L’opération Serval et la décolonisation bâclée

L’opération Serval et la décolonisation bâclée

En Afrique de l’ouest, les zones naturelles sont déterminées par un gradient pluviométrique nord-sud. Se succèdent ainsi, en bandes est-ouest superposées, le désert, le Sahel, les zones soudaniennes sèches (à une saison des pluies) et humides (à deux saisons des pluies), et enfin la zone guinéenne, à vocation forestière.

Les États modernes issus des territoires coloniaux sont, en revanche, orientés majoritairement dans le sens nord-sud. Ils sont donc hétérogènes et peuplés d’ethnies différentes, généralement antagonistes, que seule la présence coloniale pouvait fédérer en ensembles cohérents tels l’AOF et l’AEF.

Le Mali est soumis à cette répartition climatique qui commande la géographie humaine. Les tensions politiques au niveau régional résultent d’une situation géopolitique devenue absurde. Qui se souvient encore du double pogrom de 1989 qui fit des milliers de victimes parmi les Mauritaniens blancs du Séné­gal, au sud du fleuve (massacrés par les Noirs sénégalais), et parmi les Noirs de Mauritanie au nord (massacrés par leurs « compatriotes » blancs) ?

L’instabilité règne, du Sénégal à l’ouest au Soudan à l’est, en passant par la Côte d’Ivoire, le Niger, le Nigeria, le Tchad et actuellement le Mali. Les troubles se localisent toujours sur des lignes de clivage climatique, ethnique et culturel, entre Blancs et Noirs, entre éleveurs et agriculteurs, entre peuples de la savane et peuples forestiers, entre islamisés et christianisés ou animistes.

Il est symptomatique de constater que la Mauritanie, à population très majoritairement arabo-berbère, exposée pourtant au péril islamiste, ne s’est pas jointe à la coalition franco-africaine en guerre dans l’Azawad qui borde son territoire. Par ailleurs, plusieurs centaines de soldats formés par les USA ont rallié les rebelles nordistes en 2012 : La solidarité ethnique, de toute évidence, dicte ces comportements.

Il n’y aura pas de stabilité dans cette région, comme ailleurs en Afrique, sans un redécoupage politique respectueux des frontières naturelles, comme l’a fréquemment dit l’africaniste Ber­nard Lugan. Le nord du Mali (Azawad) à majorité arabo-berbère n’acceptera jamais la do­mination du sud à population noire, qui fut son terrain de razzia et son réservoir d’esclaves.

Les Touaregs, qui nomadisaient sur une partie de l’Azawad et également au Niger, en Algérie, en Libye et en Haute-Volta, avaient adressé une requête au général De Gaulle en 1960, lui demandant de reconnaître leur identité et de leur accorder un territoire : « Puisque vous quittez le pays, rendez-nous notre bien tel que vous nous l’avez arraché. Nous ne voulons pas que les Noirs ni les Arabes nous dirigent. Nous, les Touaregs, nous voulons nous diriger nous-mêmes. » Ils ne reçurent aucune réponse et furent livrés à leurs nouveaux maîtres sans aucune consultation populaire.

N’acceptant ni l’autorité d’Al­ger (le FLN n’a eu aucun impact au Sahara pendant la guerre d’Algérie), ni celle des États noirs nouvellement créés au sud, les Touaregs n’ont jamais reconnu les frontières artificielles qui morcellent leur territoire. Ils ont été obligés, par milliers, de renoncer au nomadisme pour vivoter dans les zones urbaines.

Il en va de même pour les no­mades arabes du nord-est. Dans ces conditions, l’autorité de Bamako ne trouve une certaine légitimité que dans le sud sahélien de l’Azawad, peuplé de sé­dentaires noirs et de semi-no­mades peulhs ou songhaïs.

Que dirons-nous demain, après notre départ, aux Touaregs qui combattent aux côtés de nos troupes dans l’opération Serval, mais qui n’accepteront jamais l’autorité malienne chez eux ? Seront-ils les victimes d’une nouvelle trahison, s’il advenait que le Mali retrouve ses frontières et prétende exercer, dans le nord, une souveraineté imposée par nos armes ?

Le 28 novembre 2013, à Kidal que l’on disait pacifiée, une manifestation contre la venue du Premier ministre malien a donné lieu à des affrontements sanglants entre les forces armées maliennes, sudistes, et le MNLA touareg.

L’islamisme ne fait qu’exploiter les incohérences d’une décolonisation bâclée, qui perdurent aujourd’hui et que nos gouvernants nient obstinément, s’imaginant que des « élections démocratiques » à la mode occidentale régleront tous les problèmes.

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Comments (4)

  • quinctius cincinnatus Répondre

    entendu ce matin l’ancien directeur de l’ex-Ecole de Guerre qui pensait il y a un mois que l’opération  » papillon  » (de Centre Afrique) serait une paisible promenade de Santé et qui aujourd’hui  » réclame  » 5000 hommes sur le terrain *** pour que l’Armée désarme ( comme il pensait début Décembre que cela était réalisable avec 1600 hommes, dont seulement 400 sur le terrain ! ) les protagonistes …mais où sont donc passés les Bigeard, les Colonels enfin tous les officiers de terrain ( africains ) ?

    *** en plus, ce  » metro  » étoilé pense que 5000 hommes ( et le matériel )c’est  » facilement  » réalisable

    au fait où sont les  » Belges  » de Laurent fLabius ?

    06/01/2014 à 18 h 15 min
  • Paul Chérel Répondre

    Sur le deuxième paragraphe, je me permets un petit commentaire. Je ne suis pas un historien mais il est de notoriété publique que TOUS les territoires en Afrique ont été « conquis » à partir de la mer et donc en avançant peu à peu perpendiculairement à celle ci et , évidemment sans tenir compte des zones climatiques et ethnies qui y vivaient. Voilà donc tout l’Histoire de l’Afrique illustrant à merveille que les coloniaux n’y ont rien compris Et le dernier à découvrir cela est un Français. Paul chérel.

    04/01/2014 à 9 h 54 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    qui, aux  » 4Vérités « , a bien pu écrire un article à la fois aussi concis et aussi bien documenté ?

    Fathi el badawi

    03/01/2014 à 15 h 27 min
  • Marquais Répondre

    Pas surpris de constater que les ethnies différentes sont incapables de vivres ensemble dans la paix et la fraternité …. Que ne s’inspire t-on de ces exemple lorsqu’on créé , en France’ ces problèmes pour l’avenir au son des violons et sur l’air « que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil . »…
    Bande de niais qui nous gouverne !

    01/01/2014 à 17 h 56 min

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