Lu dans la presse : Tunisie : et après ?

Posté le janvier 17, 2011, 12:00
11 mins

« La Révolution », titre Le Parisien du 15 janvier, qui précise en surtitre : « Le président a quitté la Tunisie ». La fuite de Zine Ben Ali, en conclusion des manifestations et des émeutes qui ont secoué son pays depuis un mois, a déjà des conséquences en France, où résident plus de 500 000 personnes originaires de Tunisie.

Elle alimente une nouvelle polémique entre la gauche et la droite françaises, autour du soutien longtemps apporté par la France au régime tunisien. Du côté droit de l’échiquier politique, on a prudemment attendu de savoir dans quel sens tournerait le sirocco pour annoncer que Ben Ali déchu ne se réfugierait pas en France, faire savoir par la voix de François Baroin que sa famille n’avait « pas vocation » à rester dans notre pays, et par celle de Nicolas Sarkozy, que les « mouvements financiers suspects concernant des avoirs tunisiens en France [seraient] bloqués administrativement, conformément à la législation. »

Au cours des jours précédents, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, avait pourtant proposé de faire bénéficier le pouvoir tunisien du « savoir-faire » des forces de sécurité française pour que « le droit de manifester soit assuré, de même que la sécurité » ; le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, avait estimé que le président Ben Ali était « mal jugé » ; et le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait émis un jugement encore plus positif, sur le plateau de Dimanche plus (Canal +) : « Je me garderai bien de donner des leçons d’une manière trop univoque. En Tunisie, la condition des femmes est tout à fait remarquable.»

Evoquer la condition des femmes revient à poser la question du danger islamiste. Au lendemain du départ de Zine Ben Ali, l’ancien Garde des Sceaux français, Rachida Dati, rappelait sur le plateau de BFMTV que « Ben Ali a joué un grand rôle dans la coopération, dans la lutte contre le terrorisme et la lutte contre la montée des intégrismes. Et il faut dire aussi que le fait qu’il ait réprimé la montée des intégrismes, qu’il ait réprimé autant fermement (sic) la montée des intégrismes, c’était aussi pour protéger les Européens. (…) En termes de coopération policière, judiciaire (…) oui, il faut le reconnaître, vous savez, moi j’ai été magistrat, j’ai eu des responsabilités et on a vu toute la coopération positive que nous avons eu avec la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme et contre la montée des intégrismes. »

C’est ce qui explique, écrivait Dominique Lagarde dans L’Express du 12 janvier (donc à la veille du départ de Ben Ali, le 14 janvier) qu’« A l’égard des pays du Maghreb, la diplomatie française reste d’une grande prudence et, lorsque les droits de l’homme y sont en cause, d’une extrême discrétion. Les intérêts économiques expliquant pour une large part cette réserve, mais d’autres facteurs entrent en jeu. »

L’épouvantail islamiste

Le 8 janvier, rapporte Dominique Lagarde, « un colloque sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée se tient au ministère de l’Economie, à Paris. Le seul à évoquer les troubles au Maghreb est un homme d’affaires tunisien, Tarak Ben Ammar : " Imaginez un ou deux Ahmadinejab [ président de l’Iran ] arrivant au pouvoir en Algérie, en Tunisie ou au Maroc (…) C’est entre 5 et 10 millions de personnes qui quitteraient l’Afrique du Nord, en bateau, à la nage, sur des radeaux, pour venir en Corse, en Sardaigne, en Sicile, sur la Côte d’Azur…" De fait, le moindre risque de déstabilisation effraie la France, qui redoute, par contrecoup, des tensions dans la communauté maghrébine de l’Hexagone, voire un débordement migratoire, Alger et Tunis l’ont compris, et ne se privent pas d’agiter l’épouvantail islamiste… »

Le cas de l’Iran diffère, certes, de celui du Maghreb, ne serait-ce que parce que l’Iran est un pays chiite, tandis que l’islam maghrébin est sunnite. Mais la menace d’une montée en puissance des islamistes en Afrique du nord n’en reste pas moins réelle : on l’avait bien vu lorsque le Front Islamique du Salut remporta en Algérie des élections qui furent fort peu démocratiquement cassées (sans que s’en émeuvent particulièrement les habituels défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme en France), ce qui poussa ses partisans à engager une lutte armée contre le pouvoir FLN.

« Les islamistes sont les grands absents du mouvement », remarque Le Parisien qui cite « une enseignante syndiquée » tunisienne ayant participé aux manifestations : « Il ne faut pas négliger leur présence, mais je pense qu’ils sont dépassés. Leur discours ne prend pas dans la société. En Tunisie, nous avons une tradition moderniste. »

Voire. Le faible poids des islamistes dans ce pays tient aussi à la politique très répressive qu’a pratiquée à leur égard Zine Ben Ali. Interrogée dans le même numéro du Parisien sur l’existence du « risque islamiste », une ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates répond : « Même si on n’a pas entendu un seul slogan religieux dans les manifestations, je n’exclus rien. Les islamistes existent et ils vont peut-être vouloir récolter les fruits de ce mouvement. »

Dans L’Express, Pierre Vermeren, qui enseigne l’histoire du Maghreb à l’université Paris-I, se montre plus pessimiste : « Au sein de la population, dit-il, il existe une sensibilité islamiste très forte : le discours religieux, moral ou moralisateur, se nourrit de la dénonciation de la corruption et des comportements économiques mafieux. Le terreau est très favorable. A la charnière entre le Proche-Orient et l’Algérie, la Tunisie est aussi soumise, comme tous les pays de la région, à l’idéologie véhiculée par les grands médias du Golfe. Pour autant, le mouvement islamiste semble désorganisé. Et personne, au Maghreb, ne souhaite vivre une tragédie comme celle qu’a connue l’Algérie pendant les années 1990. »

Reste donc à souhaiter, pour les Tunisiens, mais aussi dans le propre intérêt de la France, que la révolution tunisienne ne se termine pas comme la fable de La Fontaine, « Les grenouilles qui demandent un roi ».

3 réponses à l'article : Lu dans la presse : Tunisie : et après ?

  1. WatsonCorsica

    18/01/2011

    Cet épisode historique a révélé encore une fois l’ignorance et la naîveté des journalistes français qui en bons gauchistes ont parlé de révolution, de peuple, de démocratie… bref toujours les mêmes conneries et fantasmes de niais exhibant les portraits de Guevara…

    En fait, ce n’est pas le peuple mais l’armée tunisienne qui a destitué Ben Ali ! c’est un putsch militaire et il fallait vraiment être aveugle pour ne pas s’en rendre compte

    Les islamistes sont sur les starting block. les villes du Kef et de Kairouan sont en Tunisie les bastions de l’islamisme. les petits manifestants intellos de la Goulette ne feront pas le poids face aux kamikazes muzlims

    n’oublions pas qu’on est chez les Arabes, la démocratie ne rentre toujourrs pas dans leur cerveau. 

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  2. HOMERE

    17/01/2011

    Pensez vous qu’un pays comme la Tunisie va connaître la démocratie ? que nib ! les démons tyranniques vont s’éveiller et remettre ce pays dans le mauvais chemin.On ne refait pas un peuple par une révolution du moins instantanément.Le calvaire des pays maghrébins va se poursuivre…seule une revisitation de leur religion pourrait affranchir les esprits afin de permettre une évolution vers le progrès…vous voyez d’ici le boulot !!!

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  3. sas

    17/01/2011

    1  er acte ben ali….fuit       nos manches a couilles qui collaboraient avec lui , voulant même plui prêter des flics incompétants en france pour aller mater la révolution….( quand on voit les résultats de la jeanne d arc qu attendre de MAM???)

    2   Les barbus vont essayer de prendre le pouvoir

    3  L axe du mal relevant le nez et ben laden etant fatigué…..LES ILLUMINATIS mettent en marche la phase 3 de leur plan diabolique

    nottez au passage a HAITI , il en sont reduits à ramener leurs pions éculés…BABYDOC LE retour….ca sent encore un coup merdeux de la france…

     

    SAS

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