le Levantin on s’ était REMIS entre les mains des yankees !

    Répondre
    • HansImSchnoggeLoch

      15 décembre 2018

      Voyons donc les chiffres de 2018 pour ce budget “kolossal” français, il serait d’environ $ 35 milliards *).
      Pas de quoi pavoiser quand on le compare aux $ 600 milliards des USA et aux $ 40 milliards de l’Allemagne.

      Dans tous les cas il faut toujours lucidité garder et ne pas trop s’emballer.

      *) Après les derniers cadeaux macroniens de décembre il sera sans doute amputé par peréquation, un artifice mathématique que le monde entier nous envie.

      Répondre

Répondre

  • (pas publié)